Le monde pleure, l’humanité se noie…

J’étais en panne pour écrire mon billet. Était-ce que je souhaitais respecter la trêve des confiseurs, ou que la table de Noël avait alourdi mon cerveau jusqu’à ensommeiller mon esprit ? Peut-être était-ce de la lassitude après le tumulte de la primaire à droite puis les élucubrations tonitruantes et parfois ubuesques des préparatifs de la primaire à gauche ? Il y a sans d’un peu tout ça, comme si la vie était désormais un patchwork de malheurs et un présent profondément sinistre plus qu’un espoir, plus qu’un avenir. J’allais abandonner, m’abandonner à la torpeur d’un cognac lorsqu’il y eut l’attentat de Berlin et surtout lorsque nous apprenions l’enlèvement de Sophie Pétronin, une humanitaire, au Mali.

Tout ça nous ramène à la dure réalité de la vie au présent et à son lot d’agitations gouvernementale. Si l’enlèvement de Madame Pétronin n’était pas si triste et si douloureux pour sa famille, on rirait des actions annoncées : « Une enquête en flagrance, pour enlèvement et séquestration en bande organisée a été aussitôt ouverte par le parquet de Paris. Elle a été confiée à la Direction générale de la sécurité intérieure et au commandement de gendarmerie prévôtale, qui assure les fonctions de la police judiciaire militaire auprès des forces armées situées en dehors du territoire français. » On se demande bien à quoi peut servir un arsenal juridico-policier de cette nature dans une telle situation où les kidnappeurs ne reconnaissent en rien le fonctionnement des institutions françaises. Chacun sait aujourd’hui que seul le « renseignement » apportera des informations qui permettront aux policiers maliens et aux soldats français d’intervenir. Mais, comme avec l’État d’Urgence et l’opération Sentinelle, aussi inopérante l’un que l’autre, le gouvernement hollandesque veut montrer qu’il agit. C’est de la communication finalement de bon aloi dans une société où la politique est réduite à se faire mousser comme une lessive. Lessive duchemol avec la gauche, lessive chemoldu avec la droite ; dès lors que nous les hommes politiques ont disparu, laissant la place aux politiciens, nos gouvernants sont devenus de petits comptables de votes. Gouverner est devenu un jeu de Pokémon, il faut engranger, capitaliser, des voix d’électeurs pour assurer sa réélection.

Quel dommage que François Hollande ne se hisse pas, durant ces derniers mois du quinquennat, vers un autre mode de gouvernance qui le verrait moins hésitant, moins incohérent, moins consensuel et électoraliste, en un mot plus téméraire et plus courageux. Mais, il aime la synthèse qui n’est jamais, en matière de gouvernance, que le courage des faibles, celui qui consiste à vouloir faire plaisir à tout le monde et qui, finalement, ne satisfait personne. Sa décision de ne pas se présenter à l’élection présidentielle est complètement dans cette veine : ne pas faire prendre de risque au Parti Socialiste (mais c’est trop tard), et ne pas prendre de risque personnel pouvait-on attendre autre chose de quelqu’un qui n’a jamais gagné que parce que les autres étaient « forfaits ». On pouvait attendre plus de courage alors qu’enfin la courbe du chômage s’inverse, au moins pour quelques mois, même si ça arrive plus tard qu’il ne l’avait prévu. Mais peut-être a-t-il raison de ne pas se fixer sur cette embellie car le taux de chômage ne retrouvera pas en mai 2017 le niveau qu’il avait au début du quinquennat. L’inaction, souvent béate, de l’optimiste monsieur Hollande est concomitante à l’arrivée de 556 000 chômeurs de plus depuis 2012, soit une moyenne de 111 200 de plus chaque année…

Mais, ça va mieux nous asséna François Hollande en mai 2016. Je le vois comme un chirurgien qui aurait inoculé à un patient le germe de la gangrène et qui l’ayant amputé lui dirait ; ça va mieux ! Vu de la place de chacun le mal est toujours là : il y a toujours des attentats, même s’ils ont lieu hors de France, qui sont le signe que la guerre contre Daech et le djihadisme n’a pas été gagnée, l’enlèvement de Sophie Pétronin montre que François Hollande n’a pas gagné la guerre au Mali et d’ailleurs pas non plus en République Centrafricaine où la situation est pire qu’avant l’intervention de l’armée française, les sanctions contre la Russie n’ont en rien calmé Vladimir Poutine, et mon voisin est toujours sans emploi mais il n’est plus chômeur car il a été rayé des listes de pôle emploi, etc.

Si je porte mon regard au-delà des limites hexagonales je ne vois que mensonges, tromperies, faux-semblants, guerres, attentats, viols et maltraitances en tous genres. L’Afrique n’en finit pas de crever malgré ou à cause du masque d’actions de bienfaisances ou de bien-pensance. La Chine continue à envahir le monde de toutes les façons possibles avec la bénédiction des consommateurs occidentaux avide de consommer sans limite simplement pour satisfaire un plaisir immédiat et donc insatiable. L’économie « collaborative » s’avère n’être qu’une vaste arnaque alors qu’on nous promettait un monde meilleur avec l’ubérisation de l’économie. On n’offre aux pauvres que l’immigration et le déracinement en guise d’espoir…

De quoi les gens peuvent-ils se réjouir ? De rien si ce n’est des cadeaux éphémères offerts dans une société qui n’est plus que de « consommation » et de « spectacle ». L’objet et la possession ont remplacé l’Homme et la Femme ; Gainsbourg ne pourrait plus chanter Ecce Homo, il devrait se plier à sanctifier l’homo oeconomicus. Comme dit Stéphane Bern : « Nous vivons une époque d’inculture décomplexée » (http://abonnes.lemonde.fr/m-perso/article/2016/12/19/stephane-bern-nous-vivons-une-epoque-d-inculture-decomplexee_5051289_4497916.html).

 

 

MALI : incroyable désinformation

Quand on vit au Gabon et qu’on discute avec les gens dans les quartiers on est surpris par le mélange de propos concernant la guerre que « Moi Président » a ouverte au Mali. C’est à la fois de la reconnaissance de la part des originaires du Mali mais aussi de la crainte, c’est une acceptation de la part d’autres populations comme s’il était inévitable que la « vieille mère » ait pu rester sans intervenir mais c’est aussi, notamment chez les jeunes, d’une certaine exaspération de voir l’Afrique encore soumise à l’obligation d’en appeler à l’aide de la France, pour ces jeunes il s’agit bien d’une obligation plus que d’une nécessité parce que la relation, psychoaffective, entre la France et l’Afrique est aussi une affaire de génération.

Or, dans les grands médias télévisés de France, France 2 en particulier, ces aspects peut être périphériques ou collatéraux de la guerre que conduit « Moi Président » au Mali ne sont ni montrés ni même évoqués. D’ailleurs à part quelques spécialistes « de la guerre » ces médias ne font intervenir aucun chercheur pour apporter quelques éléments de réflexion. C’est comme si on voulait endormir le peuple : de l’intox avec des produits soporifiques. Mais, considérant la façon dont les ministres de « Moi président » s’installent sur les tribunes et dans les manifestations au sujet du mariage pour tous, on voit bien resurgir la pratique autoritariste des gouvernements de gauche, le PS aurait-il encore la nostalgie du maoïsme ?

Toujours est-il que mis à part l’annonce un peu « vaseuse » de la lutte contre le terrorisme le gouvernement ne dit rien des vrais motifs de cette guerre. Surtout l’opinion publique est tenue à l’écart des effets collatéraux de cette intervention. Qui, à part quelques journaux écrits parlent des pillages et des règlements de compte ? Le journal Le Monde y consacre de bons articles dans son édition du 30 janvier dont voici quelques extraits.

« Les vengeances, les pillages, vont-ils cesser avec la prise de contrôle progressive de la ville par les forces maliennes ? Certains groupes disent redouter les soldats de leur propre armée. »

« A présent, la communauté touareg risque d’être punie pour ces exactions. Au téléphone, Ibrahim ag Mohammed Assaleh s’alarme :  » On m’avertit à l’instant qu’un perclus – boiteux – , Abdoulaye ag Maigo, vient d’être arrêté par l’armée malienne dans le septième quartier. Ils ont dévasté sa maison, et vont l’exécuter. Il faut les arrêter !  » Le responsable des relations extérieures du MNLA dit avoir déjà recensé onze morts dans sa communauté.  » Nous avons aussi entre cinquante et soixante maisons saccagées « , affirme-t-il. »

Deux extraits qui portent en eux une certaine ambigüité de nature à montrer la complexité de la vie au Mali, complexité aussi des rapports sociétaux et doit amener à réfléchir à la légitimité de l’intervention unilatérale de la France. S’il s’agit de régler le problème du terrorisme la méthode est mauvaise : l’histoire, notamment en Afghanistan, le prouve. S’il ne s’agit que de répondre à l’appel à l’aide du président du Mali, c’est un peu curieux après tellement de déclarations contre le système France-Afrique, après le discours de Kinshasa et après les déclarations tonitruants à l’occasion de l’appel du président de la république centrafricaine. Et de ça, les médias télévisés ne parlent pas.

La France ne sombrerait-elle pas vers une douce dictature qui ne dira pas son nom parce qu’on maintiendra des artifices de démocratie mais où règnera la plus totale désinformation donc où la seule parole sera celle du gouvernement ? N’est-ce pas ce que déjà a fait Peillon, Belkacem qui va porter la parole gouvernementale dans les collèges, le ministre de l’intérieur qui animent des meeting en faveur du mariage pour tous… ?

Hollande : Moi Président j’en ai…

L’excellent article de  Jean-François Bayart, directeur de recherche au CNRS, « Chronique d’une faillite programmée au Mali» (LE MONDE du 22.01.2013 http://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2013/01/22/chronique-d-une-faillite-programmee-au-mali_1820681_3232.html ) montre bien à quel point les « Hommes » politiques français ne comprennent rien à l’Afrique. Veulent-ils comprendre ?

La politique  étrangère française, y compris celle de la coopération ou de l’aide au développement, n’est construite que sur une absence de stratégie, tout au plus peut-on relever des actions sporadiques qui n’ont d’autre objectif que de satisfaire tel ou tel dans un court terme. « « Moi Président » en fait aujourd’hui encore une démonstration forte avec l’intervention au Mali qui loin de rompre avec les pratiques de la France-Afrique et celles de ses prédécesseurs notamment Nicolas Sarkosy, au contraire leur emboîte le pas.

La calamiteuse intervention en Libye a libéré le pays d’un dictateur pour le laisser sombrer dans le désordre,  mais l’histoire montre qu’il faut plusieurs décennies pour qu’après une révolution la démocratie s’installe. Sauf que cette guerre là a ouvert les vannes du barrage qui retenait les islamistes intégristes et surtout lâché dans le désert des miliciens aguerris, armés et prêts à en découdre avec tout ce qui s’opposerait à eux, à leur pseudo idéologie, à leur besoin de domination.

Une des conséquences fut l’invasion du nord du Mali. Alors, faut-il les déloger par la guerre ? Si celle de Moi président réussit nous dirons alors qu’il le fallait, si elle échoue « Moi Président » rappellera qu’il est responsable et qu’il assume : son ministre des affaires étrangères lui chantera la « berceuse de peuples » lui qui inventa le « responsable mais pas coupable » dans l’affaire du sang contaminé et dans celle du Rainbow Warrior. L’opportunité des guerres ne se juge qu’à leur issue, du coup l’histoire montre que bien peu sinon aucune n’était ni utile ni nécessaire sauf à flatter l’ego des gouvernants et à enrichir les riches notamment vendeurs d’armes et patrons des industries connexes.

Mais réussies ou ratées les guerres ont des effets dévastateurs sur les populations civiles de plus en plus importants. « Moi Président » dans sa précipitation à organiser son coup de pub  a-t-il une seconde seulement pensé aux enfants, aux femmes, aux hommes du Mali ? Il fallait qu’il montre qu’il en a (on se reportera à l’article de Jacques Julliard (« Hollande aurait dû adopter un ton churchillien » le Monde du 20 janvier 2013 ), et après tout il faut bien que le peuple consente à des sacrifices pour gagner sa liberté. Quelle liberté ? Celle dans laquelle l’Afrique continuera à être soumise à la France ?

En attendant, et je côtoie quotidiennement la mise des gens en Afrique, les femmes continuent d’être violées, les enfants d’être martyrisés, vendus et envoyés à la guerre, et le spectre de la famine et des épidémies reprend force et vigueur comme peut l’illustrer cet extrait d’un article du Monde (23-01-2013) : « Les organisations humanitaires craignent une détérioration rapide de la situation. « La situation n’est pas encore alarmante. Mais, nous ne sommes qu’au début de ce que nous voyons comme une nouvelle situation », indique Zlatan Milisic du PAM. « Des problèmes de pénurie d’eau, d’électricité et de médicaments notamment pourraient vite se poser », indique Michel Olivier Lacharité, responsable des programmes Mali pour MSF. L’organisation Action contre la faim (ACF), qui a pu reprendre cette semaine ses activités à Gao, alerte quant à elle sur les pénuries alimentaires.

« Avec la fermeture de la frontière algérienne et les combats sur l’axe Bamako-Gao, les commerçants et transporteurs auront sans doute de plus grandes difficultés à passer », alors que « la ville de Gao est le plus souvent approvisionnée en nourriture à partir de l’Algérie » voisine, explique l’ACF. Le PAM a également constaté une réduction des transports commerciaux depuis le Niger, bien que la frontière ne soit pas fermée. Seul le trafic fluvial sur le fleuve Niger semble être assuré jusqu’à Mopti, indique Zlatan Milisic. Autre inquiétude soulevée par ACF : « un manque de disponibilité d’argent liquide » du fait de « la fermeture de toutes les banques depuis plusieurs mois à Gao ». »

Mais comme me l’écrivait un de mes parents, qui continue à croire en la gauche comme si « Moi président » était de gauche, pour redresser l’état de la France il faut que chacun comprenne et accepte de faire des sacrifices. Faut-il que ce soit sur le dos des miséreux ? Si c’est oui, alors je ne suis pas de gauche et ma conscience supplantera mon état de fonctionnaire.