Le dernier débat : supercherie !

Nous nous attendions à un débat pas à un échange de propositions de gestion policé par une règle de retenue qui devait éviter les controverses trop incisives. On nous avait promis un règlement de compte à Ok Corral entre deux gauches irréconciliables. Mis à part quelques répliques un peu cinglantes comme celle de Vincent Peillon à propos de l’usage du mot guerre et même si l’attitude de impétrants était moins soporifique que lors du premier débat, je me suis fortement ennuyé et il m’a fallu une certaine « témérité » pour résister presque trois heures à cette logomachie insipide.

Sur la forme, c’est la déception absolue. Le fond n’a pas rattrapé le désastre car entre les promesses irréalisables, les principes éculés, les rodomontades contre tout ce qui n’est pas « socialiste » et les délires, qu’y avait-il de consistant qui permettrait de dire « aller, on lui confie la France » ? Heureusement il y avait Jean-Luc Benhamias avec ses pitreries pour égayer la séance. Merci à lui d’avoir rappelé à quel point la France héberge de « macho », au vu de sa façon de traiter ses maîtresses, François Hollande en est le chef de file.

Je ne dresserai pas ici la liste des propositions absurdes, chacun d’entre les lecteurs est à même de les lire ou de les entendre et de se forger une opinion. Je ne résiste quand même pas au plaisir de dénoncer Valls avec la disparition du numérus clausus en faculté de médecine, comment formera-t-il les étudiants alors qu’on n’a pas cessé durant ce quinquennat de fermer des lits dans les hôpitaux et de supprimer de postes de médecin ? Que penser de l’idée extrêmement liberticide qui consisterait à rendre obligatoire le congé parental ? Et ce brave monsieur de Rugy, dont la presse quasi unanime nous dit qu’il s’en sort bien, veut envoyer les futurs parents en formation pour apprendre à être parents comme si c’était aussi simple que d’apprendre les tables de multiplication et comme si la technique suffisait à être parent, quid des aspects psychologiques ! Et la caution féminine de la troupe, Sylvia Pinel, qui vient expliquer que durant le quinquennat beaucoup de choses ont été faites en faveur des personnes en situation de handicap notamment en matière d’accessibilité ; comme par exemple le report aux calendes grecques de l’obligation de mise en accessibilité par l’ordonnance du 26 septembre 2014 qui s’est transformée en une loi le 20 juillet 2015 malgré une pétition signée par 232 000 personnes, 220 000 ont suffi à entrainer la grâce de madame Sauvage. Mais qu’est‑ce que ça vaut un handicapé ? Ainsi le maire de Poitiers, ancien trésorier du PS, se sent autorisé à ne pas mettre les trottoirs en accessibilité et à construire un nouveau monument aux morts lumineux de surcroît, de fermer une rue en supprimant 6 places de stationnement réservées pour laisser la place aux motards et ne donner que 3 places aux handicapés au sommet d’un rue en pente et au niveau de la sortie du parking souterrain d’un centre commercial. Mme Pinel aurait dû s’abstenir de venir à la primaire car, outre qu’elle n’a pas beaucoup d’idée, quand elle parle ça ressemble beaucoup à des bêtises.

Ah, j’allais oublier Manuel Valls qui d’un débat à l’autre l’a joué autoritaire, méprisant ou « petit Napoléon ». En somme du Vall pur jus ! Mais comment ne pas pardonner à celui qui semble s’humaniser. Il va rencontrer le jeune homme qui l’a giflé la veille du débat. Voilà que ce matin il déclarait sur BFMTV : « Je veux essayer – jamais de l’excuser – mais de comprendre » ; pas mal pour celui qui, vilipendant les chercheurs (politistes, psychologues et sociologues), assénait qu’« expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser ».

Hollande avait promis le rêve, ses clones nous endorment avant même que la campagne présidentielle ait commencé alors qu’ils avaient promis la lumière.

 

Sortons Valls

L’affaire de la gifle après celle de la farine ne sont pas exemptes de signification. On ne peut pas se contenter comme le font trop de journalistes d’une pâle remontrance envers les auteurs de ces actes. Les commentateurs doivent des analyses aux citoyens.

Bien sûr tout acte de violence aussi minime soit-il est à condamner dans une démocratie comme dans la vie de chacun ; la violence n’est jamais une solution. Monsieur Valls qui si souvent fait violence aux citoyens devrait réfléchir cela, car il n’y a pas que la violence physique qui doit être condamnée.

En tout cas l’intervention d’un auditeur sur France, le 18 janvier, Inter alors que Manuel Valls était l’invité en dit long sur ce que l’ancien premier ministre provoque comme sentiments et possibles réactions chez les citoyens. Ainsi s’exprima l’auditeur : « Salut Manu, je sais pas si tu trouves ça normal ou pas, moi je pense que la claque en fait, on est 66 millions à vouloir te la mettre. C’était juste trop bon. Sans déconner. Il a été parfait le bonhomme ».

Les journalistes sont en train de faire comme leurs confrères américains l’ont fait vis-à-vis de Trump. Ils n’négligent d’écouter le peuple ; ils restent enfermés dans un entre-soi où les seuls paradigmes d’analyse sont ceux voulus par le microcosme politico-journalistique parisien.

Derrière « la farine et la gifle » il y a des milliers de citoyens fatigués de l’arrogance de Manuels Valls, lassés par celui qui volant être un Napoléon 1er n’est qu’un matamore de second rang. Et il y a tellement de choses chez Manuel Valls qui indisposent les français : son revirement à propos du 49-3, son refus de commenter le bilan de François Hollande et le sien. On n’attend pas de lui qu’il se décerne in satisfécit mais bien qu’il dresse un bilan critique ce qui éviterait à certaines de ses propositions d’apparaître comme des trahisons, par exemple la défiscalisation de la part salariale des heures supplémentaires.

En outres les citoyens sont extrêmement fatigués par ces propositions intenables, parfois choquantes : baisse des impôts pour les classes moyennes et populaires, revalorisation de 10% des petites retraites, augmentation de la prime d’activité pour les travailleurs gagnant jusqu’à 1 500 euros par mois, création d’un revenu décent de 850 euros pour toutes les personnes sans ressource, dès 18 ans… Chacun se demande bien qui va payer et chacun de ceux qui payent se demande jusqu’où va aller la complaisance avec les patrons que Manuel Valls encourage à ne pas augmenter les salaires faisant supporter « le différentiel » par les contribuables grâce à la prime d’activité dont il est le créateur.

Comment apporter une quelconque crédibilité à des mesures comme la suppression du numérus clausus en faculté de médecine, où logera-t-on les étudiants, qui assurera l’enseignement, où feront-ils leurs stages, etc. Les gens en ont aussi plus que marre de ses délires sécuritaires dignes d’un dictateur et de sa vision intégriste et excluante de la laïcité.

Quant à son discours éculé : « Le projet que je porte est le fruit d’un engagement sans faille pour mon pays, le pays que j’ai choisi et qui m’a tout donné. Je suis animé par une conviction profonde : la France a besoin de progrès, besoin de justice sociale, besoin d’innovation. Elle a besoin de la Gauche. », les Français ne le croit pas. Comment croire en son engagement pour la gauche alors qu’il est l’acteur principal de la division, du clivage et de la mort quasi certaine du Parti Socialiste. Comment le croire lorsqu’il parle de justice sociale alors que son passage à Matignon a été parsemé de multiples tentatives pour réduire les droits des personnes en situation de handicap, qu’il est à l’origine de l’exclusion de milliers de gens du droit à l’APL, qu’il a réduit les possibilités d’accès aux allocations familiales, etc.

Enfin, ras le bol du « le pays que j’ai choisi et qui m’a tout donné », nous ne l’avons pas choisi et nous ne lui donnerons rien. Il y a quelque chose de pitoyable dans le fait que François Hollande ait pu le choisir comme premier ministre alors qu’il n’avait fait que 5% à la Primaire socialiste de 2011. Que savait-il qui lui a permis de museler François Hollande et in fine de le trahir comme il l’a fait en se présentant à la Primaire de la Belle Alliance ? Il y a du flou, du mensonge et de la tromperie dans le personnage Manuel Valls !

La gifle et la farine ne mènent à rien. La seule vraie gifle qu’on doive lui infliger c’est une défaite politique. Le 22 janvier nous devons, pour le bien de la France, le sortir de l’arène politique et le renvoyer dans ses foyers car s’en est assez de ses violences intellectuelles et morales.

La laïcité.

En cette période troublée par les attentats et par la montée du radicalisme religieux notamment musulman, un travail autour du concept de laïcité n’est pas inutile. Cela me m’apparaît d’autant plus important que la laïcité semble être appelée à la rescousse de façon désordonnée pour justifier les actions des uns et des autres, y compris les actions les plus coercitives, pour contrecarrer l’intégrisme religieux. Le président de la République a annoncé qu’il donnera sa définition de la laïcité au cours d’une allocution qu’il fera jeudi 8 septembre pendant un colloque l’occasion du colloque « la Démocratie face au terrorisme » organisé par la Fondation Jean Jaurès, le think tank Terra Nova et la Fondation européenne d’études progressistes, qui se tient salle Wagram à Paris ; on n’attend pas du président de la République qu’il aille exposer ses idées « philosophiques », le plus souvent dépourvues de fondement culturel et toujours exemptes de contenu scientifique, dans le cadre d’un vulgaire stand up telle une star du show biz ; mais on connaît le goût de François Hollande pour le spectacle médiatique à défaut d’être capable de travailler sur le fond des problèmes que rencontre la société française. Il était plus acceptable que Manuel Valls, qui n’était pas encore Premier ministre, ait donné sa définition de la laïcité dans un livre publié en 2005. Or, en tant qu’élément sociétal la laïcité est définie en France par la loi de 1905. Depuis, elle est un élément de droit et doit être regardée en tant que tel par ceux chargés de diriger le pays.

Pour autant, c’est le sens du texte qui suit, la laïcité est aussi un concept fondateur d’une certaine conception de la vie en société ; la laïcité doit donc être questionnée par les sciences sociales et humaines, et éventuellement discutée au sein du Parlement.

 

Je publie ci-dessous un texte que j’avais écrit dans en 1992 au moment où les citoyens étaient appelés à se prononcer sur le traité de Maastricht. Ce texte sera suivi par deux autres écrits pour une conférence, un relatif à la laïcité écrit le 14 mai 1992, puis par un autre à propos de la république et du sentiment d’appartenance.

 

La laïcité est un concept philosophique qui conduit à une certaine représentation du monde. Ce concept, cette idée n’a de sens que si on conçoit la philosophie dans son sens premier, aristotélicien, c’est-à-dire celui où la philosophie est le savoir rationnel distingué de l’histoire et de la religion. La philosophie est donc, plus qu’un savoir, une réflexion sur la nature des choses. Dans ce cadre la laïcité s’inscrit comme concept définissant la nature du monde en tant qu’il est une société d’individus pensant, se pensant et pensant les autres.

Le concept de laïcité est déterminé par trois points fondamentaux :

  • La neutralité à l’égard des idées,
  • Le pluralisme,
  • La liberté individuelle.

La neutralité consiste à laisser s’exprimer toutes les idées sans toutefois reconnaître que toutes sont bonnes. Mais, chacun a le droit de les connaître toutes ; c’est là que réside la fondation de l’esprit critique qui permet de contrecarrer l’endoctrinement.

Le pluralisme c’est l’acceptation des différences comme fondatrices d’une richesse pour la constitution des sociétés, toutefois un excès de différences pourrait conduire à une impossible cohésion. Le pluralisme doit favoriser la recherche d’une base consensuelle.

La liberté individuelle est le corollaire des deux autres principes fondateurs de la laïcité. Elle en est le point de convergence et de solidité, la clé de voûte. L’acceptation du principe de liberté individuelle permet la création des conditions de vie en société, les conditions d’émergence d’un consensus (on ne saurait refuser aux autres ce que l’on désire pour soi).

La reconnaissance de ces trois principes n’est pas l’acceptation de l’intolérance pas plus que de l’endoctrinement. Bien au contraire ces principes sont catalyseurs de vigilance.

Pour fonctionner toute société a besoin d’un langage commun et de la reconnaissance de valeurs sociales communes entre tous ses membres. C’est par la laïcité que se fonde cette communauté ; sans neutralité, sans pluralisme et sans liberté individuelle, il serait impossible de fonder une société unie. Ce système fondateur ne peut fonctionner que si des régulateurs existent : ce sont les institutions.

On aboutit à ce paradoxe où la laïcité, principe fondateur, va avoir besoin de ce qu’elle fonde pour se réguler. Faux paradoxe car, ou le processus agit suivant le principe de la rétroaction dans lequel en quelque sorte laïcité et institution se régulent mutuellement, ou bien la laïcité serait une institution auquel cas le problème du paradoxe n’existe pas. En fait, il faut bien comprendre la laïcité comme étant instituante, c’est-à-dire créatrice de valeurs, ce qui veut dire qu’elle n’est pas une institution. Valeurs et institutions, si elles sont interdépendantes, ne sont pas de même nature. La laïcité crée les valeurs qui représentent le consensus fondateur de la société. Ce sont ces valeurs qui génèrent les institutions chargées de les réguler, c’est-à-dire de garantir le fonctionnement égalitaire de la société. Ainsi, la laïcité est instituante mais n’est pas une institution. Toutefois il serait dangereux de penser que la laïcité serait un principe immuable, établi une fois pour toutes. La laïcité doit être sans cesse repensée puisqu’elle est instituante et que ce qu’elle institue, la société et les valeurs, évolue, « grandit » et change. Et si paradoxe il y a c’est là qu’il peut se trouver : où va se réfléchir la laïcité sinon dans les institutions ?

Face à l’Europe la question est peut-être de savoir qui de la laïcité et des institutions européennes est garante de l’autre ?

La guerre de religions est déclarée

Sans être particulièrement clairvoyant, simplement en ayant un peu de bon sens n’importe qui voit bien qu’on n’éradiquera pas le terrorisme perpétré par l’État Islamique (EI) en interdisant le port des burkini sur les plages françaises. Cette volonté de quelques politiciens de désigner le burkini comme un élément de propagande islamiste pose au moins deux questions : la place du politique dans la construction de la vie privée, et la place de la religion musulmane en France.

À bien regarder les vitupérations et les agitations du Premier ministre de la France, largement soutenu par le silence du Parti Socialiste et jamais démenti par le président de la République, on discerne bien derrière le prétexte de la défense des valeurs de la République, la volonté de mettre les Français au pas. Décider de ce que doit être la bien-pensance et l’organisation de la vie de chacun est le primum movens des principes socialistes comme le rappelle Alain Laurent[1] : « L’idée de base qui anime le socialisme dans son essence même peut se caractériser ainsi : les individus sont par nature incapables de diriger judicieusement et efficacement leur vie par eux-mêmes ainsi que de coopérer volontairement et équitablement entre eux. » Ainsi, au prétexte que notre société dans son ensemble considérerait (ce qui reste à prouver) que tout vêtement qui cacherait une partie du corps de la femme pour une raison religieuse serait à bannir, les hommes politiques partent en guerre rejoints par quelques intellectuels aux analyses parfois un peu succinctes ; ils ont moins de scrupules lorsqu’il s’agit de montrer la nudité des femmes ou de les reléguer au stade d’objet de la convoitise des vieux mâles en perte de vitesse. Mais, la vraie question qui se pose n’est pas celle de l’intervention du politique dont on connaît la capacité actuelle d’hystériser tout phénomène social pour servir son besoin de pouvoir et de domination, la vraie question est celle du moment de l’intervention du politique dans la construction de la pensée et de l’organisation sociales. Comme la revue Hérodote.net l’indique, dans sa lettre du 21 août 2016, « la mode elle-même n’est pas innocente. Elle est porteuse de sens politique et accompagne toutes les transformations sociales, pour le meilleur et pour le pire. C’est ainsi qu’au début du XIXe siècle, les femmes de l’aristocratie et de la bourgeoisie ont abandonné les mousselines transparentes et vaporeuses en vogue à la fin de l’Ancien Régime. Elles cèdent la place aux crinolines et les corsets. » Ce n’est pas l’État qui a décrété l’abandon des mousselines au profit des corsets, ceci est le fait d’un mouvement de la société, d’une évolution sociale. Ce sens politique dont il est question ici ce n’est pas l’interventionnisme de l’État. La mode est « politique » dans l’acception large de la politique considérée comme étant le cadre général d’une société organisée et développée ; l’article de cette revue montre bien que l’évolution décrite accompagne le changement de statut de la femme. Un phénomène qu’on retrouvera tout au long du XXsiècle. Inversement à cette mode qui « encorsetait » les femmes, de façon vestimentaire mais aussi sociétale et politique, l’arrivée du bikini en 1946 puis de la mini-jupe et du jean marqua un nouveau statut de la femme.

Un ancien militant de la cause féministe comme moi peut être (doit être) heurté par le voile, la burqa, le tchador et le burkini ; mais il doit aussi se garder de demander que la vêture fasse l’objet d’une législation. L’État n’a interdit ni le bikini, ni la minijupe… pas non plus la soutane des prêtres ou la robe et le voile des religieuses, pas plus que la kippa des juifs ou le turban des sikhs. Reste que certains vêtements peuvent attenter à la pudeur, à a dignité de celui que les porte, empêcher qu’on voit le visage…où être le signe d’un prosélytisme religieux avéré, auquel cas la loi peut dans des lieux et des circonstances précises en restreindre l’usage. La plage, la rue, les transports en commun n’appartiennent pas à cette catégorie de lieux où un vêtement serait interdit au seul fait qu’il serait religieux. Certains à cette occasion prennent beaucoup de liberté avec la loi de 1905 dont il est manifeste que, s’ils l’ont lu, ils en ont une lecture et un usage partisans. À n’en pas douter Roseline Letteron[2] a lu et étudié la loi de 1905 mais on voit bien dans son analyse de juriste la dimension partisane et militante : « Le respect du principe de laïcité s’apprécie aussi à travers la menace terroriste et l’état d’urgence. Le juge des référés mentionne  » l’affichage de signes religieux ostentatoires que les requérants, manifestement de confession musulmane, revendiquent dans leurs écritures « , attitude qui est de nature à  » exacerber les tensions  » dans ce lieu public qu’est la plage. Dans ces conditions, la mesure d’interdiction n’est pas manifestement disproportionnée dès lors que le port du burkini n’est pas seulement un  » simple signe de religiosité « , le fruit d’une démarche individuelle, mais le résultat d’une action militante concertée, dans un but de prosélytisme. » Il est certain qu’avec l’action combinée des hommes politiques appuyés par des intellectuels peu responsables et l’islamophobie ambiante qui est peut-être visible à travers la décision des juges dans l’affaire analysée par Roseline Letteron, le port du burkini ne peut être vue que comme un acte militant et le burkini ne peut être qu’un vêtement dangereux susceptible de cacher une bombe. C’est là, dans cet espace un peu flou et incertain, de la confrontation et surtout de l’usage partial des idées qu’il faut appeler les intellectuels à la prudence. Rappelons-nous que si nombreux furent ceux qui s’élevèrent contre l’apparition de la « Muslim Women Fashion », aucun n’a demandé qu’une loi l’interdit. Ces intellectuels et ces hommes politiques si gaillardement pourfendeurs du burkini se rappellent-ils comment par le passé les meilleures idées, humanistes et progressistes, ont pu être instrumentalisées par les hommes politiques à des fins peu louables. Dans un tel climat de défiance comment interpréter l’anecdote suivante, comment aurait réagi un « faible d’esprit ou un peureux si la loi avait mis en place les conditions du rejet de certains vêtements ou si un crime de masse avait été commis par un catholique ?

La semaine dernière nous étions, mon épouse et moi, à la terrasse d’un café sur la place du palais de justice de Poitiers, il était environ 16 heures, lorsque nous vîmes un prêtre passer dans la rue, au milieu de la foule des consommateurs. Ne pouvait-il pas avoir une ceinture d’explosifs cachée sous sa soutane, car il portait soutane ? Messieurs Valls et Estrosi vont-ils demander aux prêtres de ne plus porter la soutane, aux juifs de déposer leur kippa ? Si on attaque avec autant de vigueur le burkini, au prétexte des attentats récents, c’est qu’on souhaite éradiquer certaines pratiques de l’islam en France. Les hommes politiques cherchent à flatter un électorat potentiel en recourant au pire des ostracismes dont il vaut d’en rappeler la définition et l’origine : « Procédure en usage au Ve s. avant J.-C., à Athènes, permettant de bannir pour dix ans les citoyens dont on craignait la puissance ou l’ambition politique. Action de tenir quelqu’un qui ne plaît pas à l’écart d’un groupe, d’une société, d’une manière discriminatoire et injuste. » Pour cela, en se cachant derrière la lutte contre les terroristes, ils tentent de jouer sur un axe sociétal double : la lutte pour la condition féminine et une islamophobie de moins en moins latente. Le premier axe qui a du sens est bien illustré par la première partie de cet extrait de l’article parue dans Hérodote.net[3] : « Le burkini et le voile islamiques, aussi ridicules que pouvaient l’être les robes à crinoline, illustrent une nouvelle régression de la condition féminine, plus menaçante que celle du XIXe siècle parce qu’elle est suscitée par un courant politique exogène, étranger à notre sphère de valeurs et porté par le dynamisme démographique du monde islamique. » L’axe de l’islamophobie est quant à lui illustré par la seconde partie de cette citation : « qu’elle est suscitée par un courant politique exogène, étranger à notre sphère de valeurs et porté par le dynamisme démographique du monde islamique ». Pour autant, une fois encore, faut-il faire n’importe quoi ? Faut-il une fois encore, comme en a l’habitude François Hollande, légiférer dans la précipitation ?

Cette volonté quasi viscérale de vouloir interdire le burkini parce qu’on n’a pas osé aller au bout de ses convictions et interdire tout vêtement qui serait coloré d’islamisme, en se cachant derrière le petit doigt de pudeur idéologique que seraient les valeurs de la République et l’attitude de matamore que constitue la lutte sans succès mais guerrière contre les attentats, pose la question de la place de la religion musulmane en France. Nous nous trouvons aujourd’hui dans la situation des États Unis d’Amérique en 1918 telle que la rapporte Pierre Rimbert[4] : « Le pays de la liberté a déclaré la guerre à la barbarie. À un empire lointain qui frappe la France et la Belgique, méprise les civils et tue des enfants. « Nous sommes en guerre ! » Soutenus par la population, les dirigeants claironnent leur volonté de détruire l’ennemi. On pavoise. Mais pendant que les soldats combattent, les civils s’activent. L’ennemi ne serait-il pas aussi caché là, sous nos yeux ? Loyaux en apparence, les immigrés et leurs descendants ne formeraient-ils pas une armée d’espions et de traîtres ? » Aujourd’hui, menés par le président de la République tellement silencieux, et derrières Manuel Valls, Christian Estrosi, Eric Ciotti et tellement d’autres, les Français sont entrés en guerre contre l’islam, sans distinction de courant et d’origine. La guerre contre l’EI est devenue avec l’affaire du burkini une guerre de religions franco-française.

Valls se rêve-t-il en Napoléon 1er (ils ont au moins une similitude de taille) et voudrait comme lui réitérer avec l’islam l’histoire des consistoires que l’Empereur signa avec les juifs ? En tout cas la similitude de situation politico-sociales est intéressante à étudier. Mais, pour l’heure c’est sur le champ des idées que doit porter le débat avec l’islam, pas sur celui d’une répression qui ne viserait qu’à prouver la domination de certains. Le désaccord avec certaines pratiques, vestimentaires notamment, liées à l’islam ne relève guère d’un débat sur les valeurs de la République tellement il y a de choses dans ce pays qui en relèveraient et qu’on écarte comme l’égalité effective des droits des personnes en situation de handicap ; le débat sur certaines pratiques de l’islam relève d’un vrai débat d’idées autour des valeurs sociétales comme le rappelle Philippe d’Iribane[5] : « La tenue islamique est un signe difficilement acceptable dans une société attachée à l’égalité entre hommes et femmes, d’autant plus, peut-être, que cette égalité est encore loin d’être acquise. » C’est nous, « occidentaux », qui décidons des valeurs de notre société et nous qui les faisons vivre, aussi est-il légitime que nous souhaitions les voir mises en œuvre dans notre espace social par ceux avec qui nous le partageons. Pour autant rien, à part l’orgueil occidental qui croit en l’universalité de sa pensée et de ses choix de société, ne garantit que nos choix soient les bons, les meilleurs et les seuls à être porteur de la vérité.

Alors, avant d’appeler la loi de 1905 à la rescousse, avant de nous retrancher derrière les « valeurs de la République » (d’ailleurs de plus en plus floues et incertaines tellement elles sont instrumentalisées) ayons un geste d’accompagnement envers ceux que nous avons fait venir sur notre sol après les avoir colonisés pendant plus d’un siècle ; c’est là la condition pour que ce qu’écrit Philippe d’Iribane[6] prenne sens dans une société forcément multiculturelle : « En France, une norme sociale demande une certaine discrétion dans l’expression publique de ce qui met à part rang social, convictions politiques ou religieuses. On a là un élément essentiel de la paix sociale. Il ne s’agit pas d’une stricte neutralité, telle celle qui est associée à une vision radicale de la laïcité, mais d’une forme de modération – ne pas provoquer. Le chrétien le plus convaincu et qui n’en fait pas mystère n’aurait pas idée de coudre sur ses vêtements la croix des croisés. Ne pas respecter cette norme, c’est refuser de participer à un monde commun. » Rappeler que notre société française a pris l’habitude, par une longue maturation, que l’expression religieuse soit discrète n’implique pas qu’on rejette cette expression par le moyen de la loi, qu’on bafoue l’identité des uns en les appelant à une discrétion mortifère qu’on n’exigerait pas des autres, et qu’on joue de glissements sémantiques pour transformer l’expression religieuse en risque de crime, en élément d’un potentiel d’attentat… Jean-Pierre Chevènement comme Christophe Barbier (éditorial de l’Express du 22 août) n’ont pas raison d’appeler les musulmans à la discrétion, que ne font-ils de même avec les juifs qui portent, dans la rue et sur la plage, une kippa, un chapeau et des tresses ostentatoirement religieux. Et pourquoi ne pas interdire les sonneries de cloches des églises qui relèvent d’un prosélytisme évident mais accepté puisque l’Église a signé un pacte avec la République ! Adresser une telle demande aux musulmans, dans la forme où cela est fait compte tenu du contexte, c’est leur demander de se renier, de disparaître du paysage social. Il faudrait d’ailleurs s’interroger sur l’augmentation de ces pratiques et sur l’évidente volonté de les mettre au grand jour ; à elle seule l’augmentation démographique du nombre de personnes susceptibles d’être musulmanes ne suffit pas à expliquer ce phénomène. Un phénomène qui, me semble-t-il, est un fait social[7] qui assaille une grande partie de la population d’origine (récente et mais surtout lointaine) des pays d’Afrique du Nord et qui jaillie à la face des autres citoyens qui ont des difficultés à comprendre ce phénomène donc à l’opérationnaliser c’est-à-dire de trouver le moyen de l’intégrer dans un processus d’évolution sociale.

Notre devoir, le devoir suprême, de tout citoyen français c’est de respecter l’autre dans ce qu’il est, dans ses convictions et de mettre en œuvre avec lui les conditions du « partage », qui sont une manière de mettre en œuvre les valeurs de liberté, de fraternité et d’égalité. Faute de cela ce sera la « guerre de religions » au bout de laquelle il y aura un vaincu qui sera obligé de renier ce qu’il est : « Si nos contemporains ne sont pas encouragés à assumer leurs appartenances multiples, s’ils ne peuvent concilier leur besoin d’identité avec une ouverture franche et décomplexée aux cultures différentes, s’ils se sentent contraints de choisir entre la négation de soi-même et la négation de l’autre, nous serons en train de former des légions de fous sanguinaires, des légions d’égarés[8]. » N’est-ce pas déjà trop tard ?

Il y a un travail d’idées à conduire pour que l’islam se « sécularise » et notamment un travail devant conduire à l’amélioration de la condition féminine dans l’islam. L’islam doit évoluer comme le firent les religions chrétiennes et juives, mais sommes-nous si sûrs que cette évolution dans ces religions soit si généralisée et effective qu’on veut le croire ? Ce travail ne peut être conduit que par les « islamistes » eux-mêmes avec, peut-être, l’aide des autorités morales de notre pays mais certainement pas sous une tutelle autoritaire de l’État qui n’a qu’un devoir de vigilance et de rappel de la « norme sociale ». L’État, n’en déplaise au « laïcard » intégriste qu’est Monsieur Chevènement, n’a pas à se mêler de la construction du dogme d’une religion ni de la formation de ses prêtres. La première des conditions pour que cette « sécularisation » et cette « modernisation » aient lieu à la forme d’un organe « centralisateur » au sein de l’islam créé et animé par les musulmans eux-mêmes ; ils en ont les capacités et les compétences intellectuelles, en ont-ils la volonté politique et sociale ?

[1] Alain Laurent est essayiste et philosophe, il dirige « bibliothèque classique de la liberté » et « penseurs de la liberté » aux éditions Belles Lettres.

 

[2] Roseline Letteron, Le  » burkini  » bafoue les droits des femmes, Le Monde du 20 août 2016.

[3] https://www.herodote.net/Crinoline_et_burkini_la_mode_est_politique_-article-1578.php

[4] Pierre Rimbert, Le pays de la liberté a déclaré la guerre à la barbarie, le Monde Diplomatique, avril 2016.

[5] Philippe d’Iribane, le Monde du 18 août 2016,

http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/08/18/philippe-d-iribarne-pourquoi-le-burkini-est-inacceptable_4984393_3232.html#pmdmOvRLjX8lkB0w.99

[6] ibidem

[7] Encyclopédia Universalis : Le fait social possède comme attributs fondamentaux la contrainte, l’extériorité et l’inévitabilité. Contrainte : les individus sont amenés à se soumettre à son existence, comme ils doivent se soumettre à celle de la pesanteur ou de la composition de l’air. Extériorité : les individus ne produisent pas le fait social en lui-même, mais le rencontrent à l’extérieur de leurs propres productions psychiques. Inévitabilité : les individus ne peuvent faire comme s’il n’existait pas, ils ne peuvent échapper à son existence.

[8] Amin Maalouf, les identités meurtrières, 1998, cité par F Durpaire et B Mabilon-Bonfils, Fatima moins bien noté que Marianne, l’aube, 2016.

Hollande et Valls en guerre contre l’islam

François Hollande et Manuel Valls ont déclaré que la France est en guerre contre l’État Islamique, légitimant ainsi son existence[1] comme le dit Miguel Angel Moratinos[2] : « Se déclarer en « guerre » contre Daech donne une forme de légitimité à ses actions. […] Le langage guerrier donne satisfaction aux thèses de Daech, qui se targue déjà d’être un État doté d’une armée, alors que ce ne sont que des terroristes qui nous imposent leur agenda. » La lutte armée, sur le terrain, est sans doute indispensable pour éradiquer la menace d’accroissement de la déstabilisation et du désordre politique de la région du Moyen-Orient[3]. Pour autant il ne faut pas négliger que l’État Islamique n’est pas né de rien : l’EI trouve une source dans l’histoire des peuples et surtout dans l’histoire de la construction par les États Occidentaux, notamment la France et le Royaume Uni, des États de cette région du monde. Cette région vit en vassalité du monde occidental qui l’a découpée à sa guise comme réponse à ses besoins d’expansion économiques : « Depuis la fin du califat arabe, le Proche-Orient n’a plus jamais été maître de son destin. […] il semble retrouver sa souveraineté en 1945. Ce n’est qu’un trompe-l’œil ; d’abord soumis aux rivalités entre Occidentaux, puis à celles des deux superpuissances, il est ensuite l’espace vassalisé des États-Unis[4]. » Dans cet espace constitué, en 1918, d’un arrangement d’éléments hétérogènes, les puissances occidentales ont mis en œuvre un découpage qui, pour servir leurs intérêts, ne tint aucun compte des aspirations locales ni des caractéristiques ethnoculturelles notamment religieuses, ce qui ne pouvait pas ne pas créer des rancœurs de tous genres. À cela s’est ajouté après 1945 l’arrivée d’Israël et la poursuite des interventions des puissances occidentales et locales dans le conflit israélo-palestinien. Aussi faut-il comme le souligne M.A Moratinos « accompagner les actions militaires par des actions diplomatiques ». Aujourd’hui ces dernières semblent maigres et surtout elles sont le reflet, comme jadis, du traitement des intérêts des Occidentaux (on y comprendra la Russie) et certainement pas celui d’une volonté de redonner aux peuples de cette région une quelconque autonomie politique et de gestion de leur destin.

Globalement et de façon synthétique, les mouvements nationalistes nés dans les années 1950 qui auraient dû assurer un développement des pays de la région issus de la décolonisation, n’ont pas su faire face à la double question de la croissance démographique et de la conjoncture économique. Il n’y a donc rien de surprenant à ce que, dans un tel contexte de mépris des peuples, puisse émerger de vieux ressentiments qui s’appuient à la fois sur des réalités historiques et sur des victoires comme celle du retour d’un islam de pouvoir politique comme ce fut le cas en Iran en 1979. Dès les années 1970 les mouvements islamistes[5] ont opposé à l’échec des mouvements nationalistes une sorte d’utopie à base religieuse pour reprendre l’analyse de Gilles Kepel[6]. Les échecs des Occidentaux en Afghanistan et surtout en Irak ont ouvert une voie royale aux mouvements islamistes extrémistes et politisés qui trouvent un terrain fertile pour leur développement dans des populations pleines de rancœur contre l’occident qui les méprise ; en outre ces mouvements sont soutenus par les pétromonarchies où l’islam a rang de guide politique, ils le sont aussi par certains État occidentaux. L’attitude des États-Unis n’a pas toujours été judicieuse dans ce domaine, pour ne pas dire que parfois elle a manqué de clarté et de discernement comme peuvent le montrer ses errements en Afghanistan. Pour autant il serait sans doute faux de dire que ces mouvements islamistes auraient pris le pouvoir (encore qu’il faudrait sans doute y regarder de plus près) sauf en Iran, mais, comme l’écrivait Gilles Kepel en 2005, ce n’est pas le signe d’une inexistence : ils étaient bien là et le sont encore. Ils sont présents face à un occident qui présente sa culture, son économie et sa morale comme hégémoniques, ce qui est proprement insupportable pour ces mouvements islamiques mus par une pensée religieuse qui est très éloignée de celle « occidentale » et qui exècrent les valeurs, notamment morales, promues par l’occident. Dès lors, il ne leur est pas difficile de faire leur lit sur la pauvreté que l’occident « moderne » n’a peut-être pas installée mais contre laquelle il ne met qu’une ardeur modérée à lutter. Pour autant, cela s’expliquant dans une grande complexité de causes et de raisons, s’ils se développent plus qu’on le croit au sein des populations ils n’arrivent pas à accéder au pouvoir aussi, après la quasi-extinction de El Qaïda, l’arrivée de l’EI ne peut pas être vue comme un hasard ou une simple péripétie de l’histoire dans laquelle l’occident n’aurait pas de responsabilité.

L’occident ne peut pas réduire son analyse à propos de l’EI à l’expression de quelques fous de dieu, c’est plus complexe, et ne pas voir l’ancrage de ce mouvement dans les populations les plus pauvres relève d’une cécité assassine. J’ai pu constater l’accroissement de l’infiltration et l’ancrage de « l’islam intégriste » dans les populations pauvres du Gabon s’intensifier après la « victoire française » au Mali ; si François Hollande ne le voit pas, le président Ali Bongo y est particulièrement attentif comme il l’indiquait dans une interview au Figaro le 3 août 2016. À la question « la menace islamique a-t-elle atteint Gabon ? » il répondait : « Non. Mais elle est déjà sur le sol de notre voisin le Cameroun. C’est un danger très grave, que je ne sous-estime pas, moi qui suis musulman. Dans leur écrasante majorité, mes compatriotes sont chrétiens. Mais nous avons aussi, ici, nos migrants. Ils sont pratiquement tous musulmans. Ils représentent 30 % de la population totale. Ils ont été attirés par la relative richesse de notre pays et ils ne posent pas de problème car ils ont des emplois. Mais, comme partout les prédicateurs du djihad cherchent à les embrigader. Voilà pourquoi nous contrôlons très attentivement les sermons du vendredi dans les mosquées. Les migrants constituent des proies de choix pour les réseaux djihadistes. » Toutefois ce que ne dit pas le président Bongo (mais il y est tout aussi attentif) c’est que les réseaux djihadistes ne sont pas présents que dans les mosquées, ils sont très implantés dans la « vie sociale » en créant des écoles supplétives à un système scolaire défaillant, des lieux de soins médicaux, apportent des aides financières à des populations désargentées…

Alors, s’il fallait attaquer militairement l’EI, encore aurait-il fallu le faire complètement. Une vraie coalition était nécessaire, pas une meute de caniches derrière les USA ; l’intervention militaire devait être massive au sol, et il ne fallait pas abandonner les populations locales ni au Proche-Orient ni en Afrique, pas non plus ailleurs… Surtout il fallait maîtriser les puissances locales même au risque de perdre des marchés et de voir se réduire le flot de pétrole. Aujourd’hui, les frappes aériennes ont permis un recul territorial certain de l’EI, une reprise en mains de son armée par l’Irak, une prise en compte de l’État kurde, ces deux derniers points ne nous garantissant en rien d’un avenir radieux d’autant qu’en même temps l’EI se fond dans des populations qui ne voient aucun avenir radieux s’ouvrir devant elles, même pas l’exil dont elles voient bien, au-delà des récriminations des Européens, qu’il n’est pour la grande majorité d’entre elles qu’un infâme cul-de-sac… La perspective des camps de réfugiés n’a jamais enchanté qui que ce soit.

Mais, pensée (si on peut appeler ça une pensée) chère à Manuel Valls : « Il ne peut y avoir aucune explication qui vaille. Car expliquer, c’est déjà pardonner un peu[7]. », et les hommes politiques, Hollande en tête, croyaient que d’aller porter le fer contre l’EI n’entraînerait pas de réaction de sa part. Nenni, l’EI réagit sur le terrain ben sûr mais là, en voyant que sa réplique qui s’épuisera rapidement, n’atteindra pas les États et les hommes politiques occidentaux aux ressources guerrières inépuisables et qui ne vont quand même pas se compromettre pour sauver la vie de quelques Arabes otages de l’EI, alors l’EI transporte ses combats sur d’autres territoires. Fort des expériences passées : les attentats perpétrés par le Front populaire de libération de la Palestine et par le Groupe Islamique Armé (GIA) comme l’Attentat à la station de métro Saint-Michel à Paris, qui ont vu le transport hors de la zone de conflit du terrorisme, l’EI ne pouvait pas ne pas attaquer hors de son territoire et notamment le territoire français, d’autant moins à partir du moment où le président de la République déclarait que la France était en guerre contre l’EI.

Là, la cécité du gouvernement, comme celle des précédents, est particulièrement assassine dès lors qu’elle empêchait de voir l’existence d’un terreau social extraordinairement favorable aux thèses politiques soutenues par un corpus de pensées religieuses « archaïques » de l’EI. Ce terreau, Gilles Kepel et Antoine Jardin en parlent clairement dans leur ouvrage « Terreur dans l’hexagone » justement sous-titré « genèse du djihad français ». Ils montrent comment un désert socio-économique joint à une attaque politique autour de l’identité nationale menée par Nicolas Sarkosy (rejoint par Manuel Valls[8]) et à une trahison politique perpétrée par François Hollande, a pu être fertilisant d’un développement d’adhésion de certains jeunes au djihadisme ; à ceux-là il faut déjà ajouter ceux, illuminés par la répétition des exemples sur les médias ou approchés par un réseau (notamment en prison) et faibles d’esprit ou au psychisme troublé, qui trouvent et trouveront de plus en plus souvent matière à extirper leur paranoïa ou à exprimer un semblant de personnalité dans un acte qui permet la vengeance et l’accès au paradis ; l’affaire de Saint-Étienne du Rouvray et celle de Charleroi et plus encore l’histoire de cette adolescente de 16 ans appréhendée par la police le 8août 2016 me semblent en ce sens exemplaires. Cette population attirée par le djihad, essentiellement composée de jeunes gens, est plus hétéroclite qu’il n’y paraît, on le voit après chaque arrestation : la « pauvreté » économique et culturelle n’est pas toujours le moteur de leur engagement comme le montre le « profil » des deux tueurs de Saint-Étienne du Rouvray. Peut-être peut-on retenir comme point commun, plus petit dénominateur commun, le passage en prison qui demeure un lieu remarquable d’endoctrinement ; mais quand les hommes politiques et les technocrates pensent-ils dans le sens des propos de Gérard Sarrazin[9] : « Non, un jeune n’est pas un vide qu’il faut combler en mettant en place une mesure qui va s’inscrire dans ce vide. Il est aussi une aspiration à un ailleurs, à une autre façon de voir le monde. » ? Il faut ici poser que cette « guerre » de l’EI et surtout le djihadisme ne sont pas une guerre de religions comme l’exprimait le Pape François ; ils trouvent leur essence dans l’attitude de certains les entreprises multinationales soutenues par les États occidentaux et les pétromonarchies, une attitude guidée par des raisons « d’intérêt, d’argent, d’accès aux ressources naturelles, de domination des peuples[10] ».

Ainsi, les affaires évoquées plus haut et plus généralement le djihadisme en occident devraient être analysés autrement qu’en ostracisant les musulmans comme le font aujourd’hui François Hollande et Manuel Valls. Tous deux devraient appliquer la formule de Spinoza : ni rire, ni pleurer, mais comprendre. Mais, en rejetant toute tentative de compréhension, en fustigeant les intellectuels et en les reléguant quasiment au rang de traîtres à la nation et en pointant du doigt l’islam en France, Manuel Valls applique son extrémisme laïciste et semble tenter de régler des comptes avec cette religion même si c’est au prix d’une énorme incohérence politique. En outre, François Hollande et Manuel Valls essaient de donner du corps à un ennemi jusqu’alors perçu trop lointain par les Français pour qu’ils lui confèrent une existence réelle, pour eux l’EI conserve quelque chose de virtuel, malgré les attentats, tant qu’il n’a pas une existence « corporelle » dans l’hexagone. Alors, l’islam et plus généralement les musulmans sont la cible par excellence traduisant ainsi ce qu’écrit Paul Auster[11] : « L’idée que les gouvernements ont toujours besoin d’ennemi, même quand ils ne sont pas en guerre. Ça fait peur aux gens, et quand les gens ont peur ils ont tendance à marcher au pas. »

La finance et le chômage n’étant plus, pour François Hollande, des ennemies, les musulmans étaient prédestinés à les remplacer comme ennemie de la nation. Maintenant l’ennemie n’est pas au loin, il est dans la maison, on le voit, on peut le toucher. François Hollande étant sinon disqualifié du moins lourdement démonétisé, il ne reste plus que Manuel Valls pour donner un semblant de consistance au gouvernement et porter les coups contre l’ennemie de l’intérieur (ça rappelle certaines époques) mais il « semble condamné à ne plus faire que ce qu’il sait faire : du Valls. C’est-à-dire cliver par (ou presque) tous les moyens au sein de la gauche, transgresser de nouveau par des mots et des idées pour frapper les esprits et tenter de garder une plus-value politique minimale afin de préparer l’après 2017. »[12] Mais, il ne clive pas qu’au sein du parti socialiste, il le fait aussi au sein de la société, aussi bien que le ferait le Front National, sans être embarrassé par ses prises de position extrémistes vis-à-vis de la coexistence de certaines communautés religieuse comme il le fit à Évry dont il était maire en 2001, ni par ses incohérences lorsqu’il déclarait en mai 2013 devant le CRIF[13] : « L’esprit qui anime le président de la République et le Premier ministre est celui de la confiance et de l’apaisement » et « Les Français de confession musulmane n’ont pas à être stigmatisés. Ils sont la France et ils enrichissent, comme les autres, notre pacte républicain[14]. » Il n’est nul doute qu’il faille être attentif à ce qui se passe dans les mosquées (mais ailleurs aussi) comme le déclarait le président Bongo (cf supra) car il se développe autour de certains courants religieux musulmans un djihad « moderne » ou plus exactement une résurgence du djihad en tant qu’il est un « effort » pour répandre l’islam (extrémiste, radical) sur le monde entier ; pourtant le djihad « C’est un terme connoté de façon positive dans la culture islamique. Utilisé dans un contexte militaire ou politique, il se traduit par guerre sainte[15]. » C’est cette guerre sainte, une guerre contre un occident dont les valeurs les étouffent, qui attire des hommes et des femmes, des adolescents, comme solution à leurs maux, ou plus simplement comme occasion d’afficher des « exploits ». Concernant ce dernier point il faudra bien un jour que la société s’interroge sur ce qu’elle attend des médias dont on sait qu’ils n’ont qu’une capacité éthique réduite. Il faudra aussi, n’en déplaise à monsieur Valls, s’interroger à propos de ce qui motive l’engagement des gens dans un djihad qui les conduit presque inéluctablement à la mort, de quels maux personnels ou sociétaux souffre-t-il ? Même si l’islam en France (ailleurs aussi sans doute) a besoin d’évoluer, ce qui dépassera amplement le temps de l’écriture d’une loi, ce n’est pas par une réforme législative et réglementaire de cette religion qu’on soignera le mal ; faire ainsi ce n’est que donner de la morphine à quelqu’un qui a une jambe écrasée sous un bloc de béton. D’ailleurs les hommes politiques savent-ils de quoi et de qui ils parlent quand ils mettent en cause l’islam comme humus du terrorisme. Bernard Cazeneuve, inénarrable ministre de l’intérieur, accuse les salafistes de fomenter les attentats pourtant à lire chez les spécialistes (mais ils sont tabous) la définition du salafisme on ne comprend pas où serait la cause : « Au contraire de l’islamisme (cf supra), le salafisme n’est donc ni un mouvement religieux à revendication politique, ni une organisation à proprement parler, plutôt une tendance de « régénération » de la foi et de réislamisation de la société. Un salafiste peut être considéré comme un musulman « ultraorthodoxe ». »[16] ou « Il condamne toute forme de politisation de la religion musulmane et se pose comme adversaire de l’islamisme[17]. » Comme l’a dit le Pape François, « Si je dois parler de violences islamiques, je dois aussi parler de violences chrétiennes. Dans presque toutes les religions, il y a toujours un petit groupe de fondamentalistes. Nous en avons, nous aussi[18]. » Dans cet échange avec la presse le Pape François disait aussi « Il n’est pas vrai et il n’est pas exact [de dire] que l’islam, c’est le terrorisme. Je ne pense pas qu’il soit juste d’associer islam et violences. Tous les jours quand j’ouvre les journaux, je vois des violences en Italie, quelqu’un qui tue sa petite amie, un autre qui tue sa belle-mère, et ce sont des catholiques baptisés. » Le fondamentalisme n’est pas systématiquement synonyme de violence, en tout cas pas de terrorisme ; par contre que des militants extrémistes d’une cause plus ou moins politique, certainement « illuminés », utilisent la religion à la fois comme motif et comme moyen d’emprise n’est ni surprenant, ni absurde, ni même nouveau. Ce n’est donc pas à l’islam qu’il faut s’attaquer, pas même à ce qui dans sa théologie peut apparaître (sans doute qui est sûrement) archaïque mais c’est aux fauteurs de trouble que l’État doit s’intéresser et à eux seuls. Alors, qu’est-ce qui vaut, en France, à l’islam d’être ainsi la cible des hommes politiques et maintenant du Premier ministre Manuel Valls.

L’islam semble être passé à côté de la sécularisation qui a permis, même si ce fut avec difficultés, aux autres religions d’organiser une cohabitation avec la République. On entendra sécularisation suivant la proposition de José Casanova[19] qui y distingue trois significations : « la sécularisation comme différenciation de la sphère du séculier et des normes et institutions religieuses ; la sécularisation comme déclin des croyances et pratiques religieuses ; la sécularisation comme relégation de la religion dans la sphère privée. » La deuxième signification : la sécularisation comme déclin des croyances et pratiques religieuses, qui représente l’essence même de la théorie sociologique de la sécularisation est largement battue en brèche par la réalité ; alors que de nombreux spécialistes des religions pensaient à une « extinction » des religions, on constate depuis la décennie 1960-1970 une résurgence du religieux sous différentes formes. On peut observer une « recomposition du religieux dans un monde à la modernité de plus en plus affirmée, traversé par des logiques simultanées d’individualisation, de mondialisation, de syncrétisme et de réinvestissement des traditions[20]. » C’est dans ce contexte social mondial et dans celui particulier d’une France exceptionnellement « sécularisée » qu’on voit apparaître dans les années 1990, en France, une réislamisation d’une jeunesse d’une deuxième et troisième génération d’immigration musulmane. Ils ne représenteraient qu’entre 10 et 20 % de jeunes « de cette immigration », la très grande majorité d’entre eux est née et a été scolarisée en France. Qu’est-ce qui manquait à cette jeunesse, qu’elle était son aspiration pour qu’elle rompe avec l’islam des parents pour se tourner vers un islam moins lié aux appartenances nationales et ethniques, pour aller vers un islam plus orthodoxe ? Autre fait remarquable est leur faible investissement dans la vie des mosquées pour se tourner vers l’associatif : « les jeunes vont faire de l’association à but socioculturel l’expression privilégiée de leur appartenance islamique, en édifiant des lieux de formation et d’éducation. Pour ces jeunes musulmans, l’islam ne saurait se résumer à un ensemble de pratiques et de rites religieux. Il doit également revêtir une dimension sociopolitique[21]. » Dès lors on ne voit pas bien en quoi les propositions de Manuel Valls pourraient avoir un effet quelconque sur une réforme de l’islam (dont il faut se demander si c’est bien le rôle de l’État) et sur le djihadisme et les attentats terroristes. Le financement des mosquées par des pays étrangers qui ne concerne qu’une infime partie des mosquées, n’est pas souhaité, voire au contraire rejeté, par cette jeunesse, que la formation des imams se fasse en France n’empêchera pas la dimension sociopolitique de l’engagement associatif.

C’est bien dans le domaine des deux autres aspects de la sécularisation décrits par José Casanova qu’il faut que l’État accompagne l’islam : la sécularisation comme différenciation de la sphère du séculier et des normes et institutions religieuses, et la sécularisation comme relégation de la religion dans la sphère privée. À défaut de ce travail, l’islam qui risque de mourir s’il ne réagit pas en acceptant de se séculariser. Sans doute faut-il que l’islam se « recompose » dans la ligne de pensée déclinée par la sociologie de Mme Hervieu-Léger pour qui « rien ne disparaît tout se transforme ou -comme elle aime à l’écrire- tout est en perpétuelle décomposition-recomposition, en dépolarisation-repolarisation à travers des conflits (latents ou manifestes) dont les données ne cessent elles-mêmes de varier. Aussi bien, le catholicisme issu de Vatican II ne lui apparaît ni tout fait nouveau ni entièrement inchangé ; elle y observe ‘’une configuration nouvelle des rapports interecclésiaux’’ conditionnant un jeu de rapports partiellement nouveaux avec l’extérieur ; on y est, pour elle, devant un processus de recomposition d’un système social ‘’qui se dépolarise et se repolarise sous la pression un environnement culturel et social transformé’’. Pour auteur, en effet, le christianisme n’est pas en train de disparaître, même si sa surface et sa prégnance sociales ne sont plus ce qu’ils furent ; il n’est pas devenu un phénomène marginal la scène moderne. Il s’affirme au contraire partie prenante aux débats même de la modernité[22]. » Mais, comment un islam dispersé, voire divisé ou clivé, en tellement de courants peut-il entreprendre une telle recomposition ?

L’islam sans être aussi anciennement implanté en France que le catholicisme ou le protestantisme, voire le judaïsme, n’est quand même pas d’une apparition récente. Pourtant, la grande mosquée de Paris a été inaugurée en 1926 mais des projets similaires avaient été envisagés en 1842, 1878, 1885, ce n’est que la guerre de 1914-1918 qui a empêché que le projet du début du XXsiècle voit le jour ; en 1856 un arrêté préfectoral délimitait « un carré musulman » au cimetière du père Lachaise et « En 1923, la commission interministérielle des affaires musulmanes discuta des travaux à exécuter au cimetière musulman du Père-Lachaise. Elle conclut à l’inutilité d’édifier une mosquée dans cette nécropole, puisque l’on en bâtissait une dans le quartier du Jardin des Plantes[23]. » Peut-on dire que l’islam fut le grand oublié de la République au moment des discussions qui aboutirent à la loi de 1905 ?

L’histoire entre l’État plus particulièrement la République et les religions est longue et tumultueuse. Un tumulte qu’ont apaisé les concordats dit de Bologne signé par François 1er et Léon X en 1516, puis celui de 1801 par lequel Napoléon amena à Pie VII à reconnaître la République. Mais ceux-ci ne valaient que pour les relations entre l’Église catholique et l’État, aussi Napoléon « inventa » des consistoires comme celui de 1808 pour organiser et contrôler le culte israélite : « C’est la première tentative en France d’organiser et contrôler le culte israélite. Elle a été inspirée à l’empereur par le souci de prévenir les pogroms et les conflits religieux, notamment en Alsace où les juifs étaient relativement nombreux et suscitaient l’ire de la population locale, notamment par leur refus de s’intégrer (la France de 1789 en compte environ 40.000 sur 26 millions d’habitants, soit environ cinq fois moins qu’aujourd’hui en proportion de la population globale). Le décret est publié au terme d’un à deux ans de délibérations entre les représentants des communautés israélites. Ceux-ci acceptent en définitive de renoncer à la loi mosaïque (« loi de Moïse »). Ils rejettent la polygamie et la répudiation, admettent le divorce et les mariages mixtes ; ils se reconnaissent pleinement français, respectueux du code civil (ou Code Napoléon) et disposés à défendre le territoire national[24]. » Mais que ce soit le concordat ou les consistoires, ce fut du donnant donnant dans un contexte extrêmement différent de celui d’aujourd’hui, ne serait qu’en raison du poids de la religion dans la pensée et la vie individuelle, et parce que la loi de 1905 n’existait pas.

La loi que fait voter Aristide Briand en 1905 peut être regardée comme l’aboutissement de sept siècles de combats entre l’État (que ce soit le Roi ou la République) et les religions. En mettant fin au concordat de 1808 elle va régir au sens juridique les relations entre l’État et les quatre confessions alors représentées en France : le catholicisme, les protestants luthériens, les protestants calvinistes et les israélites et séculariser ces religions en mettant un terme à 25 ans de querelles violentes entre le pouvoir républicain et l’Église catholique à propos de la direction morale de la société. Et l’islam dans toute cette histoire.

Les tentatives de « rattrapage » furent nombreuses ces 27 dernières années en commençant par Pierre Joxe qui a créé en 1988 le Conseil de réflexion sur l’islam de France, pour s’achever en 2003 avec Nicolas Sarkosy et la mise en place du Conseil Français du Culte Musulman. Je ne saurai pas dire un bilan de cette organisation tant il semblerait que les dissensions entre courants soient nombreuses, toutefois elle existe et l’État, notamment à travers le bureau des cultes au ministère de l’intérieur a la charge de la faire fonctionner.

Comment expliquer l’acharnement de Manuel Valls, soutenu par François Hollande, à vouloir diriger l’islam : interdire des financements de certaines provenances, se mêler du curriculum de formation des imams qui seraient forcément formés en France notamment aux « règles de la République », signature d’un concordat… Voilà peut-être le point d’explication : un concordat qui permettrait à Valls de diriger cette religion comme il rêve de le faire pour les autres. Ne s’était-il pas mêlé de conseiller au Pape d’engager Monseigneur Barbarin à démissionner ? Il semble toutefois faire bénéficier la religion juive de plus de bienveillance : « Tournée à Strasbourg le 17 juin 2011, alors qu’il n’était encore que le député et maire d’Évry (Essonne), elle [une vidéo] montre un Manuel Valls très remonté, répondant visiblement à un public de la communauté juive de France qui venait de mettre en cause la gauche dans ses rapports aux juifs, à la lutte contre l’antisémitisme, à l’islam, à Israël… Il commence par s’en prendre à Nicolas Sarkozy, « le même Nicolas Sarkozy que beaucoup d’entre vous ont plébiscité… », ­ et ses ambiguïtés vis­-à­-vis des organisations islamistes, notamment dans sa tentative d’organiser « l’islam de France ». Puis il se livre : « Je ne parle que pour moi : la lutte contre l’antisémitisme, ­je dis ça pour des raisons politiques, historiques, ma famille est profondément liée à Vladimir Jankélevitch qui a écrit le plus beau livre qu’on puisse écrire sur l’imprescriptible et la Shoah ; par ma femme, je suis lié de manière éternelle à la communauté juive et à Israël, quand même[25]… » On lira aussi « Manuel Valls, Israël, les Musulmans et les Juifs » dans MEDIAPART[26]. Manuel Valls est autoritaire, il ne supporte pas qu’on puisse s’opposer à lui, et semble-t-il peu cultivé, il exècre tout ce qui peut ressembler à de la science, il a donc une aversion pour les intellectuels fussent-ils des chercheurs de haut niveau : « Le palmarès de Manuel Valls pour l’année 2015 parle de lui-même. Il a successivement érigé Michel Houellebecq en symbole de l’intolérance (l’écrivain est discutable, mais peut-on réduire son œuvre à ce mot ?), puis livré une passe d’armes pathétique avec Michel Onfray (offrant à ce dernier une publicité inespérée), pourfendu le « cynisme » d’Emmanuel Todd (là encore, s’il y a un reproche à faire, ce n’est sûrement pas celui-là), pour enfin déplorer l’absence des « grandes consciences de ce pays » dans le combat contre le FN (et dans le soutien au gouvernement).[27] »

Comme tous les gens à la culture faible et à l’autoritarisme exacerbé il ne dirige qu’à travers quelques principes peu fondés qu’il érige en conviction face auxquelles aucune discussion n’a de place. Avec ça, persuadé qu’il détient la Vérité, il essaie de se faire une place dans l’histoire, il rêve d’organiser l’Islam comme Napoléon 1er organisa le judaïsme. Outre que les temps ont changé, l’enjeu avec l’islam est plus complexe du fait de sa complexité tant théologique qu’organisationnelles. Bien évidemment un nouveau concordat est impossible notamment en raison de la loi de 1905 et il ne serait pas admis que l’État donne son avis sur l’interprétation de la foi musulmane par les uns et les autres. Pour comprendre cela il faudrait que manuel Valls, ainsi que François Hollande qui rêve d’une place dans l’histoire, méditent les propos de Montesquieu[28] : « Pour faire de grandes choses, il ne faut pas être un si grand génie ; il ne faut pas être au-dessus des hommes ; il faut être avec eux. »

 

[1] Au sens du droit international pour lequel un Etat est une entité qui se compose d’un territoire et d’une population soumis à un pouvoir politique organisé.

[2] Ancien ministre des affaires étrangères espagnoles in Le Monde.fr de 15 novembre 2015.

[3] Pour une définition géopolitique du Moyen-Orient cf Defay A, géopolitique du Proche-Orient, PUF, 2003, 2016, p6

[4] Ibidem.

[5] Mouvements islamistes : les frères musulmans, les groupes islamiques armés (GIA), le front islamique du salut, l’armée du salut…

[6] Kepel G, le 11 septembre, symptôme du déclin islamiste, in La religion, Sciences Humaines, Auxerre, 2005.

[7] De Montvalon J.B, les positions « décomplexées » de Manuel Valls sur la laïcité, Le Monde, 29 janvier 2016.

[8] De Montvalon JB, ibidem.

[9] Sarrazin G, revue du CEDEFOP, n°17, juillet 1985/1, p12.

[10] http://www.lemonde.fr/societe/article/2016/07/27/pour-le-pape-le-monde-est-en-guerre-mais-ce-n-est-pas-une-guerre-de-religions_4975498_3224.html#1cmJiUfbUYgHrCH3.99

[11] Auster P, la nuit de l’oracle, Actes Sud, 2004.

[12] Bonnefous B, Manuel Valls, l’autorité comme seule stratégie, Le Monde, 15 avril 2016.

[13] Conseil Représentatif des Institutions Juives en France.

[14] Bonnefous B, ibidem.

[15] Kepel G, le 11 septembre, symptôme du déclin islamiste, in La religion, Sciences Humaines, Auxerre, 2005.

[16] Le blog d’Antoine Sfeir

[17] Amghar S, le paysage islamique en France : acteurs et enjeux, in La religion, Sciences Humaines, Auxerre, 2005.

[18] Le JDD du 1er août 2016, Le pape François déconstruit l’amalgame entre islam et violences.

[19] Casanova J, Public Religions in the Modern World, University of Chicago Press, 1994.

[20] Molénat X, la sociologie des religions, in La religion, Sciences Humaines, Auxerre, 2005.

[21] Amghar S, le paysage islamique en France : acteurs et enjeux, in La religion, Sciences Humaines, Auxerre, 2005.

[22] Séguy Jean. Religion, modernité, sécularisation. In: Archives de sciences sociales des religions, n°61/2, 1986. pp. 175-185; http://www.persee.fr/doc/assr_0335-5985_1986_num_61_2_2393

[23] Michel Renard, « Les prémisses d’une présence musulmane et sa perception en France — Séjours musulmans et rencontres avec l’islam », dans Mohammed Arkoun (dir.), Histoire de l’islam et des musulmans en France du Moyen Âge à nos jours, 2e partie, chap. II, p. 573–582.

[24] Hérodote.net, https://www.herodote.net/almanach-ID-508.php

[25] L’Obs avec Rue89 Publié le 31/03/2014 à 19h08 http://rue89.nouvelobs.com/2014/03/31/dix-choses-ignorez-peut-etre-manuel-valls-251118

[26] https://blogs.mediapart.fr/guillaume-weill-raynal/blog/220116/manuel-valls-israel-les-musulmans-et-les-juifs

[27] Eric Aeschimann, Valls contre les intellectuels, http://bibliobs.nouvelobs.com/idees/20160122.OBS3236/manuel-valls-contre-les-intellectuels.html

[28] Edition des pensées de Montesquieu, https://www.unicaen.fr/services/puc/sources/Montesquieu/index.php?texte=1081

La France au bord de la révolution !

L’entêtement aussi stupide qu’imbécile de François Hollande et le comportement particulièrement autoritaire et agressif de Manuel Valls me rappellent les leçons d’histoire étudiées à l’école : « Quel est le dernier moment, peu avant 1789, où la Révolution française aurait pu être évitée ? En 1787 et en 1788, le ministre Brienne tente à nouveau le même coup que Maupeou en 1771. Il veut faire une alliance entre le régime et les élites économiques et intellectuelles, la couche supérieure du tiers état. Mais Louis XVI ne le soutient pas vraiment, renvoie ses ministres et, comme le régime ne trouve de solution ni à la crise financière ni à la crise politique, le roi fait appel au pays pour lui indiquer quelle serait l’issue et c’est la convocation des états généraux demandée par Necker et le roi. Il avoue qu’il n’a plus de remède. C’est une abdication de fait de la monarchie, une fuite en avant.

Là est donc la dernière erreur… … commise par Necker qui croit avoir les moyens de pouvoir contrôler cette assemblée. Il a l’idée étrange de doubler le nombre de votes du tiers état, mais de continuer à donner une voix par ordre. Peut-être voulait-il provoquer une paralysie générale pour reprendre la main ensuite et montrer que la royauté était la seule capable de mener les choses. Mais il était absurde de ressusciter une assemblée qui n’a pas été réunie depuis 1614 et qui donnent une idée figée de la France, car elle attribue trop de représentation à la noblesse et au clergé. » (extrait de C’est la faute à Louis XVI, Patrice Gueniffey, propos recueillis par François-Guillaume Lorrain, Publié le 15/12/2011 dans Le Point).

Voilà un président de la République qui a instauré une nouvelle monarchie de laquelle il dirige et impose sans qu’aucune contestation émanant du peuple ne soit entendue, pire, ne soit tolérée. Ainsi, il n’hésite même plus à tancer ses ministres même sur les choses les plus insignifiantes mais de nature à heurter ses passions comme, par exemple, celle du foot à propos de laquelle le ministre des sports a été sommé « d’arrêter de dire des conneries » à propos d’un joueur en délicatesse avec la justice. François Hollande a transformé le droit du peuple en droit divin ; il dispose donc de la « Vérité », les autres sont au mieux ignorants de tout y compris de ce qui serait bien pour eux, au pire des sots.

L’analogie avec la monarchie ne s’arrête pas là ; ne prend-il pas, comme les monarques, conseil auprès de ses maîtresses, ne satisfait-il as leur volonté de voir tel ou tel nommé à tel poste prestigieux ? Et, François Hollande, comme les monarques, s’ingénie à donner aux riches et aux privilégiés même s’il masque cela derrière quelques cadeaux, à la veille des élections, aux plus humbles. Faux cadeaux d’ailleurs car n’avaient-il pas augmenté outrageusement les impôts sur le revenu avant d’en exempter certains contribuables ? Je te donne un peu de brioche pour masquer que j’ai supprimé le pain.

Quant à Manuel Valls, ce grand vizir autoritaire, il n’a qu’une seule envie : museler définitivement le peuple. Pour cela il utilise deux armes redoutables : la peur et le discrédit. Voyez comme il agite le chiffon rouge du terrorisme et celui du chômage. Or, si on veut bien se souvenir de l’histoire il apparaît que les attentats de 2015 ne sont pas les seuls ni même les premiers qu’a connu la France. Si on analyse cette histoire on comprend qu’il y en aura d’autres quelle que soit l’action policière que l’on mette en place hormis « la police du renseignement » (on peut lire à ce sujet : Jean-Marc Berlière et Marie Vogel, « Aux origines de la police politique républicaine », Criminocorpus [En ligne], Histoire de la police, Articles, mis en ligne le 01 janvier 2008, consulté le 22 mai 2016. URL : http ://criminocorpus.revues.org/257 ; DOI : 10.4000/criminocorpus.257). Le plan d’urgence voulu par Manuel Valls n’a pas pour objectif de lutter contre le terrorisme mais à travers les mesures d’exception qu’il permet Manuels Valls veut maîtriser le peuple. Ainsi, ce monsieur assigne à résidence ses opposants comme pendant la Cop21, interdit de séjour ceux qui viendraient manifester contre ses projets de loi… il agit de même avec le chômage qui est devenu un objet pour la politique de la peur, on l’agite comme on agite le terrorisme pur effrayer les gens.

Tant que les gens ont peur ils ne réagissent pas, ils ne regimbent pas, ils ne se révoltent pas. Ils se soumettent au « père protecteur».

Dans ce contexte d’un ramollissement généralisé du cerveau citoyen, si certains s’opposent et manifestent leur opposition, Manuels Valls les discrédites comme il le fait avec les manifestations et du mouvement Nuit Debout à propos desquels il ne met en avant que l’action des « casseurs ». Mais il agit pareillement avec ses opposants comme lors de l’université d’été du PS à La Rochelle où il dit que dans un parti on ne siffle pas un orateur on l’applaudit (surtout si c’est Valls) et tapoté la joue d’un militant qui l’avait sifflé, comme on le ferait ave un gamin. N’est-ce pas aussi dans cette veine du discrédit comme stratégie politique qu’il a critiqué Clémentine Autain : « Le Premier ministre, actuellement en Israël et les Territoires palestiniens jusqu’à mardi, a dénoncé, dans une interview à Radio J, « l’islamo-gauchisme », « ces capitulations, ces ambiguïtés avec Les Indigènes de la République, les discussions avec Mme Clémentine Autain et (NDLR l’islamologue controversé) Tariq Ramadan, ambiguïtés entretenues qui forment le terreau de la violence et de la radicalisation ». » (source AFP) A ces accusations infondées et outrageuses Clémentine Autain répondait : « « Ces propos sont mensongers. Je n’ai jamais rencontré personnellement Tariq Ramadan, ni partagé de tribune avec lui. Ces accusations ineptes visent à dire que moi-même, et à travers moi ma famille politique, seraient le terreau du terrorisme ». « Il est le Premier ministre et doit donc garantir le débat démocratique » au lieu de l’évacuer, par les mensonges et les insultes. Nous posons la question sur ce qui est efficace pour combattre le jihadisme ». » Voilà où en est la France : rejet du débat et de l’esprit critique. Quoi de surprenant quand le Premier ministre et le président de la République sont tellement incultes.

En guide de débat citoyen Manuel Valls, soutenu Pr François Hollande, nous propose la matraque et les gaz lacrymogènes. Je ne serais sans doute pas fier d’être policier aujourd’hui. Au-delà de la police faite pour obéir, même quand elle est prise au piège entre loyauté et devoir, il y a les médias qui contribuent à renforcer la stratégie de M Valls en diffusant à outrance des reportages sur le terrorisme, les casseurs dans les manifestations, les accidents et les assassinats… sans jamais (ou très rarement) y opposer une parole d’analyse et de comparaison. Voilà la boucle est bouclée : les manifestants créent le désordre en permettant l’émergence des casseurs, obligeant à mobiliser des forces de l’ordre qui seraient plus utiles à la lutte antiterroriste… et le myrmidon Bernard Cazeneuve d’en rajouter une couche à chacune de ses interventions dans les médias.

Le duo infernal de l’Elysée-Matignon, quand il n’agite pas le chiffon rouge du terrorisme utilise celui du chômage pour faire peur. Attention, si vous n’acceptez pas la loi « travail » du travail vous n’aurez plus car les entreprises n’embaucheront pas, chantent-ils en chœur. Comme chacun, ce qui n’était pas le cas avant les Trente Glorieuses chacun est devenu propriétaire de biens matériels ou subit le remboursement d’un crédit, alors il ne faut pas risquer d’être au chômage. Donc on se soumet. Là aussi les médias en rajoutent en montrant de façon partiale comment les choses ont évolué dans d’autres pays mais sans analyse critique et contradictoire. Par exemple les 800 000 emplois créés par le Jobs Act en Italie ne sont pas des créations sèches mais pour la majeure partie la transformation de CDD en CDI puisque ceux-ci bénéficient d’incitations fiscales, on verra ce qu’il en sera quand ces incitations disparaîtront. Les médias ne parlent pas ou très peu des salariés pauvres d’Allemagne, de Grande Bretagne, des Etats Unis… mais dans ces pays le taux de chômage est très bas. N’a-t-on pas vu au JT de France 2 un freluquet venir nous dire que les salaires allaient augmenter de 4,8 % en Allemagne en omettant de préciser que ça ne concerne que le secteur de la métallurgie. Et d’expliquer qu’ainsi les produits français seront plus achetés en Allemagne et que ce pays aurait des difficultés exporter ses propres produits dont le coût de revient allait croître. Le discours, sans doute commandité par l’autocensure, est clair : salariés français ne demandez pas d’augmentation sinon vous mettrez l’économie française en difficulté. C’est la confirmation du bien-fondé de la politique européenne tellement plébiscitée par M Valls et E Macron avec son lot de travailleurs déplacés et d’immigrés qui acceptent des salaires tellement bas.

Alors que faire ? Le Peuple n’a de choix qu’entre la soumission ou la révolte. Aujourd’hui, malgré ce que chacun pourrait perdre, on voit poindre les prémices d’un mouvement insurrectionnel ; le Peuple ne veut pas attendre les élections présidentielles pour dire son désaccord, sachant qu’alors il laisserait trop de liberté aux hommes politiques auxquels il ne donne plus aucun crédit. Ce qui fera passer le mouvement insurrectionnel des prémices à la maturité c’est le nombre.

Mais voilà, il y a la masse des indécis, de ceux qui refusent de voir les risques que le duo infernal Elysée-Matignon fait courir au pays et au peuple, de ceux qui refusent de prendre le risque de perdre leurs bijoux de pacotille. C’est ceux-là qui alimentèrent la masse des pétainistes de 1940.

Il y a les minorités agissantes que Manuel Valls s’efforce de discréditer auprès des « indécis ». Elles sont si peu structurées qu’elles rappellent plus Spartacus que Robespierre. Les « indécis » sentent bien qu’il y a là de la raison à ces manifestations mais voient tellement peu d’horizon qu’ils restent dans leur indécision et leur mollesse. A suivre les indécis pensent qu’ils auraient plus à perdre qu’à gagner.

L’émergence d’un vrai leader charismatique capable de proposer une vraie évolution sociale pourrait entraîner les foules. Mais, cette émergence est bien difficile dans une société où les modèles sont les stars du show-business ou du sport qui ni les unes ni les autres ne sont en mesure d’apporter de la pensée dans le monde. Nous vivons une société de la médiocratie et des doxosophes. « La médiocratie s’ouvre sur un ton nietzschéen : « Rangez ces ouvrages compliqués, les livres comptables feront l’affaire. Ne soyez ni fier, ni spirituel, ni même à l’aise, vous risqueriez de paraître arrogant. Atténuez vos passions, elles font peur. Surtout, aucune « bonne idée », la déchiqueteuse en est pleine. Ce regard perçant qui inquiète, dilatez-le, et décontractez vos lèvres – il faut penser mou et le montrer, parler de son moi en le réduisant à peu de chose : on doit pouvoir vous caser. […] les médiocres ont pris le pouvoir. […] La principale compétence d’un médiocre ? Reconnaître un autre médiocre. Ensemble, ils organiseront des grattages de dos et des renvois d’ascenseur pour rendre puissant un clan qui va s’agrandissant, puisqu’ils auront tôt fait d’y attirer leurs semblables. » (Alain Deneault, La médiocratie, Lux Éditeur, Montréal, 2015) ; quant aux doxosophes, Pierre Bourdieu les définissait dans un texte « Les doxosophes » paru dans le premier numéro de la revue « Minuit » en novembre 1972 : « Pour moi, les doxosophes, ce sont les savants apparents de l’opinion, ou des apparences, c’est-à-dire les sondeurs et les analystes des sondages, ces gens qui nous font croire que le peuple parle, que le peuple ne cesse de parler sur tous les sujets importants. Mais ce qui n’est jamais mis en question, c’est la production des problèmes qui sont posés au peuple. »

Où trouver ce leader charismatique ? Pas chez Les républicains, on a donné ; pas chez les Frondeurs du PS, ils sont trop lâches et faux-culs ; pas chez les écologistes qui ont fondu, comme jadis les communistes, dans le chaudron de sorcière du PS à la Hollande…

Les manifestations, Nuit Debout, tout cela va cesser soit par épuisement comme aux États Unis, en Espagne et en Grèce, soit parce que Manuel Valls conforté par le Ravi de l’Élisez fera donner la troupe. Alors je voudrais chanter aux jeunes le chant qui entraîna nos parents, leurs grands-parents, pour lutter contre l’invasion et résister au joug nazi. Ceux qui aujourd’hui ont peur, ceux qui aujourd’hui veulent résister contre la tyrannie naissante, ceux qui espèrent des jours meilleurs… Tous doivent savoir que personne sinon le peuple lui-même n’a fait éclater la tyrannie, qu’elle soit militaire, idéologique ou financière, que le peuple lui-même. Mieux vaut mourir debout que vivre à genoux !

Le chant des partisans

Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?
Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne ?
Ohé, partisans, ouvriers et paysans, c’est l’alarme.
Ce soir l’ennemi connaîtra le prix du sang et les larmes.

Montez de la mine, descendez des collines, camarades !
Sortez de la paille les fusils, la mitraille, les grenades.
Ohé, les tueurs à la balle et au couteau, tuez vite !
Ohé, saboteur, attention à ton fardeau : dynamite…

C’est nous qui brisons les barreaux des prisons pour nos frères.
La haine à nos trousses et la faim qui nous pousse, la misère.
Il y a des pays où les gens au creux des lits font des rêves.
Ici, nous, vois-tu, nous on marche et nous on tue, nous on crève…

Ici chacun sait ce qu’il veut, ce qu’il fait quand il passe.
Ami, si tu tombes un ami sort de l’ombre à ta place.
Demain du sang noir sèchera au grand soleil sur les routes.
Chantez, compagnons, dans la nuit la Liberté nous écoute…

Ami, entends-tu ces cris sourds du pays qu’on enchaîne ?
Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?
Oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh…

Les Frondeurs du PS ont trahi le peuple !

Les Frondeurs du Pd nous laissent orphelins. Moi moins que d’autres car il y a longtemps que j’ai compris que François Hollande s’est fait élire sur un monumental mensonge ; pour plus de détails je renverrai le lecteur à mon livre « François Hollande : le rêve n’a pas été au rendez-vous » (ed Dictus Publishing, distribué sur Amazon). Alors peu m’importait et peu m’importe que certains comme Nicolas Sarkosy dénoncent aujourd’hui ce mensonge, même si, bien que contestant sa façon de faire, je dois reconnaître que Nicolas Sarkosy fut cohérent entre ce qu’il annonçait et ce qu’il mettait en œuvre, avec lui pas de surprise. Mais, l’avènement du discours des Frondeurs, ces députés PS lucides à propos de la politique gouvernementale tellement déviante du discours de 2012, n’a rien d’un parti pris d’opposition comme chez Nicolas Sarkosy ; il s’agit de l’énoncé d’une prise de conscience et d’une volonté de dénoncer un écart sur le chemin de la mise en œuvre des promesses de François Hollande candidat du Parti Socialiste. L’attitude des Frondeurs a de quoi réconcilier avec la politique et surtout avec le politique. Enfin, se dire de gauche reprend du sens, presque de la valeur voire de la fierté.

Nous étions nombreux dans cet espoir, dans cette embellie. Le rêve semblait à nouveau être possible jusqu’au jour (12 mai 2016) où ils se cachaient à nouveau derrière ce qu’ils désignent comme l’impossible censure du gouvernement.

Voilà que ce 12  mai 2016, tout s’effondra. Nous nous réveillons avec la gueule de bois. Les Frondeurs qui ne voient de gauche que le PS, bien que reprochant à François Hollande d’avoir menti et trahi son programme électoral, ces Frondeurs qui, crescendo au fils des mois, critiquent et attaquent les propositions de lois du gouvernement, ces Frondeurs, une fois encore, donnent un remarquable quitus au gouvernement en refusant pour la deuxième fois de voter la censure. Mais, cette fois ils masquèrent leur veulerie derrière une manœuvre d’une rare duplicité.

Ces Frondeurs qui soutenaient les opposants à la loi El Khomri, ont mis leur poltronnerie derrière un cache-sexe en dentelle en tentant de persuader le peuple qu’ils pourraient présenter une motion de censure alors qu’ils savaient qu’elle ne recueillerait pas suffisamment de suffrages sauf si la droite la votait ; mais, ils avaient bien trop peur de cela. C’était donc une proposition pour rien, pour donner à penser qu’ils donnaient corps à leurs protestations jamais suivies d’action ni d’effet jusque-là. C’était donc une duperie !

Autre casse sexe de l’épaisseur de la partie arrière d’un string, le refus de voter la motion de censure proposée par la droite au prétexte que les critiques de la droite sur cette loi n’étaient pas les leurs ; la droite trouvant la loi insuffisamment « ambitieuse », les Frondeurs la trouvant trop néfaste aux travailleurs.

Pourtant personne dans le peuple n’aurait fait de confusion, le peuple n’est ni bête ni inintelligent. Il y aurait eu d’autant moins de confusion que le problème n’est pas là ; il ne s’agit pas de savoir quelle pourrait être la proximité des idées de la droite avec celles des Frondeurs. Le problème politique de l’heure, au sens du politique c’est-à-dire de la façon, tant en projets qu’en actions, de gouverner qui je distingue de la politique comme art de conquérir, exercer et conserver le pouvoir dans les institutions gouvernant la société, le problème politique est de savoir si la société que nous formons veut accepter le projet politique (projet d’organisation sociale et actions pour la mise en œuvre de ce projet) que François Hollande et Manuel Valls proposent à travers la loi El Khomri.

Indépendamment de la droite, le peuple et, semble-t-il, les Frondeurs refusent ce projet. Donc s’il n’y a pas convergence de motifs il y a convergence de but : le refus de la loi. Face à l’imposition que le gouvernement fait au peuple d’accepter par la force cette loi il n’y a qu’une solution pour faire entendre son refus : renverser le gouvernement. En ne votant pas la censure les Frondeurs tournent le dos au refus et de facto acceptent la loi.

Les cache-sexes sont tombés, les Frondeurs n’étaient là que pour faire diversion ou pour tenter de se maintenir en place en 2017. Les Frondeurs tentent d’amoindrir le pouvoir de manuel Valls pour conforter celui de François Hollande en lui permettant de venir rejouer l’air de la synthèse au PS et de réconcilier l’irréconciliable ; François Hollande sait bien jouer ce jeu à condition que les dés soient pipés et le match arrangé. Il y a des gens comme ça qui essaient de se tenir près du chef tout en étant proches de la sortie si l’incendie se déclare. Les Frondeurs eurent un illustre prédécesseur dans ce domaine : François Mitterrand qui rejoignit l’administration pétainiste jusqu’au jour où il sentit que le vent risquait de tourner en défaveur du maréchal. On trouve toujours de bons prétextes à cette stratégie, c’est du style qu’il vaut mieux être à l’intérieur pour tenter d’infléchir le cours des choses… Ainsi, les Frondeurs n’ont pas le courage de voter la censure qui les mettrait hors du PS. Où sont les Chevènement et les Mélenchon qui eurent le courage de partir, eux montrèrent de la cohérence politique plus que celle que revendiquait Laurent Baumel sur France Inter le 11 mai.

Il y a encore des manifestations, d’autres viendront que Manuels Valls fera interdire par les préfets, des gens passeront autre ces interdictions ce qui permettra à Manuel Valls d’affirmer un peu plus son autoritarisme et à la droite de maugréer contre les voyous qui cassent et ne respectent pas la République. Et puis les choses passeront parce que nous n’avons pas assez faim pour soutenir nos idées et nos idéaux contre le pouvoir des privilégiés qu’ils soient hommes politiques, financiers ou « patrons » ; d’ailleurs nous sommes prêts à accepter et à rémunérer généreusement un « footeux » qui insulte notre pays.

Dans « Discours de la servitude volontaire » Étienne de la Boétie écrivait : « C’est le peuple qui s’asservit et qui se coupe la gorge ; qui, pouvant choisir d’être soumis ou d’être libre, repousse la liberté et prend le joug ; qui consent à son mal, ou plutôt qui le recherche… S’il lui coûtait quelque chose pour recouvrer sa liberté, je ne l’en presserais pas ; même si ce qu’il doit avoir le plus à cœur est de rentrer dans ses droits naturels et, pour ainsi dire, de bête redevenir homme. Mais je n’attends même pas de lui une si grande hardiesse ; j’admets qu’il aime mieux je ne sais quelle assurance de vivre misérablement qu’un espoir douteux de vivre comme il l’entend. Mais quoi ! Si pour avoir la liberté il suffit de la désirer, s’il n’est besoin que d’un simple vouloir, se trouvera-t-il une nation au monde qui croie la payer trop cher en l’acquérant par un simple souhait ? »

Les Frondeurs savent bien cela et ils en ont joué en mettant comme projet politique l’espoir comme seule action, c’est là le fondement de la philosophie du parti socialiste le plus fondamental.