Pauvre police, pauvre peuple

L’assassinat perpétré dans l’enceinte de la Préfecture de Police de Paris le 3 octobre nous enjoint au recueillement et à la compassion pour les familles des policiers assassinés ainsi que pour la famille de l’assassin. Si la vie devient difficile lorsqu’un des nôtres est assassiné, elle n’est pas mieux les parents et les enfants d’un assassin qui non seulement doivent porter le chagrin de la disparition de celui qui a contrevenu à la loi (qu’il soit mort ou emprisonné) ainsi que le poids du regard des autres.

Une fois encore les médias en continu n’ont eu que peu de respect pour les victimes, ce qui importait c’était de faire de l’image et du bruit. Les interviews se sont succédé pendant deux journées durant lesquels étaient répétés sans cesse les mêmes discours bien que sous des aspects et avec des mots différents. Parmi les fadaises, particulièrement inopportunes et déplacées dans une telle situation, on a entendu que l’assassin était un employé modèle à la restriction qu’il était en situation de handicap, que l’assassinat est d’autant plus dramatique que tout le monde se connaît à la « préfecture » où tout de même il y a plusieurs centaines de personnes qui y travaillent. Suivant les premiers reportages l’assassin semblait n’être qu’un « banal » agent administratif, puis coup de théâtre il disposait d’une habilitation « secret-défense », puis second coup de théâtre il se serait « radicalisé » ainsi l’assassinat sur un coup de folie devenait un acte terroriste.

L’attitude de la presse qui n’est pas sans incidence sur l’opinion des citoyens et surtout l’évolution de la communication officielle devront être analysées, car, comme pour l’incendie de Rouen, il faut remarquer que les personnes n’ont que peu (c’est un euphémisme) prises en compte. Ce battage médiatique a-t-il été de nature à rassurer les citoyens et à réconforter les policiers durement meurtris ? Ne vaut-il pas mieux faire « profil bas » quand on est dans l’ignorance des causes et des conséquences d’un évènement plutôt que d’annoncer n’importe quoi au risque, déstabilisateur et anxiogène pour les personnes concernées, d’être démenti au fil des heures par des informations contradictoires.

Une fois encore ni la communication du gouvernement ni les médias « en continu » n’ont installé un climat rassurant, bien au contraire et le public comme les policiers doivent faire avec leurs angoisses, leur tristesse, leur douleur Certains citoyens essais d’être proches des policiers tellement malmenés du fait de la stratégie de maintien de l’ordre mise en place par le gouvernement, comme cette pétition sur MesOpinions.com : « Je suis un simple citoyen, comme tout à chacun je ne suis pas toujours d’accord avec les lois. Mais il y a des lois et nous nous devons de les respecter. Au regard des événements actuels, qui sont proprement honteux mais qui malheureusement sont en passe de devenir des « banalités ». Je vous propose par cette pétition d’affirmer votre soutien à nos forces de l’ordre qui sans leur action et leur présence de chaque instant nous plongerions dans le chaos. Il est absolument inadmissible que l’on attente à la vie de policiers par quelque moyen que ce soit. » Même si elle peut apparaître un peu simpliste cette pétition est hautement respectable et sans doute apportera-t-elle un peu de baume sur les douleurs réelles des policiers. Pour autant elle ne prend ni en compte la réalité des causes profondes de l’origine du malaise de la police et élude bien sûr celles de la radicalisation djihadiste.

Je ne vais réécrire ici ce que d’autres, plus savants que moi sur le sujet, ont écrit à propos de la montée de la radicalisation djihadiste et de l’adhésion à ces mouvements extrémistes. Les causes mêlent des questions sociales de déclassement, de replis communautaires et des causes individuelles intellectuelles et psychiques. Croire que des lois (souvent discutables) et un arsenal policier réglera la question du terrorisme et de la radicalisation relève d’une erreur d’appréciation et de gestion des situations ainsi que d’un aveuglement des gouvernants (si ce n’est de la bêtise) et vraisemblablement d’une stratégie de gouvernance à la tartuffe qui permet de masquer par l’étiquette terroriste une foultitude de situations où ce sont les gouvernants qui ont besoin de cacher leur responsabilité ; qui serait surpris si à l’issue de l’enquête sur l’incendie de l’usine Lubrizol on apprenait qu’il s’agit d’un acte terroriste, le directeur de l’entreprise n’a-t-il pas clamé haut et fort que l’origine serait extérieur à l’usine. Faire croire qu’une action policière réglera le terrorisme et la radicalisation c’est leurrer les citoyens et plus encore les policiers. Là, dans l’affaire de la Préfecture de Police, quelle que soit la réalité de la radicalisation de l’assassin, vraie ou subite construction officielle, la police se trouve affaiblie, elle montre qu’elle n’est même pas en capacité de détecter des « radicalisé » en son sein, alors de là à protéger le pays.

Voilà un double coup dur pour des policiers durement touchés par le désamour important que leur porte une grande partie de la population. Il est temps que le gouvernement, les élus de la nation et surtout les syndicats de policiers se penchent (sereinement et sans corporatisme) sur une situation qui empire de jour en jour à tel point qu’un policier n’ose plus dire qu’il est policier, aujourd’hui il est « fonctionnaire ». A titre d’illustration de ce malaise entre la police et la population il faut regarder ce documentaire sur Public Sénat https://www.publicsenat.fr/emission/documentaires/police-illegitime-violence-144937. Il s’agit d’un film écrit et réalisé par Marc Ball. Une coproduction Talweg Production – France Télévisions France 3 Paris Île de France que Public Sénat présente de la façon suivante : « Police, illégitime violence : Dans les quartiers populaires de France, la confiance est rompue entre les jeunes et la police. Le moindre contrôle d´identité porte en lui les germes d´un possible dérapage, une rébellion ou une bavure. Une affaire est emblématique de cette impasse. Pour la première fois en France, des adolescents ont porté plainte collectivement pour violences volontaires contre une brigade de police du 12e arrondissement de Paris. Au cours de ce procès, c´est la mission même de la police qui sera mise en accusation. Citoyens, éducateurs, avocats ou encore policiers, cherchent une issue et dénoncent le recours systématique à une violence qu´ils considèrent comme illégitime. En suivant leur combat, ce film lève le voile sur les mécanismes de cette violence et les silences qui l´entourent. »

Ce film lève le voile sur les mécanismes de cette violence et les silences qui l´entourent, c’est cette violence qu’il faut analyser. Elle est le résultat d’un interdit de parole autant chez les policiers que dans les populations : qui ose se dresser contre les trublions de tous ordres ? Une anecdote pour illustre ce point ; il y a quelques jours mon épouse passait devant le collège du centre-ville de Poitiers lorsqu’elle vit un gamin de 13 ou 14 ans avec sa copine, il était en train de dévisser la plaque du collège. « Pourquoi fais-tu ça ?, Je ne sais pas », et le gamin est parti laissant la plaque en place, mais une dizaine de personnes sont passées sans s’arrêter, sans interpeller ce gamin, qui sait ce que cette indifférence pourrait provoquer chez lui, quel regard aura-t-il sur l’autorité des adultes d’abord puis celle des policiers et des enseignants ? Ceci étant dit ne méconnaissons pas qu’il existe des voyous face auxquels les policiers se sentent abandonnés par une nation qui ne leur donne pas les moyens en effectifs et en matériels suffisants, et pas une justice elle-même bien en mauvaise posture : ni moyens, ni effectifs (magistrats, greffiers, éducateurs de prévention. Face à ces situations sociales et professionnelles qu’elle est la portée de la parole des policiers ?

Alors il y a de la violence qui peut s’installer chez eux mais qui ose reconnaître la violence policière tellement occultée par une manipulation politique de la notion de « violence légitime de l’État » qui autoriserait tout, y compris de mutiler des manifestants. Je comprends la violence policière en tant qu’elle est la conséquence d’une impasse de la parole : qui écoute, qui entend les policiers ?

J’étais hier à une Assemblée Générale de Gilets Jaunes où ceux-ci expliquaient assez bien la difficulté qu’ils ont à comprendre la violence policière qu’on a pu constater sur les manifestations ou, pire, sur les ronds-points ; après tout, disait l’un d’eux, le problème de la réforme des retraites c’est aussi leur problème, ce que ne dément pas un policier interrogé par le « média libre » QG à l’occasion de la manifestation des policiers le 2 octobre et intitulé : « Police et Gilets Jaunes : encore raté ! ». Ce policier ajoutait : « on comprend les Gilets Jaunes, les problèmes posés par leurs revendications sont aussi les nôtres, nous sommes aussi des citoyens… mais on ne pourra jamais s’associer aux Blacks Blocs et aux Gilets Jaunes radicalisés (ndl il faudra interroger cette notion de radicalisation des Gilets Jaunes) », heureusement car disait-il « on est obligé d’assurer la sécurité. » C’est justement dans la manière d’assurer la sécurité que sont l’origine et l’essence du fossé qui se creuse entre la police et la population. Le reportage de QG, https://www.youtube.com/watch?v=6Z5qBxPiCAU&feature=em-lsp, comme tant d’autres montrent comment et en quoi la stratégie de maintien de l’ordre voulu par le président de la République est à l’origine de ce malaise.

J’avoue, sans forfanterie car le connais bien les policiers avec lesquels j’ai beaucoup travaillé, que je ne comprends pas comment ils tiennent encore le coup. Mis à part quelques va-t-en-guerre de certains syndicats tellement présents sur BFM TV et enflammés par certains spécialistes « sécurité » de la chaîne, les policiers ont un sens du service public chevillé au corps, ils sont généreux et pleins d’abnégation, leur dévouement est sans faille, ils l’ont si souvent montré. Peut-être est-ce qu’au quotidien, en raison des conditions de travail et de l’organisation du travail, la notion de service au public disparaît, ce qui fait écrire que contrairement à d’autre pays où la police est au service du public et vécue comme « aimable », en France elle est vue comme étant exclusivement répressive, et aujourd’hui violente.

Nous citoyens, si nous voulons une police et une justice à la hauteur de nos besoins et de nos espérances, nous devons le manifester, fusse dans la rue. Chaque policier doit aussi participer à ce chemin vers la une modification de l’image de la police par une réflexion sur son engagement et la qualité de sa soumission aux ordres. La démocratie se gagne chaque jour par un engagement politique de chacun de nous, nous pouvons nous exprimer dans les urnes et si besoin est dans la rue, il n’est nullement nécessaire de gadget électoraliste comme la Convention Citoyenne pour le climat. Nous avons un devoir impérieux de réconcilier la police avec la population, ne pas le faire rapidement c’est prendre le risque que s’installe un pouvoir autoritaire antichambre de la dictature.

Journaliste ordinaire et déplacement des valeurs

Depuis plus de cinquante ans je fréquente la « lucarne » et ses journaux télévisés. Ainsi, j’ai pu vivre le changement dans les discours des présentateurs de journaux télévisés. Sans qu’il soit possible de dire que jadis ils ne commettaient pas d’impair ; que leurs propos fussent toujours exactement appropriés on peut toutefois relever, depuis quelques années, l’accentuation de l’imprécision et de la médiocrité du vocabulaire ainsi que de l’analyse des situations. Bien qu’en en étant convaincu depuis déjà de très longues années je m’étonne encore chaque jour de l’intelligence très ordinaire des journalistes de télévision, l’intelligence étant entendue ici dans son acception première : faculté de connaître, de comprendre ; qualité de l’esprit qui comprend et s’adapte facilement.

C’est ainsi que récemment j’ai été extrêmement ému par l’indigence des propos de Madame Lapix au JT de 20h sur France2 qui, relatant l’hommage rendu au colonel de gendarmerie tué par un terroriste, enchaîna sur la cérémonie qui avait eu lieu à Trèbes évoquant alors une cérémonie « pour des hommes ordinaires ». Est ordinaire celui dont la valeur, la qualité ne dépasse pas le niveau moyen le plus courant. Madame Lapix pourrait se voir appliquer ce qualificatif d’ordinaire, mais pas ces trois hommes assassinés par un terroriste. Est-on encore « ordinaire » quand notre mort par assassinat laisse tant de gens éplorés et dans un tel contexte social ? Si demain je meurs, chez moi ou à l’hôpital, des suites d’une maladie ou même d’un accident, ou plus simplement des suites de la vie, je demeurerai un « homme ordinaire », mais pas eux. Pas eux qui sont morts sous les balles d’un terroriste !

À travers ce vocabulaire de bazar il faut voir toute une ambiance sociale. Les médias ont décalé les valeurs : une star du show‑business possède désormais plus de valeurs qu’un savant, un assassinat n’a d’importance que si on peut le théâtraliser. De nos jours, le cercueil de Victor Hugo ne descendrait pas les champs Elysées et n’entrerait pas au Panthéon. Aujourd’hui les dîners au Palais présidentiel accueillent plus volontiers Beyoncé et Joe Starr qu’Edgar Morin et Élisabeth Badinter… C’est l’illustration de la médiocratie qui étouffe notre société, notre humanité. Le déplacement des valeurs empreint aussi la politique qui s’organise autour de la communication et du marketing. Ainsi, à Trèbes, pour des hommes ordinaires seule la présence du Premier ministre est requise mais pour les obsèques d’une vieille dame de confession juive c’est le président de la République qui se déplace et qui se coiffe, contre le principe de laïcité de la République française, un signe ostentatoirement religieux puisque Emmanuel Macron apparaît sur des photos (notamment publiées sur le site de la Tribune Juive) couvert d’une kippa.

Décidément l’inintelligence des journalistes de Télé et leur manque de culture viennent conforter la volonté, née bien avant E. Macron, de diviser les Français en reléguant le peuple, celui de la France d’en bas, dans les culs de basses-fosses de la société. Finalement certains semblent voir avec plaisir, délectation, la France reprendre ses atours d’antan : une aristocratie (avec bientôt une noblesse) dominer un « petit peuple » soumis, obéissant et bientôt asservi auquel on ne distribue plus de la brioche en remplacement du pain manquant mais des aides sociales. Or la dignité c’est de pouvoir vivre dignement de son travail, pas de la mendicité serait-elle organisée par l’État. Mais ce ne sont pas les journalistes de Télé qui, faute de culture et de courage, qui expliqueront cela pas plus que les guignols de C’àvous (vendredi 30 mars 2018) qui confondent dénoncer la politique Israélienne et être antisémite. Les uns et les autres sont de parfaits suppôts d’une idéologie « moderniste » dont le seul but est d’assassiner ce que nos aïeux ont construit, péniblement et avec acharnement, au cours des deux siècles passés.

 

Et le fanatisme dans tout ça ?

Je ne pensais pas que je reviendrai à l’intention initiale que j’avais à l’ouverture de ce blog : parler de l’homme et de sa place dans la politique, par le chemin du terrorisme. C’est le numéro de juillet 2016 de la revue Sciences Humaines qui m’offre la possibilité de ce retour à l’intention initiale.

Dans ce numéro on peut lire un remarquable article sur le fanatisme et donc les fanatiques. À cette lecture, impossible de ne pas faire un lien évident avec le terrorisme que nous vivons en ce moment. Dans des articles précédemment publiés j’essayais de montrer que ce terrorisme n’est pas un acte de guerre, que c’est quelque chose de beaucoup plus complexe et qu’il faut réfléchir à ce que sont les djihadistes. Je laisserai de côté les hommes politiques qui réfléchissent ce problème avec autant de cervelle qu’un insecte, pour regarder du côté des politistes et des sociologues qui, me semble-t-il, s’appesantissent trop sur des causes sociales susceptibles de provoquer une adhésion au djihad. Ils n’ont pas tort mais ces explications sont insuffisantes.

Je pense ici plus particulièrement aux explications, exactes et auxquelles j’adhère, de Gilles Kepel dans son livre « Terreur sur l’hexagone » lorsqu’il évoque les différentes générations d’enfants d’immigrés. Pour autant tous ne deviennent pas des candidats au martyr. Lorsque quelqu’un (garçon ou fille, jeune ou moins jeune) au-delà du terreau social et économique qu’évoquent les sociologues, il faut prendre en compte une dimension individuelle, une dimension psychologique.

C’est dans cet espace psychologique que se constitue ce qu’il est convenu d’appeler le fanatisme. Je retrouve là une chose à laquelle j’ai souvent pensé : quel lien faire entre le djihadisme, l’état islamique et le phénomène sectaire ?

L’EI ne recrute pas n’importe où, il ne recrute pas n’importe qui, il ne le fait pas n’importe comment !

L’interdiction brutale du burkini, dans les conditions et dans la situation sociale où cela est fait, ne résoudra pas le problème du terrorisme, il ne nous en protégera même pas. Cette attitude ne fait qu’exacerber des rancœurs issues d’une population qui se sent de plus en plus montrée du doigt, ostracisée et qui, pour se protéger, se réfugie dans une pratique religieuse d’un autre temps. Je crains que la population jeune qui s’est « islamisée » dans un islam radical ne soit rapidement et massivement rejointe par la population de gens plus âgés et plus modérés. La venue de Jean-Pierre Chevènement, laïc fanatique, n’est pas de bon augure pour une amélioration de la situation.

Hollande et Valls en guerre contre l’islam

François Hollande et Manuel Valls ont déclaré que la France est en guerre contre l’État Islamique, légitimant ainsi son existence[1] comme le dit Miguel Angel Moratinos[2] : « Se déclarer en « guerre » contre Daech donne une forme de légitimité à ses actions. […] Le langage guerrier donne satisfaction aux thèses de Daech, qui se targue déjà d’être un État doté d’une armée, alors que ce ne sont que des terroristes qui nous imposent leur agenda. » La lutte armée, sur le terrain, est sans doute indispensable pour éradiquer la menace d’accroissement de la déstabilisation et du désordre politique de la région du Moyen-Orient[3]. Pour autant il ne faut pas négliger que l’État Islamique n’est pas né de rien : l’EI trouve une source dans l’histoire des peuples et surtout dans l’histoire de la construction par les États Occidentaux, notamment la France et le Royaume Uni, des États de cette région du monde. Cette région vit en vassalité du monde occidental qui l’a découpée à sa guise comme réponse à ses besoins d’expansion économiques : « Depuis la fin du califat arabe, le Proche-Orient n’a plus jamais été maître de son destin. […] il semble retrouver sa souveraineté en 1945. Ce n’est qu’un trompe-l’œil ; d’abord soumis aux rivalités entre Occidentaux, puis à celles des deux superpuissances, il est ensuite l’espace vassalisé des États-Unis[4]. » Dans cet espace constitué, en 1918, d’un arrangement d’éléments hétérogènes, les puissances occidentales ont mis en œuvre un découpage qui, pour servir leurs intérêts, ne tint aucun compte des aspirations locales ni des caractéristiques ethnoculturelles notamment religieuses, ce qui ne pouvait pas ne pas créer des rancœurs de tous genres. À cela s’est ajouté après 1945 l’arrivée d’Israël et la poursuite des interventions des puissances occidentales et locales dans le conflit israélo-palestinien. Aussi faut-il comme le souligne M.A Moratinos « accompagner les actions militaires par des actions diplomatiques ». Aujourd’hui ces dernières semblent maigres et surtout elles sont le reflet, comme jadis, du traitement des intérêts des Occidentaux (on y comprendra la Russie) et certainement pas celui d’une volonté de redonner aux peuples de cette région une quelconque autonomie politique et de gestion de leur destin.

Globalement et de façon synthétique, les mouvements nationalistes nés dans les années 1950 qui auraient dû assurer un développement des pays de la région issus de la décolonisation, n’ont pas su faire face à la double question de la croissance démographique et de la conjoncture économique. Il n’y a donc rien de surprenant à ce que, dans un tel contexte de mépris des peuples, puisse émerger de vieux ressentiments qui s’appuient à la fois sur des réalités historiques et sur des victoires comme celle du retour d’un islam de pouvoir politique comme ce fut le cas en Iran en 1979. Dès les années 1970 les mouvements islamistes[5] ont opposé à l’échec des mouvements nationalistes une sorte d’utopie à base religieuse pour reprendre l’analyse de Gilles Kepel[6]. Les échecs des Occidentaux en Afghanistan et surtout en Irak ont ouvert une voie royale aux mouvements islamistes extrémistes et politisés qui trouvent un terrain fertile pour leur développement dans des populations pleines de rancœur contre l’occident qui les méprise ; en outre ces mouvements sont soutenus par les pétromonarchies où l’islam a rang de guide politique, ils le sont aussi par certains État occidentaux. L’attitude des États-Unis n’a pas toujours été judicieuse dans ce domaine, pour ne pas dire que parfois elle a manqué de clarté et de discernement comme peuvent le montrer ses errements en Afghanistan. Pour autant il serait sans doute faux de dire que ces mouvements islamistes auraient pris le pouvoir (encore qu’il faudrait sans doute y regarder de plus près) sauf en Iran, mais, comme l’écrivait Gilles Kepel en 2005, ce n’est pas le signe d’une inexistence : ils étaient bien là et le sont encore. Ils sont présents face à un occident qui présente sa culture, son économie et sa morale comme hégémoniques, ce qui est proprement insupportable pour ces mouvements islamiques mus par une pensée religieuse qui est très éloignée de celle « occidentale » et qui exècrent les valeurs, notamment morales, promues par l’occident. Dès lors, il ne leur est pas difficile de faire leur lit sur la pauvreté que l’occident « moderne » n’a peut-être pas installée mais contre laquelle il ne met qu’une ardeur modérée à lutter. Pour autant, cela s’expliquant dans une grande complexité de causes et de raisons, s’ils se développent plus qu’on le croit au sein des populations ils n’arrivent pas à accéder au pouvoir aussi, après la quasi-extinction de El Qaïda, l’arrivée de l’EI ne peut pas être vue comme un hasard ou une simple péripétie de l’histoire dans laquelle l’occident n’aurait pas de responsabilité.

L’occident ne peut pas réduire son analyse à propos de l’EI à l’expression de quelques fous de dieu, c’est plus complexe, et ne pas voir l’ancrage de ce mouvement dans les populations les plus pauvres relève d’une cécité assassine. J’ai pu constater l’accroissement de l’infiltration et l’ancrage de « l’islam intégriste » dans les populations pauvres du Gabon s’intensifier après la « victoire française » au Mali ; si François Hollande ne le voit pas, le président Ali Bongo y est particulièrement attentif comme il l’indiquait dans une interview au Figaro le 3 août 2016. À la question « la menace islamique a-t-elle atteint Gabon ? » il répondait : « Non. Mais elle est déjà sur le sol de notre voisin le Cameroun. C’est un danger très grave, que je ne sous-estime pas, moi qui suis musulman. Dans leur écrasante majorité, mes compatriotes sont chrétiens. Mais nous avons aussi, ici, nos migrants. Ils sont pratiquement tous musulmans. Ils représentent 30 % de la population totale. Ils ont été attirés par la relative richesse de notre pays et ils ne posent pas de problème car ils ont des emplois. Mais, comme partout les prédicateurs du djihad cherchent à les embrigader. Voilà pourquoi nous contrôlons très attentivement les sermons du vendredi dans les mosquées. Les migrants constituent des proies de choix pour les réseaux djihadistes. » Toutefois ce que ne dit pas le président Bongo (mais il y est tout aussi attentif) c’est que les réseaux djihadistes ne sont pas présents que dans les mosquées, ils sont très implantés dans la « vie sociale » en créant des écoles supplétives à un système scolaire défaillant, des lieux de soins médicaux, apportent des aides financières à des populations désargentées…

Alors, s’il fallait attaquer militairement l’EI, encore aurait-il fallu le faire complètement. Une vraie coalition était nécessaire, pas une meute de caniches derrière les USA ; l’intervention militaire devait être massive au sol, et il ne fallait pas abandonner les populations locales ni au Proche-Orient ni en Afrique, pas non plus ailleurs… Surtout il fallait maîtriser les puissances locales même au risque de perdre des marchés et de voir se réduire le flot de pétrole. Aujourd’hui, les frappes aériennes ont permis un recul territorial certain de l’EI, une reprise en mains de son armée par l’Irak, une prise en compte de l’État kurde, ces deux derniers points ne nous garantissant en rien d’un avenir radieux d’autant qu’en même temps l’EI se fond dans des populations qui ne voient aucun avenir radieux s’ouvrir devant elles, même pas l’exil dont elles voient bien, au-delà des récriminations des Européens, qu’il n’est pour la grande majorité d’entre elles qu’un infâme cul-de-sac… La perspective des camps de réfugiés n’a jamais enchanté qui que ce soit.

Mais, pensée (si on peut appeler ça une pensée) chère à Manuel Valls : « Il ne peut y avoir aucune explication qui vaille. Car expliquer, c’est déjà pardonner un peu[7]. », et les hommes politiques, Hollande en tête, croyaient que d’aller porter le fer contre l’EI n’entraînerait pas de réaction de sa part. Nenni, l’EI réagit sur le terrain ben sûr mais là, en voyant que sa réplique qui s’épuisera rapidement, n’atteindra pas les États et les hommes politiques occidentaux aux ressources guerrières inépuisables et qui ne vont quand même pas se compromettre pour sauver la vie de quelques Arabes otages de l’EI, alors l’EI transporte ses combats sur d’autres territoires. Fort des expériences passées : les attentats perpétrés par le Front populaire de libération de la Palestine et par le Groupe Islamique Armé (GIA) comme l’Attentat à la station de métro Saint-Michel à Paris, qui ont vu le transport hors de la zone de conflit du terrorisme, l’EI ne pouvait pas ne pas attaquer hors de son territoire et notamment le territoire français, d’autant moins à partir du moment où le président de la République déclarait que la France était en guerre contre l’EI.

Là, la cécité du gouvernement, comme celle des précédents, est particulièrement assassine dès lors qu’elle empêchait de voir l’existence d’un terreau social extraordinairement favorable aux thèses politiques soutenues par un corpus de pensées religieuses « archaïques » de l’EI. Ce terreau, Gilles Kepel et Antoine Jardin en parlent clairement dans leur ouvrage « Terreur dans l’hexagone » justement sous-titré « genèse du djihad français ». Ils montrent comment un désert socio-économique joint à une attaque politique autour de l’identité nationale menée par Nicolas Sarkosy (rejoint par Manuel Valls[8]) et à une trahison politique perpétrée par François Hollande, a pu être fertilisant d’un développement d’adhésion de certains jeunes au djihadisme ; à ceux-là il faut déjà ajouter ceux, illuminés par la répétition des exemples sur les médias ou approchés par un réseau (notamment en prison) et faibles d’esprit ou au psychisme troublé, qui trouvent et trouveront de plus en plus souvent matière à extirper leur paranoïa ou à exprimer un semblant de personnalité dans un acte qui permet la vengeance et l’accès au paradis ; l’affaire de Saint-Étienne du Rouvray et celle de Charleroi et plus encore l’histoire de cette adolescente de 16 ans appréhendée par la police le 8août 2016 me semblent en ce sens exemplaires. Cette population attirée par le djihad, essentiellement composée de jeunes gens, est plus hétéroclite qu’il n’y paraît, on le voit après chaque arrestation : la « pauvreté » économique et culturelle n’est pas toujours le moteur de leur engagement comme le montre le « profil » des deux tueurs de Saint-Étienne du Rouvray. Peut-être peut-on retenir comme point commun, plus petit dénominateur commun, le passage en prison qui demeure un lieu remarquable d’endoctrinement ; mais quand les hommes politiques et les technocrates pensent-ils dans le sens des propos de Gérard Sarrazin[9] : « Non, un jeune n’est pas un vide qu’il faut combler en mettant en place une mesure qui va s’inscrire dans ce vide. Il est aussi une aspiration à un ailleurs, à une autre façon de voir le monde. » ? Il faut ici poser que cette « guerre » de l’EI et surtout le djihadisme ne sont pas une guerre de religions comme l’exprimait le Pape François ; ils trouvent leur essence dans l’attitude de certains les entreprises multinationales soutenues par les États occidentaux et les pétromonarchies, une attitude guidée par des raisons « d’intérêt, d’argent, d’accès aux ressources naturelles, de domination des peuples[10] ».

Ainsi, les affaires évoquées plus haut et plus généralement le djihadisme en occident devraient être analysés autrement qu’en ostracisant les musulmans comme le font aujourd’hui François Hollande et Manuel Valls. Tous deux devraient appliquer la formule de Spinoza : ni rire, ni pleurer, mais comprendre. Mais, en rejetant toute tentative de compréhension, en fustigeant les intellectuels et en les reléguant quasiment au rang de traîtres à la nation et en pointant du doigt l’islam en France, Manuel Valls applique son extrémisme laïciste et semble tenter de régler des comptes avec cette religion même si c’est au prix d’une énorme incohérence politique. En outre, François Hollande et Manuel Valls essaient de donner du corps à un ennemi jusqu’alors perçu trop lointain par les Français pour qu’ils lui confèrent une existence réelle, pour eux l’EI conserve quelque chose de virtuel, malgré les attentats, tant qu’il n’a pas une existence « corporelle » dans l’hexagone. Alors, l’islam et plus généralement les musulmans sont la cible par excellence traduisant ainsi ce qu’écrit Paul Auster[11] : « L’idée que les gouvernements ont toujours besoin d’ennemi, même quand ils ne sont pas en guerre. Ça fait peur aux gens, et quand les gens ont peur ils ont tendance à marcher au pas. »

La finance et le chômage n’étant plus, pour François Hollande, des ennemies, les musulmans étaient prédestinés à les remplacer comme ennemie de la nation. Maintenant l’ennemie n’est pas au loin, il est dans la maison, on le voit, on peut le toucher. François Hollande étant sinon disqualifié du moins lourdement démonétisé, il ne reste plus que Manuel Valls pour donner un semblant de consistance au gouvernement et porter les coups contre l’ennemie de l’intérieur (ça rappelle certaines époques) mais il « semble condamné à ne plus faire que ce qu’il sait faire : du Valls. C’est-à-dire cliver par (ou presque) tous les moyens au sein de la gauche, transgresser de nouveau par des mots et des idées pour frapper les esprits et tenter de garder une plus-value politique minimale afin de préparer l’après 2017. »[12] Mais, il ne clive pas qu’au sein du parti socialiste, il le fait aussi au sein de la société, aussi bien que le ferait le Front National, sans être embarrassé par ses prises de position extrémistes vis-à-vis de la coexistence de certaines communautés religieuse comme il le fit à Évry dont il était maire en 2001, ni par ses incohérences lorsqu’il déclarait en mai 2013 devant le CRIF[13] : « L’esprit qui anime le président de la République et le Premier ministre est celui de la confiance et de l’apaisement » et « Les Français de confession musulmane n’ont pas à être stigmatisés. Ils sont la France et ils enrichissent, comme les autres, notre pacte républicain[14]. » Il n’est nul doute qu’il faille être attentif à ce qui se passe dans les mosquées (mais ailleurs aussi) comme le déclarait le président Bongo (cf supra) car il se développe autour de certains courants religieux musulmans un djihad « moderne » ou plus exactement une résurgence du djihad en tant qu’il est un « effort » pour répandre l’islam (extrémiste, radical) sur le monde entier ; pourtant le djihad « C’est un terme connoté de façon positive dans la culture islamique. Utilisé dans un contexte militaire ou politique, il se traduit par guerre sainte[15]. » C’est cette guerre sainte, une guerre contre un occident dont les valeurs les étouffent, qui attire des hommes et des femmes, des adolescents, comme solution à leurs maux, ou plus simplement comme occasion d’afficher des « exploits ». Concernant ce dernier point il faudra bien un jour que la société s’interroge sur ce qu’elle attend des médias dont on sait qu’ils n’ont qu’une capacité éthique réduite. Il faudra aussi, n’en déplaise à monsieur Valls, s’interroger à propos de ce qui motive l’engagement des gens dans un djihad qui les conduit presque inéluctablement à la mort, de quels maux personnels ou sociétaux souffre-t-il ? Même si l’islam en France (ailleurs aussi sans doute) a besoin d’évoluer, ce qui dépassera amplement le temps de l’écriture d’une loi, ce n’est pas par une réforme législative et réglementaire de cette religion qu’on soignera le mal ; faire ainsi ce n’est que donner de la morphine à quelqu’un qui a une jambe écrasée sous un bloc de béton. D’ailleurs les hommes politiques savent-ils de quoi et de qui ils parlent quand ils mettent en cause l’islam comme humus du terrorisme. Bernard Cazeneuve, inénarrable ministre de l’intérieur, accuse les salafistes de fomenter les attentats pourtant à lire chez les spécialistes (mais ils sont tabous) la définition du salafisme on ne comprend pas où serait la cause : « Au contraire de l’islamisme (cf supra), le salafisme n’est donc ni un mouvement religieux à revendication politique, ni une organisation à proprement parler, plutôt une tendance de « régénération » de la foi et de réislamisation de la société. Un salafiste peut être considéré comme un musulman « ultraorthodoxe ». »[16] ou « Il condamne toute forme de politisation de la religion musulmane et se pose comme adversaire de l’islamisme[17]. » Comme l’a dit le Pape François, « Si je dois parler de violences islamiques, je dois aussi parler de violences chrétiennes. Dans presque toutes les religions, il y a toujours un petit groupe de fondamentalistes. Nous en avons, nous aussi[18]. » Dans cet échange avec la presse le Pape François disait aussi « Il n’est pas vrai et il n’est pas exact [de dire] que l’islam, c’est le terrorisme. Je ne pense pas qu’il soit juste d’associer islam et violences. Tous les jours quand j’ouvre les journaux, je vois des violences en Italie, quelqu’un qui tue sa petite amie, un autre qui tue sa belle-mère, et ce sont des catholiques baptisés. » Le fondamentalisme n’est pas systématiquement synonyme de violence, en tout cas pas de terrorisme ; par contre que des militants extrémistes d’une cause plus ou moins politique, certainement « illuminés », utilisent la religion à la fois comme motif et comme moyen d’emprise n’est ni surprenant, ni absurde, ni même nouveau. Ce n’est donc pas à l’islam qu’il faut s’attaquer, pas même à ce qui dans sa théologie peut apparaître (sans doute qui est sûrement) archaïque mais c’est aux fauteurs de trouble que l’État doit s’intéresser et à eux seuls. Alors, qu’est-ce qui vaut, en France, à l’islam d’être ainsi la cible des hommes politiques et maintenant du Premier ministre Manuel Valls.

L’islam semble être passé à côté de la sécularisation qui a permis, même si ce fut avec difficultés, aux autres religions d’organiser une cohabitation avec la République. On entendra sécularisation suivant la proposition de José Casanova[19] qui y distingue trois significations : « la sécularisation comme différenciation de la sphère du séculier et des normes et institutions religieuses ; la sécularisation comme déclin des croyances et pratiques religieuses ; la sécularisation comme relégation de la religion dans la sphère privée. » La deuxième signification : la sécularisation comme déclin des croyances et pratiques religieuses, qui représente l’essence même de la théorie sociologique de la sécularisation est largement battue en brèche par la réalité ; alors que de nombreux spécialistes des religions pensaient à une « extinction » des religions, on constate depuis la décennie 1960-1970 une résurgence du religieux sous différentes formes. On peut observer une « recomposition du religieux dans un monde à la modernité de plus en plus affirmée, traversé par des logiques simultanées d’individualisation, de mondialisation, de syncrétisme et de réinvestissement des traditions[20]. » C’est dans ce contexte social mondial et dans celui particulier d’une France exceptionnellement « sécularisée » qu’on voit apparaître dans les années 1990, en France, une réislamisation d’une jeunesse d’une deuxième et troisième génération d’immigration musulmane. Ils ne représenteraient qu’entre 10 et 20 % de jeunes « de cette immigration », la très grande majorité d’entre eux est née et a été scolarisée en France. Qu’est-ce qui manquait à cette jeunesse, qu’elle était son aspiration pour qu’elle rompe avec l’islam des parents pour se tourner vers un islam moins lié aux appartenances nationales et ethniques, pour aller vers un islam plus orthodoxe ? Autre fait remarquable est leur faible investissement dans la vie des mosquées pour se tourner vers l’associatif : « les jeunes vont faire de l’association à but socioculturel l’expression privilégiée de leur appartenance islamique, en édifiant des lieux de formation et d’éducation. Pour ces jeunes musulmans, l’islam ne saurait se résumer à un ensemble de pratiques et de rites religieux. Il doit également revêtir une dimension sociopolitique[21]. » Dès lors on ne voit pas bien en quoi les propositions de Manuel Valls pourraient avoir un effet quelconque sur une réforme de l’islam (dont il faut se demander si c’est bien le rôle de l’État) et sur le djihadisme et les attentats terroristes. Le financement des mosquées par des pays étrangers qui ne concerne qu’une infime partie des mosquées, n’est pas souhaité, voire au contraire rejeté, par cette jeunesse, que la formation des imams se fasse en France n’empêchera pas la dimension sociopolitique de l’engagement associatif.

C’est bien dans le domaine des deux autres aspects de la sécularisation décrits par José Casanova qu’il faut que l’État accompagne l’islam : la sécularisation comme différenciation de la sphère du séculier et des normes et institutions religieuses, et la sécularisation comme relégation de la religion dans la sphère privée. À défaut de ce travail, l’islam qui risque de mourir s’il ne réagit pas en acceptant de se séculariser. Sans doute faut-il que l’islam se « recompose » dans la ligne de pensée déclinée par la sociologie de Mme Hervieu-Léger pour qui « rien ne disparaît tout se transforme ou -comme elle aime à l’écrire- tout est en perpétuelle décomposition-recomposition, en dépolarisation-repolarisation à travers des conflits (latents ou manifestes) dont les données ne cessent elles-mêmes de varier. Aussi bien, le catholicisme issu de Vatican II ne lui apparaît ni tout fait nouveau ni entièrement inchangé ; elle y observe ‘’une configuration nouvelle des rapports interecclésiaux’’ conditionnant un jeu de rapports partiellement nouveaux avec l’extérieur ; on y est, pour elle, devant un processus de recomposition d’un système social ‘’qui se dépolarise et se repolarise sous la pression un environnement culturel et social transformé’’. Pour auteur, en effet, le christianisme n’est pas en train de disparaître, même si sa surface et sa prégnance sociales ne sont plus ce qu’ils furent ; il n’est pas devenu un phénomène marginal la scène moderne. Il s’affirme au contraire partie prenante aux débats même de la modernité[22]. » Mais, comment un islam dispersé, voire divisé ou clivé, en tellement de courants peut-il entreprendre une telle recomposition ?

L’islam sans être aussi anciennement implanté en France que le catholicisme ou le protestantisme, voire le judaïsme, n’est quand même pas d’une apparition récente. Pourtant, la grande mosquée de Paris a été inaugurée en 1926 mais des projets similaires avaient été envisagés en 1842, 1878, 1885, ce n’est que la guerre de 1914-1918 qui a empêché que le projet du début du XXsiècle voit le jour ; en 1856 un arrêté préfectoral délimitait « un carré musulman » au cimetière du père Lachaise et « En 1923, la commission interministérielle des affaires musulmanes discuta des travaux à exécuter au cimetière musulman du Père-Lachaise. Elle conclut à l’inutilité d’édifier une mosquée dans cette nécropole, puisque l’on en bâtissait une dans le quartier du Jardin des Plantes[23]. » Peut-on dire que l’islam fut le grand oublié de la République au moment des discussions qui aboutirent à la loi de 1905 ?

L’histoire entre l’État plus particulièrement la République et les religions est longue et tumultueuse. Un tumulte qu’ont apaisé les concordats dit de Bologne signé par François 1er et Léon X en 1516, puis celui de 1801 par lequel Napoléon amena à Pie VII à reconnaître la République. Mais ceux-ci ne valaient que pour les relations entre l’Église catholique et l’État, aussi Napoléon « inventa » des consistoires comme celui de 1808 pour organiser et contrôler le culte israélite : « C’est la première tentative en France d’organiser et contrôler le culte israélite. Elle a été inspirée à l’empereur par le souci de prévenir les pogroms et les conflits religieux, notamment en Alsace où les juifs étaient relativement nombreux et suscitaient l’ire de la population locale, notamment par leur refus de s’intégrer (la France de 1789 en compte environ 40.000 sur 26 millions d’habitants, soit environ cinq fois moins qu’aujourd’hui en proportion de la population globale). Le décret est publié au terme d’un à deux ans de délibérations entre les représentants des communautés israélites. Ceux-ci acceptent en définitive de renoncer à la loi mosaïque (« loi de Moïse »). Ils rejettent la polygamie et la répudiation, admettent le divorce et les mariages mixtes ; ils se reconnaissent pleinement français, respectueux du code civil (ou Code Napoléon) et disposés à défendre le territoire national[24]. » Mais que ce soit le concordat ou les consistoires, ce fut du donnant donnant dans un contexte extrêmement différent de celui d’aujourd’hui, ne serait qu’en raison du poids de la religion dans la pensée et la vie individuelle, et parce que la loi de 1905 n’existait pas.

La loi que fait voter Aristide Briand en 1905 peut être regardée comme l’aboutissement de sept siècles de combats entre l’État (que ce soit le Roi ou la République) et les religions. En mettant fin au concordat de 1808 elle va régir au sens juridique les relations entre l’État et les quatre confessions alors représentées en France : le catholicisme, les protestants luthériens, les protestants calvinistes et les israélites et séculariser ces religions en mettant un terme à 25 ans de querelles violentes entre le pouvoir républicain et l’Église catholique à propos de la direction morale de la société. Et l’islam dans toute cette histoire.

Les tentatives de « rattrapage » furent nombreuses ces 27 dernières années en commençant par Pierre Joxe qui a créé en 1988 le Conseil de réflexion sur l’islam de France, pour s’achever en 2003 avec Nicolas Sarkosy et la mise en place du Conseil Français du Culte Musulman. Je ne saurai pas dire un bilan de cette organisation tant il semblerait que les dissensions entre courants soient nombreuses, toutefois elle existe et l’État, notamment à travers le bureau des cultes au ministère de l’intérieur a la charge de la faire fonctionner.

Comment expliquer l’acharnement de Manuel Valls, soutenu par François Hollande, à vouloir diriger l’islam : interdire des financements de certaines provenances, se mêler du curriculum de formation des imams qui seraient forcément formés en France notamment aux « règles de la République », signature d’un concordat… Voilà peut-être le point d’explication : un concordat qui permettrait à Valls de diriger cette religion comme il rêve de le faire pour les autres. Ne s’était-il pas mêlé de conseiller au Pape d’engager Monseigneur Barbarin à démissionner ? Il semble toutefois faire bénéficier la religion juive de plus de bienveillance : « Tournée à Strasbourg le 17 juin 2011, alors qu’il n’était encore que le député et maire d’Évry (Essonne), elle [une vidéo] montre un Manuel Valls très remonté, répondant visiblement à un public de la communauté juive de France qui venait de mettre en cause la gauche dans ses rapports aux juifs, à la lutte contre l’antisémitisme, à l’islam, à Israël… Il commence par s’en prendre à Nicolas Sarkozy, « le même Nicolas Sarkozy que beaucoup d’entre vous ont plébiscité… », ­ et ses ambiguïtés vis­-à­-vis des organisations islamistes, notamment dans sa tentative d’organiser « l’islam de France ». Puis il se livre : « Je ne parle que pour moi : la lutte contre l’antisémitisme, ­je dis ça pour des raisons politiques, historiques, ma famille est profondément liée à Vladimir Jankélevitch qui a écrit le plus beau livre qu’on puisse écrire sur l’imprescriptible et la Shoah ; par ma femme, je suis lié de manière éternelle à la communauté juive et à Israël, quand même[25]… » On lira aussi « Manuel Valls, Israël, les Musulmans et les Juifs » dans MEDIAPART[26]. Manuel Valls est autoritaire, il ne supporte pas qu’on puisse s’opposer à lui, et semble-t-il peu cultivé, il exècre tout ce qui peut ressembler à de la science, il a donc une aversion pour les intellectuels fussent-ils des chercheurs de haut niveau : « Le palmarès de Manuel Valls pour l’année 2015 parle de lui-même. Il a successivement érigé Michel Houellebecq en symbole de l’intolérance (l’écrivain est discutable, mais peut-on réduire son œuvre à ce mot ?), puis livré une passe d’armes pathétique avec Michel Onfray (offrant à ce dernier une publicité inespérée), pourfendu le « cynisme » d’Emmanuel Todd (là encore, s’il y a un reproche à faire, ce n’est sûrement pas celui-là), pour enfin déplorer l’absence des « grandes consciences de ce pays » dans le combat contre le FN (et dans le soutien au gouvernement).[27] »

Comme tous les gens à la culture faible et à l’autoritarisme exacerbé il ne dirige qu’à travers quelques principes peu fondés qu’il érige en conviction face auxquelles aucune discussion n’a de place. Avec ça, persuadé qu’il détient la Vérité, il essaie de se faire une place dans l’histoire, il rêve d’organiser l’Islam comme Napoléon 1er organisa le judaïsme. Outre que les temps ont changé, l’enjeu avec l’islam est plus complexe du fait de sa complexité tant théologique qu’organisationnelles. Bien évidemment un nouveau concordat est impossible notamment en raison de la loi de 1905 et il ne serait pas admis que l’État donne son avis sur l’interprétation de la foi musulmane par les uns et les autres. Pour comprendre cela il faudrait que manuel Valls, ainsi que François Hollande qui rêve d’une place dans l’histoire, méditent les propos de Montesquieu[28] : « Pour faire de grandes choses, il ne faut pas être un si grand génie ; il ne faut pas être au-dessus des hommes ; il faut être avec eux. »

 

[1] Au sens du droit international pour lequel un Etat est une entité qui se compose d’un territoire et d’une population soumis à un pouvoir politique organisé.

[2] Ancien ministre des affaires étrangères espagnoles in Le Monde.fr de 15 novembre 2015.

[3] Pour une définition géopolitique du Moyen-Orient cf Defay A, géopolitique du Proche-Orient, PUF, 2003, 2016, p6

[4] Ibidem.

[5] Mouvements islamistes : les frères musulmans, les groupes islamiques armés (GIA), le front islamique du salut, l’armée du salut…

[6] Kepel G, le 11 septembre, symptôme du déclin islamiste, in La religion, Sciences Humaines, Auxerre, 2005.

[7] De Montvalon J.B, les positions « décomplexées » de Manuel Valls sur la laïcité, Le Monde, 29 janvier 2016.

[8] De Montvalon JB, ibidem.

[9] Sarrazin G, revue du CEDEFOP, n°17, juillet 1985/1, p12.

[10] http://www.lemonde.fr/societe/article/2016/07/27/pour-le-pape-le-monde-est-en-guerre-mais-ce-n-est-pas-une-guerre-de-religions_4975498_3224.html#1cmJiUfbUYgHrCH3.99

[11] Auster P, la nuit de l’oracle, Actes Sud, 2004.

[12] Bonnefous B, Manuel Valls, l’autorité comme seule stratégie, Le Monde, 15 avril 2016.

[13] Conseil Représentatif des Institutions Juives en France.

[14] Bonnefous B, ibidem.

[15] Kepel G, le 11 septembre, symptôme du déclin islamiste, in La religion, Sciences Humaines, Auxerre, 2005.

[16] Le blog d’Antoine Sfeir

[17] Amghar S, le paysage islamique en France : acteurs et enjeux, in La religion, Sciences Humaines, Auxerre, 2005.

[18] Le JDD du 1er août 2016, Le pape François déconstruit l’amalgame entre islam et violences.

[19] Casanova J, Public Religions in the Modern World, University of Chicago Press, 1994.

[20] Molénat X, la sociologie des religions, in La religion, Sciences Humaines, Auxerre, 2005.

[21] Amghar S, le paysage islamique en France : acteurs et enjeux, in La religion, Sciences Humaines, Auxerre, 2005.

[22] Séguy Jean. Religion, modernité, sécularisation. In: Archives de sciences sociales des religions, n°61/2, 1986. pp. 175-185; http://www.persee.fr/doc/assr_0335-5985_1986_num_61_2_2393

[23] Michel Renard, « Les prémisses d’une présence musulmane et sa perception en France — Séjours musulmans et rencontres avec l’islam », dans Mohammed Arkoun (dir.), Histoire de l’islam et des musulmans en France du Moyen Âge à nos jours, 2e partie, chap. II, p. 573–582.

[24] Hérodote.net, https://www.herodote.net/almanach-ID-508.php

[25] L’Obs avec Rue89 Publié le 31/03/2014 à 19h08 http://rue89.nouvelobs.com/2014/03/31/dix-choses-ignorez-peut-etre-manuel-valls-251118

[26] https://blogs.mediapart.fr/guillaume-weill-raynal/blog/220116/manuel-valls-israel-les-musulmans-et-les-juifs

[27] Eric Aeschimann, Valls contre les intellectuels, http://bibliobs.nouvelobs.com/idees/20160122.OBS3236/manuel-valls-contre-les-intellectuels.html

[28] Edition des pensées de Montesquieu, https://www.unicaen.fr/services/puc/sources/Montesquieu/index.php?texte=1081

Le terrorisme comme moyen de gouvernance au service des privilégiés

A tellement mettre la France (et d’autres pays) en état d’urgence,

à tellement commémorer les morts,

à tellement peu parler d’avenir,

à tellement vouloir donner de pouvoir à la police,

à tellement vouloir que l’école soit le lieu du formatage plutôt que de l’esprit critique,

à tellement montrer du doigt un tel jusqu’à la stigmatisation,

à tellement jouer les matamores dans le monde comme si l’Occident détenait « toute la vérité »,

à tellement jouer les matadors devant les assemblées et les médias,

à tellement avoir menti au peuple d’en bas,

à tellement dresser des couronnées à la jeunesse dorée et à abandonner l’autre jeunesse celle du labeur et du chômage,

à tellement encourager les gens à confondre solidarité et égrégore,

à si peu donner d’espoir,

 Qu’espère-t-on sinon la haine et la violence ?

Qu’espère-t-on sinon la soumission des peuples par la peur ?

Qu’espère-t-on sinon conforter et protéger les privilégiés du système ?

Qu’espère-t-on sinon installer la terreur, l’autoritarisme, la tyrannie enfin la dictature ?

 L’œuvre qui consiste à installer la peur et surtout celle qui organise la vie sociale autour de la commémoration n’ont pas d’autre but que d’éteindre la « pensée » qui repose avant tout sur la mémoire individuelle née, pour chacun, de sa propre expérience. Au-delà de son expérience personnelle, l’accaparement d’une expérience collective à laquelle on n’a pas participé et la confusion d’une mémoire collective qui deviendrait sienne propre entraîne au conformisme et à la soumission à l’organisateur de la mémoire collective commémorée.

 « Les commémorations déprivatisent la mémoire. » : Ces mises en scène qui condensent la mémoire historique autour de lieux, de documents et de célébrations appellent en effet les citoyens à assimiler des souvenirs nés hors de leur propre expérience, explique l’historien américain William M. Johnston dans Post-modernisme et Bimillénaire.

Je suis Charlie, pourtant…

En ce dimanche 11 janvier 2015, 16h46, il serait inconvenant d’écrire que je ne serais pas Charlie. Chaque Homme a le devoir de défendre la liberté pour tous et pour chacun. Pour autant ce combat ne devrait pas masquer les défaillances et les écarts des défenseurs de la liberté, de ceux qui se déclarent comme tels.

C’est dans cet espace d’observation que je me suis souvent opposé aux libertaires comme Charlie Hebdo car j’ai toujours considéré que la liberté est une chose fragile, une denrée rare, et qu’à être trop libertaires on risque de la tuer. Ainsi, même si j’ai à l’époque acheté le numéro, je ne suis jamais arrivé à me convaincre que les caricatures du prophète aient été une bonne chose. J’aime cet adage chinois suivant lequel il ne faut pas faire perdre la face à l’autre même à son ennemie, et cette phrase de Pauline Réage : « on peut tuer un homme, on ne peut pas l’humilier ». La question n’est pas de savoir si on peut rire de tout, mais de savoir comment. Alors viennent à l’esprit des concepts comme la Règle d’or ou l’éthique de la réciprocité où, schématiquement, il s’agit ne pas faire à autrui ce que l’on ne voudrait pas qu’il nous fît. On retrouve cela chez Confucius : « Ce que tu ne souhaites pas pour toi, ne l’étends pas aux autres. » ou dans les préceptes boudhistes : « Ne blesse pas les autres de manière que tu trouverais toi-même blessante. » (Udana-Varga 5:18).

Cependant, rien ne nous dit que le caricaturiste n’aimerait pas être caricaturé à son tour, ni non plus qu’il refuserait de l’être à propos de points « sensibles » de sa vie. Finalement, peut être que plus que la Règle d’or, trop souvent essentiellement morale, est-ce l’éthique qui est à questionner : qu’elle est la conséquence de ce que je fais, notamment pour l’autre, et en réponse l’éthique réciproque serait « est-ce qu’il faut répondre ? ». Peut-être trouverait-on une piste chez deux maîtres Taoïstes. T’ai Shang Kan Ying P’ien prônait « Regarde le gain de ton voisin comme ton propre gain, et la perte de ton voisin comme ta propre perte » et le Dao De Jing (le livre de la voie de la vertu, chapitre 49) indique : « Le sage n’a pas d’intérêt propre mais prend les intérêts de son peuple comme les siens. Il est bon avec le bon ; il est également bon avec le méchant, car la vertu est bonne. Il est croyant avec le croyant ; il est aussi croyant avec l’incroyant, car la vertu est croyante. ».

Seulement voilà les caricaturistes de Charlie Hebdo n’étaient ni des « sages » ni de simples dessinateurs ; ils étaient ces militants que nous aimions parce qu’ils se moquaient des extrémismes, des fanatismes et des dérapages des gouvernants. Et de cela la société et ses gouvernants ont besoin, d’un espace où ils sont renvoyés à leur image, à eux-mêmes.

Pour nécessaires qu’ils soient les caricaturistes ne peuvent pas ni ne doivent devenir un symbole et moins encore un mythe. Ne faisons pas d’eux ce qu’ils combattaient ! Symbole et mythe figent l’histoire, ils ne se discutent pas, ils ne se remettent pas en question puisqu’ils sont consubstantiels de la culture et de la société qui les engendrent autant qu’elles les subissent ; ils sont les supports des religions et des idéologies et ouvrent la voie des fanatismes.

Aujourd’hui, en 2015, 226 ans après la Révolution française, loin après que les Lumières aient éclairé l’humanité, pourquoi y a-t-il encore de tels fanatismes qui amènent à ce que des caricaturistes soient assassinés à cause de leurs dessins, que des femmes et des hommes soient tuées à cause de leur religion ou de leur appartenance ethnique, que des « noirs » soient abattus par des policiers qui n’en rendent pas compte à la société, que des militants associatifs meurent parce qu’ils disent leur opinion, que les handicapés soient encore confrontés à l’inaccessibilité, que l’ont puisse acheter un ventre pour satisfaire son désir d’enfant, qu’on ne puisse pas mourir dans la dignité… pourquoi cela dans des pays démocratiques éduqués à l’aune des Lumières ?

Les gouvernants bien sûr, mais aussi chaque citoyen doit se sentir responsable est faire sienne la phrase de Confucius : « l’archer a un point commun avec l’homme de bien : quand sa flèche n’atteint pas le centre de la cible, il en cherche la cause en lui-même. » Qu’avons-nous fait, que faisons-nous, collectivement et individuellement, pour que dans le monde il y ait des gens qui se transforment en terroristes ?

C’est à cette question qu’il faut d’abord répondre, car à elle seule la guerre –fut-elle « juste »– ne peut pas être une réponse au terrorisme que de toute façon elle n’éradiquera pas. Je crois comme le disait ce dimanche sur iTélé le président de la République du Niger, pour tuer le terrorisme il faut d’abord tuer la pauvreté. Aujourd’hui en France on fait la guerre, c’est sans doute nécessaire, et en même temps on réduit considérablement les crédits d’aide au développement, on glorifie plus fortement un patron d’une compagnie pétrolière qu’on ne porte attention aux membres d’une ONG.

Passé le dimanche 11 janvier 2015, nous aurons le devoir de réfléchir au destin de l’humanité tous en chacun.