Carlos GHOSN : complicité de la France ?

Ce 31 décembre 2019 les télévisions en boucle n’ont que l’évasion de Carlos Ghosn à la bouche, reléguant ainsi la grève et les manifestations contre la réforme des retraites au second plan. Comment ne pas penser qu’une telle affaire arrange bien un président de la République et un gouvernement empêtrés dans une communication et une stratégie de répression policière nullissimes. Voilà qu’à la stratégie du pourrissement vient s’ajouter, grâce aux nouveaux chiens de garde que sont les chaînes de télévision en boucle, la stratégie de l’enfouissement. Or, chacun sait bien que dès lors que les médias ne parlent plus de quelque chose, l’opinion publique se délite et la chose sombre dans les oubliettes de l’histoire. Donc, pour un temps au moins, exit la contestation contre la réforme des retraites, vive l’évasion d’un milliardaire.

Au-delà de la question médiatique, se pose celle du lien possible entre un gouvernement aux abois et l’évasion d’un individu adulé, protégé, par ce gouvernement et visiblement soutenu par les députés LR. On se souviendra de l’extrême lenteur de la réaction de Bruno Le Maire, Ministre de l’Économie, qui a attendu près de quatre mois avant de permettre à Renault de décider de remplacer son PDG et bien entendu il a comme, il se doit, tartiné ses propos d’une bonne couche de présomption d’innocence : « “ J’ai toujours indiqué, en rappelant la présomption d’innocence de Carlos Ghosn, que s’il devait être durablement empêché, nous devrions passer à une nouvelle étape. Nous y sommes”, a déclaré le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, sur LCI (Le Monde 17/02/2019). Et, réagissant à la demande de députés LR qui souhaitaient que la France demande le rapatriement de Carlos Ghosn, Bruno Le Maire « a néanmoins assuré avoir fait « tout ce qui était nécessaire pour que Carlos Ghosn ait la protection consulaire » et « pour que sa présomption d’innocence soit défendue ». (BFM TV 17/11/2019) »

S’il n’y a pas à critiquer le rappel de la présomption d’innocence, une fois de plus on remarquera que c’est un principe à géométrie variable, point n’est besoin de rappeler aux lecteurs le nombre fantastique d’affaire où elle n’a pas été respectée que ce soit par les médias ou par les gouvernements y compris l’actuel. Toutefois on s’étonnera que la France ait besoin de s’assurer que cette présomption d’innocence soit défendue, est-ce que la France croirait que le Japon ne serait pas un État de droit ou que, comme le clame Carlos Ghosn, l’État japonais n’instruirait qu’à charge ? On voit bien là l’envie du gouvernement, donc du président de la République, d’accorder à Monsieur Ghosn une protection particulière. Il se mobilise moins et le Consulat de France au Mali est moins actif à l’endroit de Sophie Pétronin otage depuis le 24 décembre 2016. Que « pèse » une femme médecin fondatrice et animatrice d’une association humanitaire à Gao face à un roi de la finance ?

Vient alors une deuxième question : quelle implication la France a-t-elle pu avoir dans l’organisation et la réalisation de l’évasion de Carlos Ghosn ? Chacun va s’insurger contre une telle interrogation : comment imaginer que ce gouvernement si peu machiavélique, si peu menteur, si peu manipulateur, pourrait-il être impliqué dans une telle opération ? Toutefois, face à cette rocambolesque évasion une foultitude de questions se présente.

Les médias, qui ne sont pas à une approximation près, demandent comment Carlos Ghosn a pu quitter le Japon puis atterrir en Turquie alors que ses passeports lui ont été retirés. C’est une question sans intérêt tant il est évident que dans une telle opération c’est la clandestinité qui prévaut sur tout. Supposons toutefois qu’il ait voyagé au vu de tous, alors soit les autorités japonaises ont consenti à le laisser partir et on se demandera quelles tractations auraient pu avoir lieu entre la France et le Japon pour que subitement le Japon cède. Cette hypothèse n’est pas la plus vraisemblable au regard de la mentalité nippone et surtout à l’impact politique que cela aurait au Japon.

Une autre hypothèse serait que les services de renseignements français, leurs agents en possèdent les compétences et les capacités, aient organisé cette évasion. Depuis l’affaire du Rainbow Warrior[1] la presse ne nous a pas fait connaître d’autres « exploits » de nos services secrets, quoi qu’il en soit des compétences de ces services, il est peu vraisemblable qu’ils soient directement intervenus dans cette évasion. Le Liban, alors ? On sait les liens entre Carlos Ghosn et le Liban, on sait aussi les liens historiques et politiques entre la France et le Liban et notamment ceux qu’entretient Emmanuel Macron avec l’ancien Premier ministre Saad Hariri et à travers lui avec la communauté de la finance libanaise[2].

Il est bien possible que la communauté financière libanaise qui avait organisé une campagne de soutien à Carlos Ghosn, ait organisé son évasion. Toutefois une telle organisation et sa mise en œuvre nécessitent des compétences que n’ont pas les malfrats « ordinaires », peut‑être peut-on les trouver chez quelques mercenaires, mais plus vraisemblablement, parce que cette évasion les arrange, c’est auprès d’États et de leurs services secrets que la clique de la finance aurait pu trouver de l’aide et du savoir‑faire.

Ce n’est pas la famille de Carlos Ghosn toute seule qui a pu prendre en charge cette évasion, les relations entre la famille Ghosn et le locataire de l’Élysée sont suffisamment méconnues pour qu’on ne s’aventure pas à impliquer la France dans cette évasion, du moins par cette implication‑là. Peut-être peut-on avoir un autre regard, et plus de suspicions, pour ce qui serait d’une aide apportée par la France à l’État libanais pour mettre en œuvre l’évasion d’un de leurs plus riches citoyens.

Tout ça n’est que supputations ou hypothèses ; l’histoire seule dira un jour le vrai de cette affaire, dans deux jours, dans dix jours, dans trente ans ou jamais. Il serait surprenant que la presse nous informe vraiment ou seulement pose des hypothèses sérieuses sur les conditions et les commanditaires de cette évasion. Rappelons-nous comment, et cela n’a pas changé bien au contraire sous le règne de Macron, les autorités françaises avaient guidé la presse et manipulé les informations dans l’affaire de Rainbow Warrior[3] : « Dans un premier temps, les autorités françaises tentent de manipuler les médias en multipliant les écrans de fumée. Les ondes et la presse diffusent une litanie de fausses pistes : agents provocateurs, services secrets britanniques ou russes, militants d’extrême droite, barbouzes calédoniennes, etc. ».

En attendant de connaître la vérité sur l’organisation de cette évasion, cette affaire montre ce que le monde de la finance, celui dont est issu Macron et qu’il veut « étatiser » en France, a de plus puant, rappelant la citation de La Fontaine : « Selon que vous serez puissant ou misérable, Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir ». Carlos Ghosn ne sera pas jugé en France, malgré les enquêtes en cours ; s’il devait l’être le gouvernement français prendrait le risque d’une demande d’extradition de la part du Japon, comment Emmanuel Macron répondrait-il à une telle demande ? Déjà, sur la page Wikipédia qui lui est consacrée, consultée le 31 décembre à 15h30 peut-on lire : « Il a en outre déclaré pouvoir enfin communiquer librement avec les médias. », une fois encore la justice, ou ce qu’il en reste, va se déplacer des salles d’audience vers les journaux.

En attendant, cette évasion qui semble avoir eu lieu le dimanche 29 décembre[4], est annoncée par les médias français seulement ce mardi 31, jour où le président Macron doit délivrer ses vœux à une France endolorie par 27 jours de grèves contre une réforme inique ; de quoi mettre du sucre dans la potion amère et calmer la toux de l’opinion publique !


[1] Alors que le navire était en route en 1985 vers Mururoa afin d’entraver ces essais, et qu’il mouillait dans le port d’Auckland en Nouvelle-Zélande, il fut coulé par des agents des services secrets français, déclenchant l’affaire du Rainbow Warrior.

[2] https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2019/09/20/declaration-du-president-emmanuel-macron-avec-saad-hariri-president-du-conseil-des-ministres-du-liban

https://www.20minutes.fr/politique/2171831-20171119-crise-moyen-orient-pourquoi-emmanuel-macron-saisi-cas-saad-hariri

Saad Hariri et ses arriérés français, https://www.liberation.fr/planete/2017/11/16/saad-hariri-et-ses-arrieres-francais_1610615

[3] https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_du_Rainbow_Warrior

[4] « Carlos Ghosn est arrivé lundi 30 décembre à l’aéroport de Beyrouth. Selon le journal libanais al-Joumhouriya, qui a dévoilé l’information, le patron déchu de l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi est arrivé à Beyrouth dans un avion en provenance de Turquie. », selon RTL https://www.rtl.fr/actu/justice-faits-divers/les-infos-de-7h30-fuite-de-carlos-ghosn-la-seule-possibilite-qui-lui-restait-dit-un-ami-7799806126

Mélenchon-Macron où va la justice

Les Français n’aiment pas le désordre et se complaisent si souvent dans le couffin du désengagement politique de peur d’avoir à s’exposer. Aussi, ne se sont-ils pas émus des manœuvres autoritaires contre les Gilets Jaunes ; ni les provocations ni les violences policières ne les ont fait réagir, pas plus que la parodie de justice autour de ce mouvement. Emmanuel Macron et Christophe Castaner ont su, et réussi, transformer un mouvement social en un cataclysme social menaçant la tranquillité du pays, des gens, des consommateurs et surtout mettant en difficulté la croissance économique. On voit bien la stratégie en trois points : premièrement provoquer des réactions de violence grâce à une intervention brutale des policiers, deuxièmement faire pleurer le quidam sur les forces de l’ordre et les commerçants, et enfin distribuer quelques cacahuètes pour faire croire qu’on règle le problème du pouvoir d’achat. La stratégie a bien réussi, les Gilets Jaunes ont été mis au ban de la société par ceux qui ne rêvent que de tranquillité, par ceux qui veulent protéger leurs privilèges, par ceux du microcosme intellobobo aux salaires confortables qui ne comprennent pas qu’on puisse être en difficulté le 15 du mois ni qu’on veuille absolument utiliser une vieille bagnole pour aller au boulot, et ils sont rejetés par ceux qui affectionnent de se contenter des miettes que leur jette le gouvernement.

La condition essentielle pour qu’une telle stratégie réussisse réside dans l’image que le gouvernement donne de lui beaucoup plus que dans les décisions et les actions de gouvernement. Au‑delà de l’image, servie par un arsenal de communication, déifiée du président de la République qui se présente en rédempteur qui sauvera la France du chaos, il faut des actions qui montrent un gouvernement attaché à protéger les gens et à l’écoute du peuple. Les gens se sont sentis écouté dès lors que le Grand débat National a été mis en œuvre et peu importe s’il n’en est rien sorti de tangible ni même de sérieux, une brassée de sucreries a servi de leurre, au moins provisoirement ; peu importe l’essentiel était de donner l’impression que le président écoutait le gens. Ils se sont sentis protégés dès lors que le gouvernement a montré sa capacité à dompter la bête immonde que sont les Gilets Jaunes et leurs soutiens. Les premiers ont été massacrés à coups de balles en caoutchouc et de gaz lacrymogène, la justice s’occupant de finir le travail de la police par des condamnations irréalistes de manifestants et par un incroyable mouvement d’absolution des actions, même les plus odieuses, des policiers. Restait donc à traiter le cas des soutiens

Le principal soutien, en tout cas le plus voyant, des Gilets Jaunes c’est Jean-Luc Mélenchon ; il est aussi le plus dangereux politiquement. D’évidence François Ruffin ne constitue pas une menace pour E. Macron. Le Rassemblement National pourrait en être une, mais E. Macron ne le croit pas vraiment, cependant on a parfois l’impression qu’il a tout mis en œuvre ‑sans doute par précaution‑ pour que le Rassemblement National prenne une figure de parti d’opposition fantoche à sa main. Alors, il faut montrer que ce parti est dirigé par quelqu’un qui manque de rigueur, de sérieux et sous l’emprise de troubles psychologiques. Alors la machine à broyer macronienne se met en route quatre ans après les faits : « Le parquet de Nanterre a requis le renvoi de Marine Le Pen devant un tribunal pour la publication, en 2015[1], de photo d’actes de violence du groupe État islamique. » ; pour bien montrer l’état de difficultés mentales qui seraient celles de Marine Le Pen le juge d’instruction demanda une expertise psychiatrique. Imaginez la satisfaction, la joie, de la majorité présidentielle si son principal, voire seul opposant, pouvait être affublé de l’image de déséquilibre psychique. Et, il y a l’affaire des attachés parlementaires « européens », comme pour le MODEM qui ne semble pas être inquiété par la police, et comme pour JL Mélenchon qui lui subit les foudres de l’action de la Justice mises en œuvre avec une incroyable célérité. Sur ce dernier point Marine Le Pen a joué plus astucieusement que JL Mélenchon en ne s’opposant pas physiquement aux perquisitions. Chacun se souvient de l’esclandre du chef de file de la France Insoumise et de quelques dirigeants du mouvement pour empêcher la perquisition diligentée par le parquet pour une affaire relative à la rémunération des attachés parlementaires « européens » de JL Mélenchon qui a eu tort en manifestant de la sorte sa désapprobation. Bien sûr cette perquisition comme celles chez Médiapart ou au Rassemblement national semblait ne pas respecter les termes de l’article 76 du code de procédure pénale : « Les perquisitions, visites domiciliaires et saisies de pièces à conviction ou de biens dont la confiscation est prévue à l’article 131-21 du Code pénal ne peuvent être effectuées sans l’assentiment exprès de la personne chez laquelle l’opération a lieu. Cet assentiment doit faire l’objet d’une déclaration écrite de la main de l’intéressé ou, si celui‑ci ne sait écrire, il en est fait mention au procès-verbal ainsi que de son assentiment. », notamment s’il s’agit d’une enquête préliminaire, mais la manifestation tonitruante de JL Mélenchon était inappropriée. Pour autant fallait-il le renvoyer devant la Justice « pour actes d’intimidation contre l’autorité judiciaire, rébellion et provocation » ? Sur le fond la réponse ne peut être que oui car les moyens de contestation à la disposition de JL Mélenchon ne manquent pas, mais d’évidence il voulait un coup médiatique. Cet incident met en évidence s’il en était besoin que la politique ne se fait ni au Parlement ni dans les cénacles de pensée mais dans les officines de communication, d’ailleurs désormais les tables rondes des médias télévisés excluent les chercheurs qui ont été remplacés par des « communicants », désormais les vendeurs de lessives et de yaourts sont élevés au rang d’experts en sciences politiques et en sociologie. Dans l’affaire de la perquisition des locaux de la France Insoumise nous avons assisté au choc de communication (de propagande) de ce mouvement contre celle d’E. Macron, la Justice n’étant ici qu’au service ou qu’un moyen de communication. On voit l’ambiguïté dans laquelle se trouve placée la justice ainsi instrumentalisée : qui sert-elle ?

Depuis l’arrivée d’E. Macron au pouvoir la Justice est devenue, comme dans d’autres périodes sombres de notre histoire, clairement au service exclusif du prince et de ses ambitions. Dans le cas de JL Mélenchon les policiers menacent de forcer le passage, dans celui de Benalla ils rentrent au bercail sans mot dire. D’évidence il était hors de propos que Benalla soit inquiété alors on croit la fable selon laquelle il n’avait pas les clés de son appartement et on veut que le quidam croie la version d’A. Benalla paré par l’Élysée de tous les caractères d’un parangon de vertu aussi, donc on va s’attaquer à un journal soupçonné de s’opposer au Pouvoir dans cette affaire. Alors le procureur ordonne une perquisition de Médiapart sans que le directeur en soit prévenu, pire le procureur savait que ce directeur était retenu à une audience devant un tribunal pour une autre affaire. Un livre ne suffirait pas à dire toutes les distorsions dans le traitement judiciaire des affaires proches de la politique, et l’extrême lenteur dans le traitement de celles qui touchent le pouvoir macronien : Richard Ferrand, Alexis Kohler, Muriel Pénicaud, Ismaël Émélien, et la décision de classer sans suite l’affaire des hauts fonctionnaires en poste à l’Élysée dans le cadre de l’affaire Benalla : tous sont blanchis en même temps que la vierge élyséenne voit sa virginité confirmée (cela ressemble beaucoup à une chirurgie réparatrice de l’hymen). Le renvoi, après une enquête tellement rapide et basée seulement sur les témoignages des policiers, de Jean-Luc Mélenchon devant un tribunal, alors que toutes les affaires où sont impliqués les proches du pouvoir traînent jusqu’à se faire oublier, montre bien la mainmise de l’Élysée sur la Justice et sa volonté d’assassiner politiquement La France Insoumise. D’ailleurs relevons que l’annonce du renvoi de Jean-Luc Mélenchon n’a été faite que par un journal : l’Express qui titrait « Mélenchon bientôt jugé en correctionnelle » (Laurent Léger, publié le 27/06/2019, site de l’Express).

 

L’Express, journal ni gauche ni droite, a comme directeur de la rédaction par Christophe Barbier dont on peut mesurer à chacune de ses interventions sur BFM sa proximité intellectuelle avec le macronisme. Pour Christophe Barbier le journalisme doit être engagé mais non partisan, soit mais il demeure que suivant l’intensité de l’engagement idéologique ou intellectuel (au choix) on finit par donner l’image de son adhésion. Cette position peut être assez contradictoire avec l’idée qu’il développe selon laquelle la mission d’un journal, plus particulièrement d’un chroniqueur, est d’offrir un « maximum d’éléments » aux lecteurs « pour qu’ils puissent éclairer et former leur jugement », et qu’il ne doit « donner aucune consigne de vote » ; une telle démarche implique l’usage de propos contradictoires et exclut l’engagement : ça s’appelle l’information (objective). En 2013, lors du débat sur le travail dominical, il se déclarait en faveur de la déréglementation du travail le dimanche et dénonce le « respect stupide du droit ». Il recommande aussi la suppression de la cinquième semaine de congés payés pour les salariés. Ce sont là des positions partisanes car elles relèvent d’un parti pris idéologique ou intellectuel qui ne laisse pas place au doute et à la contradiction, d’autant que Monsieur Barbier dans ses interventions n’exprime jamais le pour et le contre, son discours est univoque. Il confirmait sa position en déclarant au Journal du Dimanche[2] en 2017 : « Se confronter au terrain pollue l’esprit de l’éditorialiste. Son rôle est de donner son opinion, d’affirmer ses certitudes, par essence improuvables. Afficher avec force ses convictions permet aux lecteurs de s’y frotter pour former les leurs. » et « L’éditorialiste est comme un tuteur sur lequel le peuple, comme du lierre rampant, peut s’élever. », les gens pleins de certitudes, détenteurs de la vérité, sont extrêmement dangereux, l’histoire de l’humanité regorge d’exemples. C’est donc le journal qu’il dirige qui annonce, semble-t-il avant que l’intéressé en ait été officiellement informé, le renvoi de JL Mélenchon devant un tribunal. Voilà donc qu’un journal devient huissier de justice et porte les convocations à comparaître ; la Justice se réduit de plus en plus sous l’ère Macron à l’espace médiatique comme je l’explique dans mon livre « Gilets Jaunes[3] ».

Revenons sur le fond de l’affaire où une fois encore le pouvoir met en scène les policiers en nous invitant à pleurer sur leur sort. La véhémence de JL Mélenchon aurait meurtri et blessé les policiers d’une façon telle que leur santé mentale en serait gravement ébranlée. L’avocat de l’un de policiers a déclaré : « Cette affaire a eu des répercussions graves sur le plan psychologique pour les enquêteurs, qui sont avant tout des êtres humains. » Il est bien évident que les Gilets Jaunes, ou les blessés collatéraux, qui ont perdu un œil, une main ou un pied à la suite de violences policières, ou les gamins de Mantes-la-Jolie agenouillés deux heures durant les mains sur la tête sous la houlette de policiers, ne sont-ils pas des êtres humains. La différence entre eux est que les premiers ont choisi d’exercer un métier difficile alors que les autres ne font que manifester leur désarroi, leur colère, leur envie d’un monde meilleur ; d’un côté il y a la force, et ici aujourd’hui la violence, fussent-elles celles de l’État et donc légitimes (?), de l’autre il n’y a que plainte et faiblesse. Cet avocat d’ajouter que « Ce procès va permettre de mettre en lumière les difficultés que subissent les membres des forces de l’ordre et les souffrances que cela peut engendrer chez eux », pôvre avocat qui n’a jamais vu une pièce de Guignol. Ne lisez pas que je minimiserais les difficultés physiques et psychologiques auxquelles sont confrontés les policiers et les gendarmes, mais aussi les militaires, les sapeurs-pompiers et les personnels des hôpitaux, et plein d’autres ; le propos n’est pas là car ce procès ne résoudra aucune de ces difficultés et que ce qu’il veut montrer ce n’est que l’autorité du pouvoir en se servant de la défense de son bras armé qu’est la police comme on se sert d’une image en communication, rien d’autre ; il ne s’agit ici, pour le pouvoir, de se donner une image « d’autorité » et de rassurer les peureux et les tenants de l’ordre.

À travers cette affaire on mesure l’emprise que veut avoir E. Macron sur les gens et la société pour façonner le pays suivant ses seuls désirs au service du capital. Alors il manipule l’opinion par des jeux de communication pas toujours honnêtes (la conduite du Grand Débat en a été une illustration) : de la propagande, et par l’instrumentalisation de la Justice. En France, désormais la Justice n’est plus au service des femmes et des hommes, elle est au seul service du prince et ne fait que répondre à ses ordres pour satisfaire ses désirs de puissance et de paraître.


[1] https://www.nouvelobs.com/justice/20190301.OBS1046/images-de-daech-sur-twitter-vers-un-proces-pour-marine-le-pen.html

[2] https://www.lejdd.fr/Societe/christophe-barbier-se-confronter-au-terrain-pollue-lesprit-de-leditorialiste-3294632#xtor=CS1-4

[3] Latouille JJ, Gilet Jaunes, Iggybook, avril 2019.

Sauver le soldat Mélenchon !

Ce titre peut paraître tonitruant et exagéré. Je laisse à chacun le soin de savoir si ce titre est vraiment tonitruant et exagéré dans sa rédaction, dans son intention, dans sa capacité à provoquer de la réflexion. Quoi qu’il en soit l’intention dépasse très largement le cas « Mélenchon » dont je pense fortement et sans restriction qu’il n’a pas bien agi lorsque la police, dans le cadre d’une enquête ouverte depuis plusieurs mois, a perquisitionné. Mais le personnage est ainsi, égocentrique et souvent à la limite de la paranoïa. Aussi, rien d’étonnant à ce que ces perquisitions aient été pour Mélenchon l’occasion d’une mise en scène, d’une théâtralisation et d’une tentative de victimisation. A-t-il tort ? Cela ne se retourne-t-il pas contre lui ?

En termes d’action politique et de communication, dans cette affaire, Mélenchon est dans l’erreur, il a tout faux ! En agissant ainsi il a montré deux choses de nature à le déconsidérer en tant que candidat à l’élection présidentielle de 2022 et à affaiblir son discours. D’abord s’il s’agit d’un « pétage de plombs » il montre qu’il manquerait de sang-froid, ce qui laisse à penser qu’il ne pourrait pas efficacement gérer une situation de crise. Dès lors la question est de savoir si les citoyens peuvent confier leur destin à quelqu’un d’aussi impétueux. Deuxième chose, sa réaction et sa mise en scène interrogent sur la façon dont il conçoit la République, le rôle et le fonctionnement de ses institutions. On ne peut pas, d’autant plus quand on est député, rejeter l’action de la justice et de la police de la façon théâtrale qui fut la sienne. On peut contester par des voies légales, ou alors il faut se mettre délibérément en dissidence ou en état de faire une révolution, l’histoire de notre pays regorge d’exemples. Il ne m’apparaît pas que ni Mélenchon ni les élus de la France Insoumise en soient là. Un coup de théâtre pour montrer que l’opposition, Mélenchon en particulier, est l’objet d’une chasse aux sorcières ne suffit pas à s’attirer l’adhésion des citoyens, peut-être même cela pourrait les rebuter et les éloigner du mouvement. Ce risque est d’autant plus grand que la France Insoumise, comme La République en Marche, ne dispose pas d’un socle d’adhérents militants très vastes ; ce sont des mouvements qui bénéficient plus de sympathisants que de militants ancrés dans une idéologie et des convictions. Ce n’est pas le cas pour le Rassemblement National où l’ancrage des militants est vaste et fort ; malgré cela Marine Le Pen a été plus prudente dans sa communication et a fait preuve de beaucoup plus de finesse dans la gestion des situations analogues. Pour autant elle n’a pas gommé dans sa communication que le Rassemblement National aurait été victime d’une stratégie d’élimination fomentée par le pouvoir en place.

Au-delà de la réaction des personnages très différente de l’une à l’autre, le fond des situations demeure et il y a trop de similitudes entre elles pour que cela n’interroge pas sur l’état du fonctionnement politique et institutionnel de la France et son évolution depuis mai 2017.

Chacun se souvient de l’Affaire Fillon, mais se souvient-on bien de la façon dont cette affaire s’est développée en un temps record. Après son déclenchement à la suite de la dénonciation par le Canard Enchaîné d’un supposé emploi fictif de Pénélope Fillon comme attachée parlementaire de son mari, les médias ont été pris par une sorte de prurit : tous les jours quand ce ne fut pas plusieurs fois par jour, une nouvelle information était communiquée. Si l’on voit bien, comme l’a dit Isabelle Barré (la journaliste du Canard à l’origine de l’affaire) comment un journaliste peut tirer les fils de l’écheveau, il y a des informations pour lesquelles on ne voit pas très bien de quel écheveau elles proviennent ni comment on a pu les en extraire. Qui alimentait la presse en informations ? Quoi qu’il en soit de ce travail d’investigation, qui avait intérêt à ce que le Parquet Financier ouvre avec tellement de célérité une information judiciaire à l’encontre d’un candidat à l’élection présidentielle et que la mise en examens de François Fillon intervienne tellement opportunément pour lui barrer la route d’une victoire électorale ? Et voilà, alors que depuis 21 mois on ne parle plus de l’affaire, quoi de plus naturel puisque François Fillon a disparu de la scène politique, tout à coup on apprend qu’un des protagonistes qui est loin d’être une oie blanche, décide, après discussion avec le procureur, d’accepter la procédure du plaider coupable. Un revirement dans lequel la presse s’engouffre pour prouver son innocence dans le traitement de l’affaire en 2017. Mais peu importe car tous nous savons que la presse et les journalistes sont, sans exception aucune, intègres et scrupuleusement honnêtes. Que personne ne s’avise de les critiquer sinon au risque de devinrent leur bête noire. Après Fillon voilà que Mélenchon se jette dans la moulinette médiatique, assurément les journalistes ne le lâcheront plus et tant les policiers que les juges sauront alimenter la presse pour que l’hallali arrive avant a prochaine échéance électorale. On voit d’ailleurs comment le revirement d’un protagoniste de l’affaire Fillon éclaire à nouveau une affaire pour laquelle la très grande majorité des citoyens n’a plus d’intérêt. Ici, comme en 2017, c’est moins la méthode, le principe ou l’idée qui importent que la temporalité ou plus exactement l’opportunité du revirement qui va amener l’attention des citoyens vers l’affaire dont ils n’espèrent même plus le dénouement ; ils n’ont pas voté pour Fillon qui a disparu de la scène politique, dont acte et on n’en parle plus dans les chaumières. Mais, en matière de communication le plaider coupable d’un des protagonistes de l’affaire porte à croire qu’il y avait bien une malversation et que conséquemment « l’ancien monde » était bien aussi mauvais que le dit « le nouveau monde ». Quel beau travail le procureur a fourni en permettant ainsi au « nouveau monde » qui bat un peu de l’aile, de faire oublier qu’il est malade. Car avec seulement 29 % d’indice de satisfaction on est malade. Lorsque la presse, à tort ou à raison, s’empresse de communiquer l’information elle devient, qu’elle le veuille ou non, le vecteur majeur de la communication (ou de la propagande) du « nouveau monde ». Et, ça tombe bien ce « plaider coupable » au moment où on s’attaque aux finances de Mélenchon qui, malgré son ripolinage, demeure un représentant de « l’ancien monde », tout comme Marine Le Pen. Ces deux-là font figures de survivants là où les autres ont disparu, tous les autres sauf les caméléons qui ont su s’adapter et prendre les couleurs du parti majoritaire. Alors, ne faut-il pas abattre dans une chasse à courre sans pitié les derniers survivants ? Peu importent les moyens utilisés pourvu qu’il soit fait place nette pour faire oublier les affaires nauséabondes du « nouveau monde ».

Comment se fait-il qu’on ne parle plus de l’affaire des attachés parlementaires du MODEM, une affaire identique à celle du Rassemblement National, l’excuse de proximité du président du MODEM avec le seigneur de l’Élysée ne peut pas être recevable par les citoyens ? Pourquoi l’affaire Ferrand, nouveau président de l’assemblée nationale et ami de Macron, traine-t-elle tellement en longueur et d’ailleurs comment se fait-il qu’il ait pu accéder à cette fonction ? Pourquoi ne voit-on pas avancer les affaires impliquant des ministres et de proches collaborateurs du président de la République ? Et, que penser de l’affaire Benalla et de la façon dont un ministre et tant de hauts fonctionnaires sont venus mentir, sous serment, devant les Sénateurs de la commission d’enquête ?

On ne peut que penser que la police et la justice sont habilement dirigées par le prince aux seules fins de servir ses ambitions en éliminant de la course tous les opposants. Là où Mélenchon se trompe, c’est que ce n’est pas dans une illégalité des procédures que les choses se passent, c’est dans la divulgation d’informations, habilement distillées, que se situe le poison. Et la presse, au prétexte de liberté et de démocratie, se fait complice de cette stratégie de bas étage digne des pires républiques bananières. C’est là un vrai dilemme, faut-il ou non publier les informations communiquées par la police ou la justice sans indiquer leur source ? Le fait que Médiapart ait publié les contenus des perquisitions faites chez Mélenchon seulement deux jours après qu’elles aient eut lieu, montre bien la source policière, ne pas le dire est une faute morale, une tentative de tromperie comme les yaourts bourrés d’antibiotiques que les fabricants ne signalent pas sur les pots. Mais cette publication montre la capacité du pouvoir à manipuler l’opinion à travers la presse. On s’étonnera que les journalistes ne nous disent jais rien des affaires « dormantes » : pourquoi dorment-elles, qui a intérêt à ce qu’elles dorment ? La presse est aujourd’hui plus puissante que la politique, Mélenchon pour avoir critiqué les journalistes, surtout ceux de la presse d’Etat, va être massacré et Macron ainsi que les autres de « l’ancien » comme « du nouveau » monde en jouent en poussant des cris d’orfraie.

Mais, Macron a beau s’étouffer dans sa virginité politique de créateur du « nouveau monde » il ne convainc plus personne. Lui qui a soutenu Benalla et les fonctionnaires qui l’ont protégé, qui protège ses ministres et collaborateurs pourtant convaincus de malversation, lui qui a déclaré que le pouvoir de nommer les procureurs n’appartient qu’au président de la République et qui a retoqué toutes les propositions présentées par la Garde des Sceaux, comment peut-il espérer que les citoyens puissent apporter un quelconque crédit à sa déclaration faite à Bruxelles (Le Monde du 20 octobre) : « Nous avons une Constitution, elle est claire, l’autorité juridique est indépendante dans notre pays et j’en suis le garant, pour tout le monde. Et n’en déplaise à certains, il n’y a pas d’exception ». Malheureusement chaque jour nous constatons les exceptions que sont les affaires des proches de Macron, et comment parler d’indépendance de l’autorité juridique alors qu’il a la main sur la nomination des procureurs et qu’il souhaite, à l’occasion d’une prochaine réforme, diminuer le rôle des juges au profit des procureurs ainsi que supprimer les jurys populaires des procès d’assise.

On voit bien qu’il s’est agi dans cette affaire Mélenchon, comme dans celle de Marine Le Pen que les juges voulaient envoyer devant des psychiatres comme au temps où Staline régnait, d’une opération de basse police politique largement relayée et jamais critiquée par une presse désormais soumise à « l’ambiance générale ». Pourquoi la presse poursuit‑elle de ses assiduités les opposants à Macron qui peut-être méritent que la justice s’intéresse à eux, et ne fait jamais de même (ou rarement comme le fait Médiapart) aux suppôts du pouvoir macronien ? Isabelle Barré disait que Fillon n’avait pas bénéficié d’un autre régime d’investigation que celui fait, depuis toujours, aux autres candidats, où sont les traces des investigations concernant les revenus du couple Macron-Trogneux et du financement de sa campagne ?

Vouloir sauver le soldat Mélenchon, c’est vouloir sauver la République et la Démocratie en redonnant aux citoyens le pouvoir, notamment le pouvoir de choisir à qui ils confient leur destin. La démocratie ne se réduit pas à la liberté de la presse et surtout pas à l’hégémonie du discours journalistique. Mélenchon n’a sans doute pas été très habile, mais heureusement que dans notre histoire nous avons eu des Mélenchon pour faire naître et prospérer la démocratie ; craignons d’être aujourd’hui dans une période de recul.

 

Hollande réinvente la loi du talion.

Le droit de grâce est inscrit dans la constitution : est-ce une bonne chose pour la marche de la société ? Sans doute l’était-ce à l’époque où il fut inventé, les circonstances l’exigeaient peut-être. Aujourd’hui, compte tenu de l’abrogation de la peine de mort et au regard de l’usage qu’en font les présidents de la République, le principe de la grâce présidentielle devrait être revisité et sans doute réformé.

L’usage incohérent que vient d’en faire François Hollande en le mettant en œuvre en deux temps montre deux choses : sa détestation de l’organe judiciaire et sa sensibilité à l’opinion publique notamment si elle est mue par le monde du show-business. On sait ce que pense F. Hollande de la Justice depuis la publication de ses confidences dans « un président ne devrait pas dire ça ». Lorsque des confidences de cette nature sont supplémentées par une action aussi forte que la grâce accordée à Mme Sauvage, le président discrédite totalement l’action judiciaire et la notion même de justice telle que l’avaient voulu les fondateurs de notre République. Aujourd’hui F. Hollande a éteint le principe de séparation des pouvoirs et fait du président un monarque au pouvoir absolu. Il avait bien montré cette propension par un usage effréné du 49‑3 et par l’opportunité de mise à l’écart des opposants à ses projets grâce aux assignations à résidence permises par l’État d’urgence, il en a fait un usage sans limite au moment de la COP21. Mais voilà F. Hollande a besoin, comme tout homme de pouvoir, d’être aimé « par le peuple » ; alors faute d’avoir pu le faire en montrant une autorité naturelle ou acquise par l’expression de compétences, il joue sur le registre de l’émotion.

On sait l’attachement de François Hollande au monde du show-business et aux médias, on connaît son engouement effréné pour les commémorations et la réduction de sa raison politique au niveau de la seule compassion. Mais au-delà du cas F. Hollande qui va, heureusement, quitter la scène politique, c’est le fonctionnement de la gouvernance de l’État qui doit être posée. Est-ce qu’un pays peut n’être gouverné que par l’émotion ? Dans le cas de cette grâce on voit comment deux avocates qui échouent au prétoire, retournent la situation en médiatisant l’affaire et en discréditant les jurys populaires devenus inhumains aux yeux de l’opinion publique, on voit comment quelques actrices qu’on entend jamais dans les causes humanitaires, s’emparent de cette affaire et transforment 400 000 signatures d’une pétition en ce qui serait « l’opinion de tous les Français ». Tous les politiciens s’engouffrent, y compris Florian Philippot, s’engouffrent sur ce chemin de peur de perdre des voix aux prochaines élections. Mais, quel sens à tout ça, quelle raison dans tout ça ?

On ne peut pas méconnaître la souffrance de Jacqueline Sauvage ni celle de ses filles, pour autant peut-on accepter que quelqu’un se fasse justice ? F. Hollande vient de réhabiliter la loi du talion. Il faudra expliquer au buraliste qui a abattu un voleur que lui, il doit rester en prison, et on pourra multiplier les exemples car ils sont un certain nombre dans ce cas à être aujourd’hui dans nos prisons. De quoi Mme Sauvage est-elle le symbole ? Certainement pas de la cause des femmes ; dans une société on ne devient pas un symbole parce que la présidente d’une association l’a décidé. Par contre dans l’histoire de l’humanité elle restera à côté de F. Hollande comme le marqueur d’un changement de conception de la justice dans la République française. Désormais nous sommes dans un processus, dans lequel les médias ne sont pas innocents, où ce n’est plus la société qui réclame justice mais des groupes ou des individus qui réclament réparation parce que leurs droits seraient supérieurs à ceux de la société. Cette grâce présidentielle, faite uniquement d’intérêt personnel d’un président qui veut laisser une « bonne image de lui » et justifiée uniquement par la compassion, met à bas tous les garde-fous démocratiques. Le président voulait lutter contre les clivages induits par son prédécesseur, le délitement de l’espace public et des liens sociaux n’y contribue pas d’autant moins que les médias font leurs choux gras de toute affaire individuelle comme si elle était sociétale et jouent surtout sur l’émotion pour augmenter leur audience. La Raison n’est plus de ce monde !

 

 

Les médias pensent-ils « éthique » ?

Je n’ai aucune affection particulière, ni en bien ni en mal, ni en douleur ni en plaisir, pour Monsieur Jean-Marc Morandini, je ne me souviens même pas l’avoir vu à la télévision, aussi est-ce sans attache que je m’insurge contre ses adversaires, mais je ne suivrais pas pour autant ses thuriféraires. Pourtant je vais donner l’impression que je soutiens sans condition Monsieur Morandini à propos duquel je n’ignore pas les accusations dont il fait l’objet ni sa mise en examen par la justice.

Je pense que nous devons nous insurger avec véhémence contre l’attitude de ceux qui veulent bloquer son arrivée à iTélé. Pour l’instant Monsieur Morandini n’est reconnu coupable de rien au sens de la loi, il est, si j’ose dire, seulement accusé et la justice, pour y voir clair, a souhaité le mettre en examen, à moins que ce ne soit lui-même qui l’ait souhaité pour avoir accès au dossier d’enquête, et la justice n’a prononcé aucune autre mesure à son encontre que ce soit une incarcération préventive ou une assignation à résidence. Je m’insurge contre ce qui apparaît comme un lynchage médiatique au nom du principe d’innocence dont doit bénéficier tout accusé avant qu’il soit condamné ou acquitté.

Alors comment se fait-il que des journalistes, pourtant si soucieux de leur liberté, s’érigent en juges et rejettent avec autant d’éclat l’embauche de Monsieur Morandini sur cette chaîne de télévision ? Leur argumentation est recevable sur le plan du principe moral attaché à la profession si toutefois nous avons la certitude que les accusations portées sont vraies et les faits avérés : « « Cons­ter­née » et « sous le choc », la SDJ s’est réunie deux fois ce vendredi et a publié un commu­niqué dans lequel elle demande à sa direc­tion de reve­nir sur sa déci­sion » : « L’arri­vée de Jean-Marc Moran­dini est inac­cep­table […] Notre métier repose sur la crédi­bi­lité. Celle d’une rédac­tion, celle de ses jour­na­listes. Sur notre image. Sur une déon­to­lo­gie. C’est notre bien commun. Sans préju­ger de sa culpa­bi­lité, en respec­tant sa présomp­tion d’inno­cence, il est évident que la présence de Jean-Marc Moran­dini enta­chera l’image de la chaîne et de ses jour­na­listes ». Du moins, cette motion pourrait être acceptable si les médias étaient des parangons de vertus. Comment se fait-il qu’un des soutiens, personnalité célébrissime, n’a été que peu vilipender par ces confrères alors qu’il contrevenait à la loi : conduire sans permis et sans assurance. Quelle image donne-t-on aux jeunes ? On me dira que l’ampleur du délit n’est pas le même, certes mais l’atteinte à l’éthique demeure car une star des médias c’est avant tout quelqu’un qui donne à voir ce qui est fait, ce qui devrait être fait. Les médias proposent des modèles qu’ils le veuillent ou non. Les médias ont un rôle éducatif qu’ils le veuillent ou non. L’éducation est consubstantielle au fonctionnement des médias.

Il y a maintenant de nombreuses années que les médias, journaux télévisés compris, ont perdu cette vision de leur rôle voire pour certains l’ont rejetée. Mais, depuis quelque temps je trouve que les choses empirent. Les journaux clouent au pilori quiconque est accusé, sans se préoccuper de qui sont les accusateurs, avant même que la justice ne soit intervenue. Les pisse-copie de jadis se complaisaient dans la fange de l’humanité, aujourd’hui ils la créent. On se rappellera ici les nombreuses affaires d’agression antisémites qui se sont dégonflées au bout du tapage médiatique, les témoignages d’opportunité qui se sont avérés faux, etc. Toutefois, les médias choisissent leurs victimes à tel point qu’on est en droit de se demander s’il n’y a pas du règlement de compte, un compte flou où se mêlent conflits entre personne, désir de paraître, mal-être personnel… Et l’observation du processus d’incrimination, telle la vindicte populaire, oublie le plus souvent de s’étendre sur la décision de justice ; on passera des heures avant le jugement à expliquer que l’accusé avait toutes les raisons d’être un jour accusé, mais sa condamnation avec l’explicitation des attendus de justice n’occupera que quelques minutes, quant à un acquittement ou un non-lieu le plus souvent on ne lui consacrera que quelques secondes quand on en parle.

Si tel ou tel journaliste met en avant une clause de conscience (qu’il dise laquelle) qui l’empêche de travailler avec Monsieur Morandini, alors qu’il démissionne. Dans cette affaire on a l’impression, vu de la place du quidam, que la conscience du monde des médias est à géométrie variable. Car enfin quel est le journaliste qui a mis sa démission en avant lorsqu’eut lieu ce qu’on appelle un peu trop pudiquement des dérapages dans certaines émissions ?

Que penser des incidents avec Monsieur Jean-Michel Maire, qui explique ne pas avoir « saisi sur le moment la portée » de son geste, réfute néanmoins toute agression sexuelle. « Ça m’a blessé, surtout la violence des mots […] Le terme d’agression m’a énormément choqué. » Mais est-ce important puisque la jeune femme, Soraya Riffi, est revenue dans l’émission : « Si je suis là aujourd’hui c’est parce que Jean-Michel Maire m’a quand même présenté des excuses que j’ai acceptées. » Finalement ne devrions-nous pas nous apitoyer sur le sort de ce « chroniqueur » : « Je suis désolé d’avoir choqué. J’admets aisément être un gros lourd mais je respecte réellement les femmes. @jmmaireofficiel #TPMP »

Que penser de « Mais ferme ta gueule ! Quel bouffon celui-là ! » Ces propos sont sortis de la bouche de Cyril Hanouna, mardi 27 septembre sur le plateau de Touche pas à mon poste à l’adresse de son chroniqueur Matthieu Delormeau. Mais de retour sur le plateau de l’émission jeudi 29 septembre, le chroniqueur a pris la parole pour faire taire les rumeurs et c’est déguisé en Spiderman que Cyril Hanouna a ouvert l’émission en demandant à son collègue : « Franchement, Matthieu, est-ce que vous avez été blessé ou pas ? Dites la vérité, je ne me vexerai pas. » Et ce dernier de répondre : « Non, franchement non. Tout ça est regrettable parce que c’est très drôle. » Avant d’ajouter, en parlant de l’animateur : « On se voit aussi en dehors, on a passé un week-end ensemble. Et quand il n’y a pas de caméra, c’est le même : il est aussi taré, il est aussi débile, on se fait les mêmes vannes. »

Que penser de cette animatrice qui bouffonne sa collègue à propos de son transsexualisme, laquelle finira par dire le lendemain que ce n’était pas grave. Eut-elle dit le contraire qu’elle risquait d’être mise à l’index par la profession car dans ce milieu plutôt libre en matière de comportement sexuel on n’accepte pas tout, surtout quand ce « tout » n’est pas soi.

Que penser du CSA demande à Jean-Jacques Bourdin de « maîtriser » son antenne suite aux propos sur les « nègres » de la ministre Laurence Rossignol qui avait fait un parallèle entre les femmes qui choisissent de porter des vêtements islamiques et les « nègres » qui étaient favorables à l’esclavage, avant de finalement reconnaître une « faute de langage ».

Certes il n’y a pas de commune mesure, au regard de la Loi, entre ce qui est reproché à Monsieur Morandini et les autres affaires citées, mais d’une part les médias n’ont pas à orienter la pensée des gens avant que la justice ne se soit prononcée et ils doivent avoir des comportements respectueux des gens car ils rentrent dans l’intimité de nos foyers. Jacques Chancel disait que le rôle de la télévision c’était d’apporter chez les gens ce qu’ils n’auraient pas pensé qu’ils pouvaient voir ; pensait-il en termes de culture ou en termes de vulgarité ?

Aujourd’hui force est de constater que la majorité des journalistes, surtout dans l’audiovisuel, et d’animateurs de télévision, comme d’ailleurs les hommes politiques, n’ont qu’une intelligence réduite au périmètre de leur compte en banque et que le mot éthique n’appartient pas à leur dictionnaire.

 

 

 

 

 

 

Burkini : que dire aux enfants ?

À l’heure où les enfants vont rejoindre leur école et s’inscrire dans un « parcours citoyen » et recevoir de la part des enseignants un « enseignement moral et civique », qu’allons-nous leur dire à propos de la polémique née autour du burkini ?

Comment leur expliquer que les croyantes musulmanes des classes les plus populaires ne peuvent pas fréquenter nos plages en revêtant une tenue « couvrante » alors que les épouses des émirs du Moyen-Orient peuvent librement circuler dans les grands magasins parisiens, niçois et cannois ? La position des maires « anti-burkini » est bien évidemment une atteinte à la liberté de culte, d’opinion et de circuler. L’argument du trouble à l’ordre public ne tient pas face à la privatisation d’une plage méditerranéenne pour le profit d’un prince moyen-oriental, face à un prêtre en soutane, face à un juif avec son chapeau et ses tresses à bouclettes… Pourrai-je dire à ces enfants que nous sommes tous égaux devant la loi ?

Pourrai-je dire aux enfants que dans une république et en démocratie, suivant les valeurs voulues par la République française, c’est le parlement qui vote les lois, que la police et la justice en contrôlent l’application alors que des maires s’autorisent sous des prétextes fallacieux et opportunistes à imposer des mesures de police non conformes à la loi ? Leur dirai-je qu’ils vont grandir dans un état de droit quand ces mêmes maires soutenus par le Premier ministre et le chef d’un des principaux partis politiques appellent à désobéir à une décision de justice ?

Est-ce que dans un enseignement moral et civique j’enseignerais qu’il faut répondre à la provocation par la provocation ?

Nous pourrions décliner le sujet sur de longues pages, mais à quoi bon car dans cette polémique autour du burkini l’éducation des enfants n’a pas de place, les enfants eux-mêmes n’ont pas de place. De quoi se préoccupent les bellicistes sinon de se constituer un électorat soumis, en exacerbant la haine supposée que le peuple aurait du monde musulman et plus généralement de « l’étranger ». Il leur importe peu de diviser le pays, seul leur pouvoir compte. Depuis les propos guerriers outranciers à propos de la France en guerre, les hommes politiques nous ont fait rentrer dans l’ère du soupçon ; aussi ne faut-il pas s’étonner que le burkini soit objet de soupçon et de voir qu’« Une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux montre une conversation entre deux clientes et celui qui apparaît comme le chef d’un restaurant de Seine-Saint-Denis. Il leur demande de quitter les lieux après avoir affirmé que « tous les musulmans sont terroristes » » (L’Express, du 28/08/2016).

Le burkini est sans nul doute utilisé par des extrémistes à des fins de provocation, il l’est par certains plus modérés pour se défendre de l’ostracisation dont ils sont victimes, mais il est aussi un incroyable moyen pour certaines femmes, d’ordinaire recluses, d’aller à la plage.

Avec les élus anti-burkini nous sommes dans cette situation décrite par Woody Allen : « j’ai bien compris la solution, mais quel était le problème ». Or, c’est ce que nous montrons à nos enfants : des solutions, mais des solutions le plus souvent inefficaces parce qu’elles ne répondent pas à l’ampleur du problème. Nos technocrates sont même devenus rois dans la conception de solutions qui ne répondent qu’à l’inexistence de problème. Après ça on s’étonne que les jeunes se détournent des urnes.

Madame Vallaud Belkacem a entièrement et sans restriction raison ; le burkini est insupportable pour nous qui croyons en l’égalité de droit entre la femme et l’homme, mais ce n’est pas par des interdictions restreignant la liberté de vivre son choix religieux et en ostracisant les gens que d’une part on libérera ces femmes et que d’autre part on améliorera la situation de la société. La guerre n’a jamais amélioré ni une société ni l’humanité. Pour reprendre les mots de Mme Laignel-Lavastine (Le Monde, 9 décembre 2015) « dans ce climat de déraison collective faut-il rappeler qu’à chaque fois que le sang coule c’est le FN qui ramasse la mise. » La façon dont ces élus, sous la houlette populiste ou le silence complice des « têtes d’affiche nationales », agissent est indigne d’une république où chacun doit être accompagné pour y trouver sa place.

Que l’islam ait besoin d’une cure de sécularisation comme le fit la religion catholique au 19e siècle, c’est certain. Que la loi, la force, le contraigne à rentrer dans le cadre d’une sécularisation d’État c’est contraire aux principes de laïcité de la République française, et c’est indigne d’elle.

Dirai-je aux enfants, en enseignement moral et civique, qu’il y a des Français qui n’ont pas le droit d’être dans cette école, dans ce pays parce qu’ils ne s’habillent pas comme l’État l’a voulu ?

Cahuzac : allons Hollande du courage !

Pour une fois M. Hollande montrez un vrai courage !

Ne vous contentez pas de « mesurettes ».

L’inégibilité d’un élu pénalement condamné devrait être à vie. Après 10 années hors de l’arène politique il est illusoire d’y revenir, alors soyons honnête et condamnons « pour de vrai ». Avoir menti comme l’a fait Cahuzac relève de la flétrissure ! Monsieur le Président ayez le courage de demander aux parlementaires de voter un texte exemplaire comme vous souhaitiez –bien imprudemment ou bien naïvement- que la République (la vôtre) le soit.

Monsieur le Président arrêté de nous rabattre les oreilles avec l’indépendance de la justice qui ne serait effective à 100% que si les juges rentraient le soir chez eux à l’isolement comme les prisonniers ou les moines. Comment voulez-vous faire mieux que ce que dit la loi actuelle quant les magistrats partagent les mêmes cocktails que les journalistes et les hommes politiques ? Par miracle vous qui êtes si laïque, ferez que les rencontres et les pressions amicales disparaissent. Foutaise qu’une nouvelle loi. La magistrature française est sans doute l’une des meilleures au monde bien qu’elle ne puisse pas être exempte d’erreur ; les magistrats e sont que des hommes. Peut-être que, malgré le coût, il eut fallu maintenir l’expérience des jurés populaires en cours correctionnelle ?  Mais, une réforme sarkosystes ne pouvait pas trouver grâce à vos yeux « d’homme juste ». A votre décharge la cour des comptes vous a aidé dans votre décision, largement accompagnée par les syndicats de magistrats de gauche qui vivaient si mal d’être sous le regard des usagers de la justice.

Vous n’avez pas, du moins officiellement, donné d’instruction pour la mise en examen de Mr Sarkosy dont une semaine avant vous annonciez à un jeune garçon qu’on ne le reverrait plus. En quoi l’affaire Cahuzac vous fait-elle penser que la justice aurait été instrumentalisée ? Vous n’étiez pas dans cette pensée pour d’autres affaires notamment quand des élus de droite étaient impliqués.

Quand à la présomption d’innocence, c’est quand ça arrange et surtout ça sert à couvrir les copains. Comment pouvez-vous soutenir que vous n’étiez au courant de rien dès lors que Médiapart avait publié son article ? N’avez-vous pas saisi les renseignements généraux ? Ne vous ont-ils pas spontanément apporté une note d’information ? Au-delà de l’amitié, au-delà de la présomption d’innocence, quand on exerce vos responsabilités –si jamais vous arrivez un jour à les exercer- on a un devoir impératif : celui de vigilance ! Vous avez pour le moins manqué de vigilance et en ça vous, et le premier ministre, êtes responsables d’avoir « couvert » Cahuzac.

Enfin, quelle billevesée que la charte de déontologie évoquée par Ayrault le 2 avril au JT de France 2 ? Elle ne sert à rien puisqu’aucun contrôle sérieux n’a été fait à propos de la déclaration de patrimoine des ministres ; d’ailleurs cette déclaration n’a pas été publiée ou la publication m’aura échappée. S’agissant de la publication du patrimoine des élus, et tous devraient y passer, elle devrait être publiée dans tous les médias, pas seulement au journal officiel car qui lit le JO ? A être honnête soyez le complètement !

Vous voulez être juste et honnête : soyez le en acte, pas seulement en déclaration !