Adieu Delevoye

le haut commissaire chargé de la réforme des retraites démissionne

Acteur majeur de la réforme des retraites voulue par E. Macron, Jean-Paul Delevoye démissionne à la suite des révélations par la presse de ses nombreuses omissions dans sa déclaration d’intérêt auprès de la Haute Autorité de la Transparence de la Vie Publique.

Au passage on se demande à quoi sert cette Haute Autorité mis à part être un dépôt d’archives des déclarations rendues obligatoires par la loi. Visiblement elle n’exerce aucun contrôle sur le contenu des déclarations et leur véracité ; donc elle ne sert à rien sinon à faire illusion que les politiciens seraient tous honnêtes !

Toutefois, faut-il qu’une autorité quelconque vienne dire à un politicien blanchi sous le harnais comme JP Delevoye ce qu’il doit déclarer ? À qui peut-on faire croire que JP Delevoye, le Premier ministre et le président de la République pourraient être ignorants de la loi ? Le soutien qu’E. Macron continue d’apporter à son ancien ministre montre combien il aime naviguer dans l’à‑peu‑près réglementaire ; rappelons-nous les affaires Kholer, Benalla, Ferrand, et d’autres qu’il peine désormais à cacher et qui, un jour, terniront forcément son image de promoteur d’une « République exemplaire ». Dans le cas de JP Delevoye, E. Macron aurait pu se contenter d’enregistrer la démission et s’abstenir de tout commentaire.

On peut concevoir que cette affaire ne dissolve pas les liens de sympathie ou d’amitié qui unissent les deux hommes, mais ici il ne s’agit pas de cela. Ce dont il s’agit ici c’est de la probité d’un gouvernant, qui plus est d’un gouvernant qui proposait aux citoyens de faire des sacrifices. En outre, comment des gens qui gagnent peu d’argent, qui peinent à boucler les fins de mois peuvent-ils comprendre un tel cumul de rémunérations ?

Quant aux mandats bénévoles chacun sait qu’ils créent des liens au sein de réseau et que souvent ils amènent des cadeaux et autres avantages.

Or l’article 23 de la Constitution est clair : « Les fonctions de membre du gouvernement « sont incompatibles avec l’exercice de tout mandat parlementaire, de toute fonction de représentation professionnelle à caractère national et de tout emploi public ou de toute activité professionnelle ». » Et, depuis la loi de transparence de la vie politique de 2013 tout ministre doit déclarer ses responsabilités présentes et passées, si celles-ci sont susceptibles de présenter un risque de conflits d’intérêts et d’influencer sa prise de décisions futures. Elle oblige même à déclarer ses activités rémunérées actuelles ou exercées dans les cinq ans avant la déclaration d’intérêts. À part être au conseil d’administration d’un club de belote, il n’y a guère d’activités qui ne soient pas visées par le contenu de la loi.

Déclarer ses activités, a fortiori ses rémunérations, relève du bon sens et de l’honnêteté la plus élémentaire. À charge de la Haute Autorité de mesurer le degré d’incompatibilité entre ces activités, passées ou présentes, et la fonction attribuée. Notons que ce n’est, séparation des pouvoirs oblige, ni au Premier ministre ni au président de la République d’apprécier cette compatibilité.

Peut-on admettre les propos de Edouard Philippe qui estimait samedi « « « que la bonne foi de Jean-Paul Delevoye [était] totale »« Il a fait une erreur, il l’a corrigée, il l’a reconnue. Il ne cherche absolument pas à dissimuler quoi que ce soit » », car relevons deux choses : si la presse n’avait pas révélé les faits la magouille continuait, et qu’il ne suffit pas de rembourser pour effacer la faute. Force est ici de reconnaître qu’en 2017 François Bayrou et les deux autres ministres issues du MODEM ont fait montre de plus d’intégrité en démissionnant immédiatement dès lors que la presse avait fait état de soupçons quant à l’utilisation des « assistants parlementaires européens ». Le fait que JP Delevoye, contrairement à ce qui se fait dans les pays nordiques, n’est pas immédiatement démissionné contredit fortement les propos, sur Europe 1 lundi 16 décembre, de Jean-Baptiste Djebbari, le secrétaire d’État aux Transports, pour qui « Jean-Paul Delevoye était quelqu’un d’extrêmement responsable, extrêmement engagé pour l’intérêt général ».

L’appréciation de la valeur « responsabilité » par les membres de ce gouvernement, y compris le président de la République, est bien à la dimension de l’inculture politique, historique et sociale des membres de La République en Marche. N’a-t-on pas entendu un de ses députés pleurnicher que l’opposition et les médias instrumentalisent cet « évènement malheureux » ? La presse, une fois encore et heureusement pour la démocratie, a mis en évidence une faute commise par un homme politique ; elle n’a fait que cela et c’est son rôle. L’opposition s’est emparée de l’évènement ce qui est naturel (politiquement parlant) et si ce député avait ne serait-ce qu’une once de culture historique et politique il saurait que depuis la nuit des temps il en est ainsi et c’est heureux sinon nous serions dans une dictature. Qu’il se penche sur un livre d’histoire et il apprendra ce que fut l’affaire des décorations : « le scandale des décorations est un scandale politico-financier de trafic de décorations qui éclaboussa le président de la République Jules Grévy et le contraignit à la démission le 2 décembre 1887. »

Comment ne pas être en colère face à l’attitude de JP Delevoye et face à la désinvolture des membres du gouvernement et des parlementaires LREM. Dans d’autre pays que le nôtre le président aurait exigé la démission du gouvernement et, peut-être, dissout l’Assemblée nationale. En France, nouveau monde oblige, on continue comme dans l’ancien à bafouer les principes démocratiques et républicains et à mépriser les citoyens.

Balance ton maire : la calomnie comme politique.

Après que le ministre Gérald Darmanin, illustre sage parmi les sages, ait affiché sur le site du ministère la liste des mairies qui ont augmenté la taxe d’habitation, les affidés du Mouvement La République en Marche affichent sur les réseaux sociaux des messages virulents contre les maires derrière le hashtag « Balance ton maire ».

L’affaire est grave et dépasse la mise en cause des maires de ce pays. François Baroin, président de l’association des maires de France, n’a que trop mollement dénoncé ce « hashtag » #BalanceTonMaire. Bien sûr celui-ci a été vécu comme « une insulte personnelle par les maires ». Mais au-delà de la réaction affective, il y a une faute de droit et l’expression de la façon dont le Président de la République et sa majorité veulent gouverner la France avec en filigrane un projet de société qui en réalité exclue les humbles.

La faute de droit, et Gérald Darmanin devrait être destitué pour l’avoir oublié, relève de la méconnaissance de l’alinéa 3 de l’article 72 de la Constitution : « Dans les conditions prévues par la loi, ces collectivités s’administrent librement par des conseils élus et disposent d’un pouvoir réglementaire pour l’exercice de leurs compétences. » Donc personnes autres que les citoyens résidants dans la commune ne peuvent remettre en cause le choix de la commune qui, alinéa 2 de l’article 72, a « vocation à prendre les décisions pour l’ensemble des compétences qui peuvent le mieux être mises en œuvre à leur échelon. », ainsi c’est le maire qui est responsable du budget de la commune, pas le ministre Darmanin. Par ailleurs, une collectivité territoriale n’a pas vocation à assurer la promotion de la politique du gouvernement ; la commune, donc son maire, a seulement l’obligation d’appliquer la loi, or il n’apparaît pas qu’une loi récente ait imposé aux maires de ne pas augmenter le taux de la taxe d’habitation. La loi a simplement indiqué un pourcentage de réduction sur le montant global de la taxe après qu’elle a été calculée par application d’un taux librement fixé par les collectivités. Si les ministres, dont l’illustre Monsieur Darmanin, et les députés avaient été un peu instruits du droit constitutionnel et fiscal ils se seraient rendu compte de ce fait qui ressemble fort à une erreur du promoteur de la promesse électorale. Et, si le candidat Macron devenu président, avait lui aussi été instruit de mêmes choses il ne se serait pas précipité dans cette promesse mais il aurait mis en place une véritable réforme de la fiscalité locale.

L’expression du mode de gouvernement voulu par le Président de la République s’exprime clairement dans les cris d’orfraies des « Marcheurs » qui s’offusquent du choix fait par certains maires. Que des élus locaux dans l’opposition au Président de la République se saisissent de cette vacuité législative laissée par des gouvernants inconséquents est dans le droit fil de la rhétorique démocratique que la majorité non seulement semble ne pas maîtriser mais, justement pour cela, veut étouffer. On voit là se confirmer la démarche et les méthodes de gouvernance ainsi que les stratégies politiques mises en place par ce mouvement de « jeunots » où l’immaturité semble l’emporter sur la culture, où la soumission au gourou fait office d’intelligence sociale et politique. Après le travail de fond pour étouffer les corps intermédiaires notamment par les papesses du monde de la finance que sont les ministres du travail et des transports, on a vu avec l’affaire Benalla comment ce mouvement pouvait cacher aux parlementaires et à la justice donc aux citoyens les malversations d’un conseiller très proche du Président de la République. On peut aussi s’interroger sur la façon dont la justice est manipulée pour que l’affaire Ferrand traîne d’un parquet à l’autre, pour que d’autres affaires s’éternisent (Kholer, Pénicaud…), et comment elle protège François Bayrou, affidé de Macron, dans l’affaire des assistants parlementaires du Modem alors que dans une affaire similaire la justice vient de requalifier les chefs d’inculpation contre Marine Le Pen et le Rassemblement National. Interrogeons-nous aussi sur les raisons qui ont poussé des juges à vouloir envoyer Marine Le Pen devant des psychiatres comme au bon vieux temps des goulags staliniens. On voit un pouvoir autoritaire se mettre en place comme sous le Second Empire où Napoléon III s’était assuré d’une majorité à la Chambre qui lui était complètement soumise, nous sommes dans une situation analogue lorsque la majorité refuse la création d’une commission d’enquête parlementaire sur les incidents du premier mai 2018 puis n’accepte que la commission des lois se saisissent de l’affaire Benalla que sous la pression médiatique et populaire mais on sait aussi comment la présidente a sabordé cette commission. Que penser de l’action de la majorité présidentielle qui a empêché toute discussion d’une proposition de l’opposition à propos de l’accueil des enfants handicapés à l’école ? Ne peut-on pas aussi penser que la majorité, en reconduisant par la loi un certain nombre de dispositions administratives sous prétexte de lutter contre le terrorisme, met en place une police politique comme Napoléon III l’avait fait en créant une police des chemins de fer : « Le régime de Napoléon III a longtemps été qualifié d’État policier, non sans raison. La surveillance politique s’intensifie. Elle mobilise tous les fonctionnaires, et les agents chargés de mission de police en particulier. En 1855, le Second Empire crée la police des chemins de fer, chargée de surveiller les opposants, légitimistes et surtout républicains, à l’échelle nationale. » (Encyclopédie Universalis) ?

La majorité se vit comme autosuffisante, omnisciente et continue de croire qu’elle a été élue par une majorité des Français, ce qui est faux : seulement 19 % des électeurs on mit dans l’urne un bulletin favorable à Emanuel Macron. Alors ? Tant pis pour les autres ! Les parlementaires de la majorité seraient inspirés de lire la citation d’Albert Camus : « La démocratie, ce n’est pas la loi de la majorité, mais la protection de la minorité. » Mais, d’une part la plupart d’entre eux ignorent qui est Albert Camus ou, pour le moins, ne l’ont pas lu, et de toute façon leur projet politique, celui du président de la République, n’est pas le bien commun mais la croissance de la « finance privée », on l’a bien vu avec l’odieux marchandage autour de la loi ELAN à propos du pourcentage d’appartements accessibles, peu importe le bien-être des gens pourvu que les fortunes du BTP continuent à s’enrichir sans contrepartie.

Alors, pour masquer ses mensonges et sa forfaiture la majorité pratique la rumeur et la délation. Bien sûr à propos du hashtag BalanceTonMaire LREM se désolidarise, on n’en attendait pas moins, mais il demeure que cet incident témoigne de l’ambiance générale du mouvement « En Marche » largement soutenu par l’action de ministre. Ici Gérald Darmanin, par l’affichage de la liste des communes où les maires ont fait le choix d’augmenter la Taxe d’Habitation, a permis voire sollicité ce mouvement sur les réseaux sociaux. Déjà Marlène Schiappa avait ouvert la voie : « Deux entreprises viennent de se faire épingler par Marlène Schiappa, et ce, dans tous les sens du terme. La secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes a accroché sur la porte de ses locaux les noms de deux entreprises ne respectant pas la parité, avant de les dénoncer publiquement lors d’une conférence de presse. Ce qu’on appelle outre-Manche le « name and shame », soit « nommer et couvrir de honte ». » Sauf qu’on sait les dégâts que le « name and shame », comme jadis la rumeur, peut provoquer. Mais aujourd’hui, et certains médias contribuent amplement à ce mouvement, la justice ne se rend plus dans les prétoires mais sur les réseaux sociaux et sur les ondes.

On se demande dès lors pourquoi nous n’affichons pas à la porte des mairies le nom des ministres, des parlementaires et des conseillers du président de la République actuellement atteints par une enquête judiciaire. Mais voilà, avant l’arrivée des promoteurs du « nouveau monde » nous nous souvenions que dans l’ancien monde l’appel à la dénonciation pour diriger le pays avait conduit à des choses peu glorieuses, ces pratiques de dénonciations publiques, sans rappeler le pilori, nous ramènent à la période 1940-1945 sous le gouvernement de Vichy. Le « nouveau monde » organise désormais ses campagnes électorales autour du mensonge, de la calomnie, car rien ne garantit que ce sone soit par « opposition » que les maires ont pris cette décision, et du déni de démocratie comme en témoigne ce message sur Twitter :

« 6 027. C’est le nombre de mairies qui ont augmenté abusivement leur taux d’imposition, et au détriment de leurs contribuables, dans le seul but de faire obstacle à la baisse de 30 % promise par le gouvernement. #BalanceTonMaire

Pour 2020 vous saurez pour qui ne plus voter ! pic.twitter.com/432mpLIy07

— Natalia de Saintonges (@NataliaEnMarche) 12 octobre 2018 »

Madame de Saintonges se présente ainsi sur son compte Twitter : « Natalia de Saintonges

@NataliaEnMarche, #EnMarche contre les néo-populistes #niFIniFN Révolution #EnMarche pour une nouvelle France en mouvement #BalanceTonMaire »

La politique n’est pas un monde de « bisounours », la probité des acteurs n’y est jamais garantie et l’histoire montre que parfois des campagnes de calomnie ont été élaborées pour empêcher un candidat d’être élu. Mais jamais on n’a empêché, avec autant de constance et de moyens, comme depuis mai 2017 l’opposition de s’exprimer sauf dans certaines périodes dont, d’évidence, tous les historiens et politologues disent qu’elles n’étaient marquées du sceau de la démocratie.

 

 

Politique : paradoxe, incohérence ou inintelligence ?

La politique est trop peu questionnée quant à la cohérence des propositions qu’elle fait. Par exemple qu’elle cohérence y a-t-il dans la politique de lutte contre l’échec scolaire qui, en outre, s’affiche comme une lutte contre les inégalités sociales, quand on dédouble les classes de CP dans les écoles des quartiers difficiles et que l’on ferme des centaines de classes en milieu rural ? Les enfants auraient-ils moins de besoins dans les campagnes ? Le dédoublement des classes de CP n’est pas en cause, ce qui l’est c’est qu’ailleurs on puisse maintenir des classes à double voir triple niveau avec 27 ou 30 élèves. Curieusement, paradoxe ou inintelligence, les journalistes s’extasient sur le fait que les enseignants des classes dédoublées soient enchantés par cette situation ; si ces journalistes avaient un peu de curiosité ils seraient allés voir les demandes de mutations : cette année, contrairement à l’habitude, on a enregistré une forte demande de mutation en direction des zones difficiles. Que pensez-vous qu’un enseignant sensé fasse comme choix entre une classe de CP-CE1-CE2 avec 25 élèves, parfois jusqu’à 30, dans une campagne à 1 heure de chez lui et une classe de CP à 12 élèves peut-être aussi éloignée mais avec une prime annuelle de 3000€ en plus d’une prime mensuelle ?

Chacun mesurera l’incohérence de cette politique si nous considérons la cohérence comme étant l’absence de contradiction entre les parties d’un argument, d’une doctrine ou d’un ouvrage. Si à première vue il n’y a pas d’incohérence ce n’est que parce qu’on nie l’existence de toute difficulté dans le monde rural envisagé comme un lieu paradisiaque au regard des « banlieues » gangrenées par la délinquance, le communautarisme, la pauvreté et l’immigration.

La politique n’est pas plus ni mieux questionnée au regard des paradoxes qu’elle cultive pour le plus grand bonheur de la bien-pensance du microcosme intello-bobo parisien pour lequel une action ne vaut que pour elle-même détachée de toute relation avec d’autres. L’éthique, notamment au sens que lui donnait Emmanuel Levinas, est totalement absente de la sphère de pensée (si on peut appeler ça de la pensée) du microcosme. L’action n’a de valeur que pour elle-même sans que son incidence sur d’autres, donc sur l’Autre, ne soit un tant soi peu envisagée. Pour le microcosme l’éthique est de l’ordre d’un impensable.

Prenons l’exemple du discours du président Macron à propos des personnes en situation de handicap pour montrer ce que peut être le paradoxe en politique, en considérant que le paradoxe est une opinion, argument ou proposition qui va à l’encontre de l’opinion communément admise (doxa), de la vraisemblance. Chacun pourvu d’un peu de bon sens comprend qu’une personne « handicapée » ne peut vivre en société et participer pleinement à la vie sociale et citoyenne que si elle peut disposer de moyens de subsistance suffisant et d’un logement. Ainsi, E. Macron décide-t-il d’augmenter l’allocation pour adulte handicapé de 90€ par mois et d’améliorer l’emploi des « handicapés » mais en même temps (il aime ça le « en même temps ») il réduit la possibilité de se loger en supprimant le 100% d’accessibilité pour les nouvelles constructions et il n’oblige pas à mettre en œuvre l’accessibilité dans les entreprises et les lieux publics. Récemment j’étais dans une entreprise dont les bureaux sont au 1er étage et je voyais un employé qui avait des difficultés à se déplacer gravir avec beaucoup de difficulté, de peine, les escaliers particulièrement raides. Ce cas illustre, en outre du paradoxe de la politique de E. Macron en faveur (?) des personnes « handicapées », l’inintelligence de ces politiques.

L’intelligence ne se résume ni à une efficacité minimaliste ni à des déclarations grandiloquentes pas plus qu’à une accumulation de diplômes et de titres. L’intelligence, mais cette opinion n’est que peu partagée, c’est la capacité à reconnaître l’Autre à l’image de soi‑même. L’intelligence commande de ne pas nuire à l’Autre ainsi que de lui apporter, dans un mouvement de don, tout se dont il a besoin pour être comme un autre Moi-même. Alors, suivant se principe d’une intelligence comme reconnaissance de l’Autre comme un autre Moi-même, on ne limitera pas les « handicapés » aux personnes en fauteuil roulant, on pensera aussi à toutes celles à mobilité réduite (PMR), à toutes celles qui aujourd’hui valides seront PMR ou en fauteuil un jour du fait d’un accident mais plus sûrement du fait du vieillissement. Au-delà, l’intelligence permet de voir et de comprendre que l’accessibilité, dite « universelle » dans la Convention de l’ONU ratifiée par la France, est tellement utile à une foultitude de valides. Aujourd’hui un couple s’installe dans un appartement au quatrième et dernier étage d’un immeuble neuf, demain Madame accouche de triplés ou plus modestement de jumeaux : montera-t-elle la poussette par les escaliers jusqu’au quatrième étage ? Pour peut-être mieux illustrer ce type de situation racontons l’histoire de cette comédienne décédée à plus de cent ans dont les journalistes vantaient la vigueur et le courage ; à 95 ans elle montait les cinq étages de l’immeuble pour se rendre chez elle, mais il n’y avait pas d’ascenseur. Lorsqu’il y en eut un la Dame abandonna l’escaliers et utilisa l’ascenseur. Avait-elle perdu sa « vigueur » ou saisissait-elle l’opportunité offerte par ascenseur qu’elle espérait depuis de longues années ?

Nous pourrions multiplier à foison les exemples d’inintelligence dans les politiques publiques « en faveur des personnes en situation de handicap », à quoi bon ! Parlons des politiques publiques de lutte contre la pauvreté qui semblent tellement énerver le président Macron : un pognon de dingue versé en faveur de l’inefficacité. Il n’a pas totalement tort, l’aumône n’a jamais sorti qui que ce soit de la pauvreté, sauf que beaucoup sans cette aide se seraient enfoncés encore plus dans la misère. Ce n’est donc pas le moindre des paradoxes que de parler de « pognon de dingue » tant en matière de finances publiques qu’au regard du message humiliant que ces paroles ont envoyé aux bénéficiaires des aides publiques ; le président a moins de scrupule vis-à-vis des aides publiques aux entreprises dans les effets se mesures plus dans le porte-monnaie des actionnaires que sur le développement et le bien-être de la société. Justement, l’intelligence voudrait qu’on s’intéresse aux gens. Alors, on verrait que ce n’est pas d’allocation qu’ils veulent mais un travail correctement rémunéré. Ainsi, si on augmentait le SMIC il ne serait pas utile de verser de prime d’activité ; cela éviterait de faire payer au contribuable le salaire que les entreprises ne veulent pas débourser. Pareillement on peut bien augmenter le nombre d’apprentis, améliorer la gestion de la formation professionnelle, s’il n’y a pas d’offre d’emplois la situation n’évoluera guère ; on en a la preuve aujourd’hui où le nombre de chômeurs a baissé parallèlement à une augmentation du nombre de créations d’emplois sans que ni l’apprentissage ni la formation professionnelle n’aient été encore réformés.

Quelques exemples pours montrer que les politiques publiques, aujourd’hui, ne sont ni cohérentes, ni intelligence et sont monstrueusement paradoxales. Comment pourrait-il en être autrement alors que l’homme (l’être, l’individu) n’est ni l’objet ni la finalité des politiques, tout au plus est-il une variable d’ajustement économique ? La politique qui est un projet d’amélioration des conditions de vie des individus, s’accompagne d’un politique qui est la mise en actions de ce projet. Nous pouvons douter qu’il y ait aujourd’hui un projet d’amélioration de la société, tout au plus y a-t-il un projet performatif d’une économie au service d’un double microcosme : celui des « riches » et celui d’une classe moyenne qui ne vit que dans l’espoir de ressembler le plus possible aux riches, une classe moyenne qui vit dans une société de l’achat (la société de consommation est dépassée), de la superficialité et de l’immédiateté pour faire comme, pour ressembler à… En somme les politiques publiques, celles voulues par E. Macron en particulier, ne sont que de la poudre aux yeux, des miroirs aux alouettes pour endormir un peuple de plus en plus soumis… ou fataliste.

Le mépris comme stratégie politique.

La vidéo postée par le service de presse du Président Macron dans laquelle il fustige les sommes dingues consacrées à aider les pauvres, a fait du bruit dans le landerneau médiatique toujours tellement avide de sujet à scandale. L’establishment politique, mis à part l’inénarrable Marlène Schiappa, s’est relativement peu mobilisé sur cette affaire. Pourtant elle est bien plus grave que ne l’a dit Daniel Cohn Bendit. Sur France Info celui-ci déclarait : « il ne faut pas faire une montagne d’une vidéo ». Sans doute si nous étions dans un contexte banal, mais ici où le président Macron surcommunique sans cesse cette vidéo est importante ; elle l’est en matière de volonté et de stratégie politique, elle ne peut pas être considérée comme un accident. Alors, contrairement à ce que disait Cohn Bendit la forme est tout aussi importante que le contenu.

Détacher l’une de l’autre permet de minimiser l’impact de la parole de Mr Macron. Peu importe qu’il ait dit « on met trop d’argent » ou « on met beaucoup d’argent », l’important c’est qu’il ait autorisé la diffusion de la vidéo d’une séance de travail au cours de laquelle il critique la gestion financière de l’aide en faveur des pauvres. Il aurait diffusé une séquence au cours de laquelle il aurait indiqué des pistes d’amélioration que le ressenti en eut été autre. Car c’est bien de ressenti dont il s’agit.

Les Français qui vivent dans les difficultés financières ne peuvent pas avoir ressenti cette phrase autrement que comme un reproche. Pour le moins il s’agit ici d’une erreur de communication. Mais, chacun qui observe la pratique gouvernementale voit bien qu’il s’agit, une fois encore, de déstabiliser « l’adversaire ». La stratégie qui consiste à dire qu’on fait mal quelque chose pour le remplacer par « on fait moins » est le lot quotidien de ce gouvernement. Par exemple la ministre du travail vient expliquer dans les médias qu’il faut aider les personnes handicapées à se former, qu’il faut les accompagner dans la recherche d’emploi alors que dans le même temps les députés En Marche piétinent le droit au logement des personnes handicapées et que le ministre de l’éducation nationale a réduit de 13 % les budgets des instituts de jeunes sourds et de jeunes aveugles…

Cette stratégie, machiavélique, passe relativement inaperçue parce qu’elle s’inscrit dans une habitude langagière où le mépris des faibles est le modèle relationnel des néobourgeois de ce 21e siècle. Il est devenu habituel voire normal de considérer les humbles comme étant des gens sans sentiments, sans intelligence et sans dignité. Par exemple, sur le plateau du JT de France2 un dimanche à 20 heures, l’ancienne joueuse de tennis Amélie Mauresmo vient raconter l’extrême courage d’une de ses consœurs qui a repris le chemin des cours de tennis peu de temps après son accouchement, ce à quoi l’ineffable Laurent Delahousse vante le courage de cette personne permettant ainsi à A. Mauresmo d’ajouter : « les gens ne se rendent pas compte ». Mais si Madame Mauresmo les gens se rendent compte du courage qu’il faut pour retourner, sans attendre, au travail quand on est une maman avec déjà plusieurs enfants, qu’on gagne le SMIC, qu’on se lève à 4h du matin pour se rendre à pied et en RER à un travail dont on ne reviendra qu’à 20h ou plus.

Ces « mots » sont humiliants, ceux de Mauresmo, de Macron de Cohn Bendit comme ceux de Jean-Marie Rouard qui reprochait, sur France 5, à Edouard Louis d’avoir écrit que Macron n’aime pas les pauvres : « un intellectuel n’écrit pas ça ». Heureusement que par le passé des intellectuels ont écrit « ça » sinon Rouard serait à serrer une houe plutôt qu’un stylo à plume en or. Et Macron a montré dans sa vidéo qu’il n’aime pas les pauvres, s’il les aimait il ne privilégierait pas une critique de l’argent qu’on met dans le social, il mettrait en avant les réformes. Et quel Tartuffe qui ne propose que des marchés de dupes comme la baisse des loyers en compensation de la baisse de l’APL. Je viens de lire l’attestation de paiement CAF d’un locataire : baisse de loyer 27,74€, baisse de l’APL 27,19€, ce qui entraîne une augmentation du pouvoir d’achat de 55 centimes par mois soit 6,6€ par an. Ouah ! Ça s’appelle un jeu à somme nulle où le seul objectif était de faire payer par les offices d’HLM une partie des aides sociales en soulageant les CAF ; cette stratégie permettra d’annoncer qu’on a fait baisser le montant des aides sociales et donnera une bonne figure au budget de l’Etat.

Les gens prennent tous ces mots, qui vite deviennent des maux, comme autant de gifles et demeurent impassibles car ils ont compris que le pouvoir conquis par les Révolutionnaires de 1789 leur a échappé et qu’ils ne le reconquerront pas tant l’ennemie est diffus, sans image, sans présence comme l’écrit Yuval Harari dans « Homo Deus » : « Les électeurs ordinaires commencent à pressentir que le mécanisme démocratique ne leur donne plus le pouvoir. Le monde change tout autour d’eux, et ils ne comprennent ni pourquoi ni comment. Le pouvoir leur échappe, mais ils ne savent pas trop où il est passé. » Faute de reconquérir le pouvoir les électeurs pourraient choisir des figures politiques dont ils leur apparaîtraient qu’elles sont « rassurantes ». A trop mépriser les pauvres on les pousse vers les extrêmes.

Politique : malhonnêteté obligatoire ?

Il ne s’agit pas ici de parler de l’honnêteté au sens du droit, ni même de cette honnêteté qui se rapporte aux comportements sociaux. C’est de ce que l’on appelle communément l’honnêteté « intellectuelle » qui va bien au-delà du mensonge. Mentir c’est affirmer ce qui est faux, c’est nier ce qui est vrai, mais c’est aussi ne pas dire ce qu’on devrait dire. Au-delà du mensonge la malhonnêteté intellectuelle s’organise dans une stratégie délibérée de manipuler son interlocuteur. C’est sans doute ce qu’en politique on appelle la langue de bois. Nous pouvions penser qu’avec « le nouveau monde » cette pratique disparaîtrait, il n’en est rien, sans doute est-elle au contraire en net développement.

Christophe Castaner était interrogé sur France Info le 18 mai dernier. Le journaliste faisait remarquer que la proposition de PSA que ses salariés travail pour une augmentation de salaire inférieure à celle du temps de travail correspondaient à, sinon à une mise à mort, du moins que cela mettait à mal le principe des 35h. Ce à quoi, sans en démordre un seul instant, Castaner répondait, encore et encore, que personne ne travaille 35h. Même lorsque le journaliste rappelait qu’au‑delà de 35h un salarié est rémunéré en heures supplémentaires, Castaner ne variait pas de son discours d’évitement.

Pareillement lorsque Jean-Jacques Bourdin questionna le « ministre bis » Julien Denormandie à propos du renoncement à 100 % d’appartements accessibles dans les nouvelles constructions. Le ministre parla d’appartements évolutifs dans lesquels les cloisons seront facilement cassables pour agrandir une salle de bains… essayant de nous faire croire que la pièce adjacente ne verrait pas sa surface réduite. Car enfin, pour une surface au sol donnée et inamovible le fait de déplacer les cloisons pour agrandir une ou deux pièces réduit d’autant la surface des autres pièces, point n’est besoin d’être polytechnicien pour comprendre cela. Bourdin insistait comme il aime à le faire en évoquant que handicapé il souhaitera peut-être aller chez son fils et prendre une douche, comment fait si l’appartement n’est pas accessible. Le jeunot, sans se démonter, plein de suffisance indiqua que quand on rend visite à quelqu’un on ne prend pas une douche ; sans doute ne faut-il pas non plus aller aux WC, et en tout cas renoncer à un séjour de plus d’une journée.

Castaner comme Denormandie nous expliquaient que leurs propos sont frappés de bon sens puisque rencontrant « les Français » ils savent ce que ceux‑là désirent. Quand on rencontre, fût une fois par semaine, une dizaine de personnes on ne peut pas se prévaloir de « rencontrer les Français » ! Par exemple, j’ai assisté un samedi matin, à 8h30, à une réunion organisée par un des députés LREM à Poitiers, nous étions moins de 30 et la plupart étaient des « copains » du député très majoritairement âgés de plus de 50 ans… alors le député peut-il se prévaloir d’avoir rencontré « les Français » ?

Ce type de discours conforte les affidés, finit de convaincre ceux qui le sont déjà mais fatigue le citoyen lambda. Les citoyens ne sont pas des beaufs, ils savent réfléchir et penser ; ils ne sont ni avinés ni illettrés, certains sont bien plus diplômés que la plupart des politiciens, ministres compris. L’honnêteté en politique c’est de reconnaître les qualités, capacités et compétences « techniques » des citoyens qui depuis bien longtemps sont sortis des idéologies stériles et des rêves évanescents. Un « monde nouveau » pour être vraiment nouveau doit être « intellectuellement honnête » et respecter les gens. On en est encore loin !

 

Politique : pour aller vers quoi ?

Un bandeau durant l’émission C dans l’Air de vendredi 23 février à propos des incidents de Bure, amenait vers les téléspectateurs la question que posait l’u d’eux : « s’il y a toujours des groupuscules qui s’opposent aux projets du gouvernement, comment peut-on avancer ? » Dans l’esprit macronien de la transformation il est clair que ces groupuscules empêchent tout mouvement vers l’avant, ils empêchent d’avancer. Dès lors il y a deux propositions de travail.

La première si chère au ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, consiste à envoyer les gendarmes nettoyer le terrain. Là, pour ceux qui ont vu le film « Z » relatant le temps de la dictature des colonels en Grèce, surgissent les hordes policières chargées de nettoyer le terrain. Ça ne s’appelle pas la démocratie.

La deuxième c’est de tenter de regarder un peu plus loin que le jour présent et essayer de comprendre vers quoi nous mène ce projet « d’avancement », sachant que parfois avancer peut aboutir à une reculade, la réforme du code du travail l’a montré.

Mais, la question qui est réellement posée parce qu’elle sous-tend les deux propositions de travail, n’est-elle pas celle de savoir à quoi sert la politique ? Ne pas poser cette question entraînerait à prendre le risque de limiter le rôle du gouvernement à celui d’un gestionnaire technocratique ; ce n’est assurément pas le cas avec le gouvernement de Monsieur Macron. Après avoir balayé aristocrates de la « vieille » politique, c’est de la politique qu’on veut faire aujourd’hui. Puisque politique on veut, je renverrai le lecteur vers Aristote pour qui la politique décide de ce qui doit être fait à la fois pour les humains et pour la cité qui apporte aux premiers une « vie bonne ». C’est dans cet espace de « communauté » entre l’individuel et le collectif que devrait se situer toute ambition et toute action politiques.

Or, il apparaît aujourd’hui que c’est plus l’emprise de l’économie au bénéfice de l’augmentation du profit d’élites financières qui est l’objet de la politique que la recherche de l’amélioration de la vie des humbles. Sans doute pour se dédouaner de cet égoïsme de classe ou de caste, les élites ont inventé un concept, cher à Monsieur Macron : le ruissellement. En résumé, il faut donner beaucoup aux riches car le surplus s’écoulera vers les pauvres, c’est le principe de la piscine à débordement. Alors, si aller de l’avant c’est conforter ce principe on comprendra que certains s’y opposent.

Une autre question découle de la précédente : quelles sont les voies d’opposition possibles dans une démocratie. Collomb, Hulot et consorts (parmi les consorts il y a certains qu’on a sorti comme le parti LR) nous expliquent que seules les voies prévues par la loi sont recevables. Ainsi, l’occupation d’un magasin Apple par des membres de l’association ATTAC n’est pas à proprement parler « légale », sauf qu’un tribunal vient d’affirmer qu’ATTAC n’est pas, ici, condamnable car elle agit pour le bien commun. Si au lieu d’envoyer les gendarmes et des gaz lacrymogènes à Bure, le gouvernement s’était tourné vers la Justice, ce qui aurait été plus conforma avec le principe démocratique, celle-ci n’aurait-elle pas dit la même chose ? Laissons le droit judiciaire de côté pour nous intéresser au seul droit humain, celui dont doit disposer tout humain, tout citoyen de manifester son mécontentement et sa désapprobation face à un projet gouvernemental. Si ce droit devait être remis en cause (de fait il l’est si souvent) nous serions dans une dictature où tout nous serait imposé au-delà des vagues promesses électorales. Si l’on devait se limiter à celles-ci aucune politique ne serait possible car les promesses de campagne définissent une ligne d’horizon par des actions (Hollande avec ses 61 propositions a payé cher d’avoir confondu actions et objectifs).

Alors, oui des groupuscules on le droit voire le devoir de s’opposer pour que s’instaure une discussion et un échange démocratique, mais au lieu de la démocratie (dont certains diront qu’elle est participative) on impose le diktat d’une pseudo légitimité des urnes comme si le fait d’avoir été élu autorisait les gouvernants à ne faire que ce qu’ils veulent faire. On voit à travers les discours de Macron, de Collomb, de Hulot… au sujet de l’immigration ou de Bure que ce gouvernement a bien adopté une posture de monarque absolu (confirmé par l’engouement illimité du chef de l’Etat pour le château de Versailles) : j’ai dit, je fais et « en même temps » taisez-vous et obéissez. Alors la protestation quelle qu’en soit la forme est utile pour éclairer chacun d’entre nous, nous éviter d’aller de l’avant sans savoir où nous allons.

Qui la politique sert-elle ?

Dans deux billets, en novembre 2017, j’avais dit à quel point JL Mélenchon et La France Insoumise m’apparaissent comme faisant fausse route et se trompent de cible. Je l’ai écrit à Clémentine Autain, députée de LFI, dans un courrier qui constituera la deuxième partie de ce billet.

Pourquoi publier, ici, un courrier ? Parce que j’y exprime un regard sur la politique illustrée par cette réaction aux propos d’une députée avec laquelle, a priori, je serais plutôt en phase. Mais, je n’ai pas trouvé dans ses propos et plus généralement dans la démarche de La France Insoumise que l’homme, c’est-à-dire le quidam (au risque du pléonasme) ordinaire, soit pris en compte pour ce qu’il est vraiment avec son quotidien. Les propos de Clémentine Autain montrent bien comment le discours politique s’adresse majoritairement aux femmes et aux hommes des catégories sociales (financières et culturelles) les plus favorisées. Ceux à qui la politique s’adresse, à travers les hommes et les femmes politiques, ce sont ceux de l’électorat macroniste, ceux des classes moyennes technobranchés et qui ont des abonnements (théâtre, journaux, club de sport…), exit le quidam.

Ce discours de l’entre-soi, car les politiciens appartiennent au même milieu social, est remarquablement typé quand il s’agit de parler des affaires à caractère sexuel (viol, harcèlement…). Là, c’est la parole des élites qui prédomine et largement au-delà du nécessaire. Le nécessaire se réduit à dénoncer un phénomène, c’est un déclencheur qui devrait ensuite permettre à toutes et tous de faire entendre sa voix et sa souffrance. La voix et la souffrance des humbles devraient pouvoir se faire entendre et être entendues par les politiciens, parce qu’il en va de leur dignité ; elles devraient donc être portées sur la place publique, par les journalistes sans restriction, comme l’avait fait, entre autres, Gisèle Halimi au cours du procès de Bobigny. Or la façon dont Marlène Schiappa, et à une moindre échelle Clémentine Autain, donnent des leçons aux journalistes à propos du traitement médiatique des affaires Darmanin et Hulot montre à quel point les élites se protègent.

Au-delà de cet exemple le reste de la gestion publique n’échappe pas à ce système de protection et d’entre-soi qui permet d’exclure le quidam, celui du « parlement des invisibles » de Pierre Rosanvallon, du débat public. Dans ce courrier je cite l’exemple de la campagne ouverte par LFI contre la filière du nucléaire qui est un sujet intéressant mais tellement éloigné du quotidien du quidam que celui-ci se sent exclu du débat politique, quand il ne se sent pas bafoué, humilié. Alors, la politique ne doit-elle par revenir à son essence : le gouvernement des hommes pour la « bonne vie » ?

« Poitiers le 14 février 2018

à Madame Clémentine AUTAIN, Députée

Madame,

J’ai suivi avec beaucoup d’attention votre intervention sur BFM.Tv dimanche 11 février. Dans l’ensemble je partage vos points de vue, toutefois je me distancie de vous lorsque vous déclarez : « Révéler le nom d’une femme alors qu’elle n’en a pas son accord, c’est inadmissible ».

Je ne vois pas en quoi révéler, par un journal, le nom de quelqu’un qui ne l’a pas autorisé serait plus grave s’il s’agit d’une femme. C’est comme quand Gérard Collomb déclarait qu’il est odieux de battre un policier qui est par terre : « surtout quand il s’agit une femme ». Je suis un homme mais à « mobilité réduite » et je me sens bien plus vulnérable que la plupart des femmes.

Ensuite cessons de se moquer des citoyens, notamment ceux « du parlement des invisibles » dont parle brillamment Pierre Rosanvallon. Certes il en va peut-être de la déontologie, sûrement de l’éthique professionnelle que de ne pas nommer quelqu’un qui s’y refuse. En même temps quand on appartient à l’élite sociale et qu’on accepte de parler à un journaliste on doit savoir ce que l’on cherche et que si on dévoile « une affaire » on doit avoir le courage de signer ses déclarations, sinon c’est de la délation. L’élite intellectuelle et politicienne boboïsées aurait poussé moins de cris d’orfraie si la dénonciatrice avait été une quidam « ordinaire ».

D’autre part, abonné à la lettre d’information de La France Insoumise je profite de ce courrier pour m’étonner de l’orientation « très intellectuelle » prise par votre mouvement. J’ai reçu l’invitation à participer à la campagne de lutte contre l’énergie nucléaire. Je ne disconviens pas que cela soit important et, intellectuellement, j’y souscris. Mais, quand je bois mon café au bistrot du coin, notamment dans les cités à Poitiers, je n’entends pas que ce sujet passionne les consommateurs. Pensez-vous vraiment que pour le chômeur à Paizay-Naudouin en Nord Charente qui n’a même pas de quoi payer le dentiste pour son enfant, le nucléaire soit la priorité des priorités ? La priorité des gens « du parlement des invisibles » c’est l’emploi, la réforme de l’apprentissage qui va ramener les apprentis quasiment au 19ème siècle, la casse du service de santé, les réformes délirantes de l’école… leur vie, leur priorité c’est leur vie au quotidien.

On ne peut pas à la fois déclarer vouloir être le parti des humbles (communiste je dirai des travailleurs) et ne pas porter vers eux un discours à propos de la satisfaction de leurs besoins.

Je vous remercie de l’attention que vous aurez porté à ce courrier, et vous prie d’agréer l’expression de mes salutations les meilleures. »