Vérité, informations, place et valeur de l’Homme (1er volet : le malaise « policier »)

Jamais écrire sur la place de l’Homme dans la politique ne m’est apparu comme aussi essentiel. Le décès de Jacques Chirac a été l’occasion pour l’évêque de Paris de prononcer une homélie dans laquelle il a rappelé que l’objectif et la finalité de la politique c’est la recherche du bien commun : « Nous le savons aussi, le bien commun n’est pas l’intérêt général car celui-ci peut supporter le sacrifice et l’oubli du plus faible. » Aujourd’hui le « plus faible » est oublié autant par les politiciens que par les journalistes.

Le plus faible ce n’est pas que celui qui n’a pas d’argent, pas de maison, ni que celui qui est atteint par la maladie ou le handicap. Aujourd’hui, plus que jadis, dans un monde de communication, le plus faible c’est celui à qui on ne donne jamais la parole. Pierre Rosanvallon a très bien parlé de ce « plus faible » dans son livre Le Parlement des invisibles (ed Seuil) : « Le pays ne se sent pas représenté. Les existences les plus humbles et les plus discrètes sont certes les plus manifestement concernées. Mais le problème est plus général et vaut pour toutes les composantes de la société. La démocratie est minée par le caractère inaudible de toutes les voix de faible ampleur, par la négligence des existences ordinaires, par le dédain de vies jugées sans relief, par l’absence de reconnaissance des initiatives laissées dans l’ombre. La situation est alarmante, car il en va à la fois de la dignité des individus et de la vitalité de la démocratie. » Et, mardi 1er octobre sur France Info Monseigneur Aupetit, évêque de Paris, a dit fort justement qu’il pouvait ne pas aller manifester puisque sa parole est portée par les médias mais qu’il ne reste que la manifestation dans la rue pour ceux qu’on n’écoute jamais.

J’ai parlé de ce phénomène social, le refus de prise en compte de la parole des humbles, dans mon livre Gilets Jaunes[1] ; j’expliquais surtout comment les médias plus particulièrement les chaînes d’information en continu et en boucle produisent une information théâtralisée où causes et conséquences sont négligées. Au passage contrairement à ce que peut laisser entendre tout écrit qui généralise comme c’est le cas de mon livre et la recension que l’hebdomadaire Le 7 (à Poitiers)[2], en fait et sincèrement je n’ai aucune acrimonie envers les journalistes en tant que tels, mais je critique fortement la façon dont certains médias, et donc les journalistes qui y travaillent, conçoivent le métier d’informer. Face à cette pratique il me semble que nous ne devrions pas nous étonner d’être dans une société de l’émotionnel et où la politique se limite très souvent à des coups médiatiques et communicationnels. Cela mérite une analyse plus profonde mais, pour l’instant, je demande à mes lecteurs de se contenter de ces quelques rappels d’un contexte social pour tenter de voir qu’elle place la vérité, celle vécue par les Hommes occupe dans notre société politique.

Je propose de cheminer à travers deux exemples contemporains : la crise dans la police et l’incendie de l’usine Lubrizol à Rouen. Le premier volet concernera la crise de l’institution police, le second s’appesantira sur l’incendie de Rouen et sur la faiblesse de la communication aussi gouvernementale que journalistique (précaution oblige : dans certains médias).

Revenons à l’intention initiale qui est d’évoquer la crise de la police. J’ai récemment publié un billet sur mes blogs[3] un billet que j’intitulais « sauvons nos policiers » dans lequel je tentais d’expliquer succinctement les raisons compréhensibles par chacun du malaise chez les policiers et les gendarmes. En même temps je rappelais que tout n’excuse pas tout : le malaise justifié n’excuse pas la brutalité de la répression contre les Gilets Jaunes. Je suis allé jusqu’à écrire que si on peut toujours opposer à un professionnel qui se plaint de son travail qu’il pourrait démissionner, cela n’est pas simple ; qu’est-ce ça veut dire, à notre époque surtout, de quitter son travail et son salaire ? Face à des consignes telles que nous les voyons et à la stratégie de « maintien de l’ordre » du gouvernement et du ministre de l’intérieur la tentation est forte de dire aux policiers de démissionner ou d’exercer un droit de retrait ; la démission je viens d’écrire schématiquement ce que j’en pense, quant au droit de retrait il expose le fonctionnaire qui y recourt à des difficultés incommensurables, jugez-en en lisant l’alinéa 1 de l’article R.435-5 du code de déontologie[4] de la police et de la gendarmerie : « Obéissance,

I. – Le policier ou le gendarme exécute loyalement et fidèlement les instructions et obéit de même aux ordres qu’il reçoit de l’autorité investie du pouvoir hiérarchique, sauf dans le cas où l’ordre donné est manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public.

S’il pense être confronté à un tel ordre, il fait part de ses objections à l’autorité qui le lui a donné, ou, à défaut, à la première autorité qu’il a la possibilité de joindre, en mentionnant expressément le caractère d’illégalité manifeste qu’il lui attribue. Si, malgré ses objections, l’ordre est maintenu, il peut en demander la confirmation écrite lorsque les circonstances le permettent. Il a droit à ce qu’il soit pris acte de son opposition. Même si le policier ou le gendarme reçoit la confirmation écrite demandée et s’il exécute l’ordre, l’ordre écrit ne l’exonère pas de sa responsabilité.

L’invocation à tort d’un motif d’illégalité manifeste pour ne pas exécuter un ordre régulièrement donné expose le subordonné à ce que sa responsabilité soit engagée.

Dans l’exécution d’un ordre, la responsabilité du subordonné n’exonère pas l’auteur de l’ordre de sa propre responsabilité. »

Chacun jugera des difficultés de carrières auxquelles vont être confrontés le capitaine de gendarmerie qui à Nice a refusé de « charger la foule » et le commandant de CRS qui à Nantes a refusé l’emploi des gaz lacrymogènes. Chacun verra qu’exercer son droit de retrait n’est ni simple réglementairement ni évident conceptuellement : à partir de quand considérer qu’un ordre est néfaste à un intérêt public.

C’est ça que des journalistes qui creuseraient leurs sujets pourraient expliquer ce qui permettrait, sans doute, de montrer comment c’est bien le gouvernement qui en donnant une image extrêmement négative (c’est un euphémisme) des Gilets Jaunes en a fait un « objet à abattre » à l’instar des pires Djihadistes. Bien au contraire soit, comme BFM TV, ils emboîtent les pas de la communication gouvernementale, soit ils tombent dans reportages où n’ont de place que les policiers et l’émotion. Ce fut le cas mardi 1er octobre au JT de France2 où un ancien policier est venu dire son malaise. Ce malaise est à entendre mais aussi à relativiser par rapport à d’autres situations professionnelles si on veut qu’il soit compris. Par exemple quand cet homme disait qu’il avait peu de week‑ends de repos, des difficultés à participer aux fêtes familiales, comment cela peut-il être entendu par les personnels des hôpitaux ou ceux de la restauration (pour ne citer qu’eux). Du coup la question ne serait-elle pas celle des effectifs qui est identique pour les hôpitaux ? Mais on préfère faire pleurer le quidam que l’amener à réfléchir. La cause originelle du malaise décrit par ce policier ne se trouve pas dans les manifestions des Gilets Jaunes qui exercent un droit légitime de manifester, c’est la gestion de l’institution policière (sous effectifs, moyens matériels, etc.) et surtout l’absence de réponse de la part du gouvernement ou pire les fausses réponses et les réponses mensongères faites en décembre 2018 qui provoquent ce malaise ; les Gilets Jaunes ne sont qu’un catalyseur que certains médias ont érigé au rang de cause première. Mais gardons bien à l’esprit que ce policier a raison, le problème n’est pas dans la véracité de ses propos mais dans la façon dont ils sont transmis, véhiculés et au bout reçu par les hommes et les femmes qui les entendent à l’aune de leur propre situation. C’est ainsi, que vient le thème du désamour de la police qui a aussi été évoqué par ce policier. Cette question est un vrai sujet pour les sociologues et les historiens que je résumerai par « quand est-ce que les policiers ont‑ils été aimés ? ». Je renverrai vers des études approfondies comme celles de Sébastien Roché qui met bien en évidence dans des comparaisons internationales l’impact dans l’opinion de la différence entre police répressive et police de service ; en France, surtout sous la direction de M. Castaner, nous avons une police qui se montre majoritairement sous un aspect répressif qui de surcroît est revendiqué par certains syndicats de policiers qui bénéficient du plus grand temps d’antenne sur certains médias. Pour faire simple je dirai : « où sont passés les gardiens de la paix ? ». La suppression des commissariats de quartier et celle de la police de proximité (enclenchées sous l’ère Sarkosy) ne sont sans doute pas étrangères au fossé qui s’est creusé entre la police et la population. Et il y a aussi eu la période des confusions avec des mesures grand-guignolesques dans le cadre des politiques de la ville où on demandait aux policiers de jouer les éducateurs comme on continue d’ailleurs de le faire dans certaines politiques scolaires. Je me souviens de ce gamin rencontré (en 1993) en banlieue lyonnaise alors que je faisais mes études de sociologie et à qui je demandais s’il était content que les policiers viennent animer des séances de conduite de moto ; il me répondit ; « tu sais on n’a pas besoin d’eux pour ça, nous, on tire une bécane tous les samedis soir ». Alors les policiers et les gendarmes doivent évoluer dans un cadre flou ou du moins vu flou par les populations ; or on ne peut pas être aimé si on n’est pas aimable, ni être respecté si on n’est pas respectable. Les conditions dans lesquelles le gouvernement fait travailler les policiers et les missions qu’il leur confie ne mettent pas les policiers en position d’être aimables ni d’être respectables.

C’est cette complexité que les médias devraient expliquer plutôt que de rester dans la théâtralisation et l’émotion, c’est aussi de cette complexité dont devraient s’imprégner certains syndicats de policiers qui attisent le feu plutôt que de le calmer, d’ailleurs tout comme certains politiciens. Mais, pour que les journalistes expliquent cette complexité il faudrait que le format des médias change, que la temporalité de l’information soit modifiée en même temps que les journalistes retrouvent leur puissance de curiosité et leur culture du « terrain » ce qui ne les dispensera pas d’avoir des partis pris. Laissons-nous aller à rêver que les journalistes et les syndicats seront touchés par la grâce du respect dû à ceux du « parlement des invisibles » et qu’à l’instar de l’Association professionnelle nationale des militaires de la gendarmerie du XXIème siècle ils sauront dorénavant proposer des analyses éclairées des situations. Celle faites par cette association à propos du suicide chez les policiers et les gendarmes est un véritable bijou d’analyse qui situe merveilleusement bien le problème et peut permettre à tout à chacun de s’emparer sans acrimonie de cette question aussi complexe que grave. Car lorsqu’on évoque sans détailler le 50e suicide de policier qu’est-ce que ça veut dire au regard des 10 000 suicides par an en France ce qui place la France dans le « peloton de tête » des pays européens, plus intimement qu’est-ce que ce chiffre signifie par rapport à la complexité même d’un suicide dont la cause n’est que très exceptionnellement unique. Le suicide c’est quelque chose de particulièrement compliquée à appréhender et ne dire qu’un chiffre brut ne peut qu’être contre-productif quand il est confronté, par ceux qui le vivent, à d’autres professions ; d’ailleurs une étude de Santé Publique France montre que les secteurs où les travailleurs sont les plus touchés par des idées suicidaires sont, par ordre décroissant, l’hôtellerie-restauration (où on travaille quand les autres se reposent), les métiers des arts et spectacles puis l’enseignement. Ne pas être clair, ne rêvons pas d’exhaustivité, dans l’information donnée sur ces sujets ne peut pas contribuer à revaloriser l’image des policiers dans l’opinion publique. Les policiers doivent être respectés, les femmes et les hommes en ont aussi le droit et ce respect passe par une information « juste » non théâtralisée et qui sait se mettre à distance du tout « émotionnel ».

Ce type d’information on le trouve dans l’analyse du suicide[5] que propose l’Association professionnelle nationale des militaires de la gendarmerie du XXIème siècle, je n’en ferai pas l’analyse, chacun des lecteurs pourra la lire et analyser à l’aune de sa vie et de ses connaissances et actualiser les données ; je me contenterai à titre de conclusion de ce billet d’en livrer deux très courts extraits.

« La surmortalité par suicide touche l’ensemble des forces de l’ordre, avec en 2015 une correction à la baisse dans la police (par rapport à un « plus haut » historique en 2014 et un retour à la hausse dans la gendarmerie. Les taux de mortalité par suicide passent de 38,5 à 31,5/100.000 en PN et au contraire de 23,1 à 26,3/100.000 chez les gendarmes. Mais cette surmortalité par rapport à la moyenne de la population française sur 10 ans (16,8/100.000), présentée dans le graphique ci-dessus, est en partie trompeuse, parce que les forces de sécurité comptent en proportion bien moins de femmes que la population française et aucun enfant… or les taux de suicide sont bien plus faibles chez les femmes, et extrêmement faibles chez les plus jeunes.

La question qui se pose est donc de savoir, si la surmortalité des gendarmes et policiers est seulement liée au fait qu’ils sont plus souvent des hommes dans la force de l’âge…

On constate donc bien que le taux de mortalité par suicide des gendarmes et policiers reste, presque chaque année, supérieur à la population générale française même si elle était composée exactement suivant la même répartition en âge et sexe que les effectifs des forces considérées. Ce qui tend à démontrer l’existence de facteurs de passage à l’acte spécifiques. »

Et, loin de fustiger la Justice qui pourrait être une cause du malaise policier comme les Gilets Jaunes, comme le font certains syndicats de policiers « extrémistes » qui semblent appeler de leurs vœux un État policier, l’association donne quelques pistes de réflexion que les politiciens feraient bien d’étudier plutôt que de lancer des invectives aussi stupides que scandaleuses : « Actions des magistrats et efficacité de la peine : GendXXI propose que soit enfin donné aux magistrats les moyens en personnel et le budget nécessaire à une application stricte des lois. Ils doivent être conscients de la réalité du terrain. En effet eux seuls, au travers des décisions qu’ils rendent donnent le signal d’une justice souveraine. La sanction pénale doit être certes adaptée mais également dissuasive tant au regard de la commission que de la récidive. L’administration pénitentiaire a elle aussi un rôle à jouer. Les magistrats, souvent désignés comme responsables de la situation actuelle doivent être associés aux discussions. L’atmosphère des palais n’est pas la même que celle de la rue. »

Prochain article : la communication à propos de l’incendie de Rouen.


[1] JJ Latouille, Gilets Jaunes, autoédition, https://jean-jacques-latouille.iggybook.com/fr/

[2] https://le7.info/uploads/archives/dc00db57622b7451c4d97d1529299c2e14c3e56c.pdf page 25

[3] https://jjlatouillehommeetpolitique.com/2019/09/12/sauvons-nos-policiers/ ,

https://blogs.mediapart.fr/jean-jacques-latouille/blog/120919/sauvons-nos-policiers , https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/sauvons-nos-policiers-217846

[4] https://www.interieur.gouv.fr/Le-ministere/Deontologie

[5] Association professionnelle nationale des militaires de la gendarmerie du XXIème siècle

https://www.gendxxi.org/les-suicides-de-gendarmes-et-policiers-analyse-2016-decennie-2006-2015/

Gilets Jaunes : les journalistes mal-aimés.

Dominique Rizet, ineffable spécialiste police justice BFM TV, s’étonnait de ce que les Gilets Jaunes n’aiment pas les journalistes alors que, disait-il, ils font tout, lui en particulier, pour être impartiaux. Nenni, Monsieur Rizet, comment peut-on penser que les journalistes seraient impartiaux lorsqu’on vous a écouté rendre compte, ces dernières semaines, du mouvement des Gilets Jaunes et plus particulièrement des manifestations. Vos commentaires n’étaient qu’un plaidoyer qui faisait fi de la brutalité policière dont chacun a pu être témoin devant son poste de télévision. Alors que vous expliquiez que le policier qui a sorti son arme de poing pour faire face à des manifestants était en état de légitime défense (l’impartialité aurait voulu disiez : vraisemblablement légitime défense) nous pouvions voir que les manifestants étaient peu nombreux et à une distance certaine du policier, quelques minutes auparavant nous avions vu l’image d’un Gilet Jaune, qui n’avait rien d’un « chien fou », montant paisiblement les marches d’une bouche de métro se faire asperger de gaz lacrymogène par des policiers qui visiblement n’avaient pas fait de sommation. Cette image est relativement anodine par rapport à de très nombreuses brutalités où les policiers se sont montrés d’une violence digne des pays où règnent des dictatures ; combien de fois les a-t-on vus tomber « à bras raccourcis » sur des manifestants qui avançaient les bras en l’air ou qui étaient à terre. Au-delà du discours d’un journaliste c’est la place qui était donnée à la police par les médias, comme si seuls les policiers souffraient, comme s’ils n’étaient pas le bras armé de la violence légitime de l’État, c’est la prime qui leur est octroyée par le président de la République alors que les autres fonctionnaires n’en bénéficieront pas, c’est l’omniprésence des syndicats de policiers sur les antennes de télévision, ces sont les perroquets enrubannés de la majorité présidentielle venant tancer les Gilets Jaunes come ont le ferait à un gamin pris la main dans le sac de bonbons, ce sont ces choses qui créant un contexte quasi délétère renforce le côté négatif du discours. Ainsi le discours journalistique, dans un contexte et avec des mots humiliants, prend un caractère de partialité voire d’iniquité qui, au moins symboliquement, donne un sentiment d’injustice. J’ai développé ce caractère particulier de cette tranche d’information et de l’omniprésence de la police dans mon dernier livre « GILETS JAUNES. Et en même temps ! »

Laissons là le cas particulier des Gilets Jaunes pour nous intéresser à la façon tout à fait partiale dont les journalistes traitent l’information. Il ne s’agit pas de parler d’objectivité ou d’honnêteté, il est question de l’approximation avec laquelle l’information est traitée qui souvent frise une inexactitude susceptible d’entraîner chez l’auditeur une interprétation totalement erronée des faits. Une journaliste au JT de France 2, voulant rendre compte de la situation salariale des fonctionnaires, annonçait que leur salaire est en moyenne de 2200 € nets par mois entraînant ainsi les gens à penser que la plupart des fonctionnaires gagneraient ce salaire. Bien évidemment ce n’est pas le cas et analyser une situation salariale d’une catégorie socioprofessionnelle à travers le salaire moyen ce n’est pas rendre compte de la réalité des revenus des membres de cette catégorie. Pour avoir une juste image de ce que perçoivent, ici les fonctionnaires, il faut utiliser le salaire médian c’est-à-dire le salaire par rapport auquel 50 % des gens perçoivent moins et 50 % des gens perçoivent plus. Le salaire médian de la fonction publique est de 1760 € par mois, 50 % des fonctionnaires perçoivent donc moins de 1760 € par mois ce qui est loin des 2200 € annoncés par cette journaliste. Pareillement lorsque les journalistes annoncent que les dépenses moyennes par Français pour les fêtes de Noël seront d’environ 565 € ça ne rend absolument pas compte de la réalité que vivent les gens : quelqu’un qui gagne 10 000 € par mois va vraisemblablement dépenser plus de 565 € alors que quelqu’un qui gagne 900 € par mois dépensera certainement beaucoup moins. Je pourrais ajouter l’exemple de ce directeur d’une agence de location de vacances interviewé sur France Info qui annonçait que la baisse de son chiffre de ventes cette année était vraisemblablement due à l’angoisse générée par le mouvement des Gilets Jaunes et que cette angoisse disparaissant il espérait voir augmenter son chiffre. Pour lui il n’y a absolument pas de problème de pouvoir d’achat puisque le pack moyen acheté est supérieur à ceux qui s’achetaient l’année dernière. Mais qui achètent des séjours de vacances : les riches ou les pauvres ? Le discours de se directeur d’agence de location de vacances ne rend absolument pas compte de la réalité socio-économique des Français. Il en va de même lorsqu’on nous annonce sur les chaînes de télé et dans les médias en général que le pouvoir d’achat des Français a augmenté. D’abord les chiffres de l’INSEE sont contestables puisqu’ils ne prennent pas en compte le prix du logement, mais surtout la moyenne qui permet d’annoncer cette augmentation ne rend pas compte de la dispersion des réalités vécues par les gens ; il est incontestable que les plus aisés des Français ont vu leur pouvoir d’achat augmenter notamment les actionnaires des grandes entreprises, c’est beaucoup plus discutable pour l’autre extrémité de l’échelle voir pour certaines catégories c’est absolument erroné que de dire que leur pouvoir d’achat a augmenté.

Pour terminer avec la partialité avec laquelle les journalistes donnent des informations je citerai la façon dont ils ont fait reposer leurs commentaires à propos du mouvement des Gilets Jaunes exclusivement sur les chiffres donnés par le ministère de l’Intérieur. Pire les premières semaines ils n’annonçaient même pas que les chiffres étaient ceux du ministère de l’Intérieurs. Aujourd’hui ils le font mais la tromperie demeure dans la mesure où ils ne font reposer leurs analyses quant à la vitalité du mouvement des Gilets Jaunes que sur ces chiffres qui bien évidemment ne peuvent pas être qualifiés de favorables au mouvement.

Une analyse minutieuse et quotidienne des informations distribuées par les médias, plus particulièrement par les télévisions et les radios en continu, montrerait l’absence véritable de recueil d’informations et d’analyse des situations. On expliquera cela par le fait qu’aujourd’hui il faut aller vite, il faut distribuer l’information avant même qu’elle n’existe. Alors adieu le journalisme d’investigation, adieu les analyses des experts, vive le journalisme qui théâtralise le moindre fait en le rendant le plus croustillant possible pour un auditoire dont on présuppose qu’il ne serait qu’avide de sang et de sensations fortes. L’élévation des journalistes au grade d’expert, la quasi disparition des chercheurs dans certaines émissions comme C’dans l’air », ou encore parce qu’on ne peut pas totalement les évincer l’extrême réduction du temps de parole accordé aux chercheurs montrent à quel point les journalistes se sont constitués comme les mentors de la pensée moderne. Ce faisant le journalisme n’est plus un contre-pouvoir dans un État démocratique, il est un pouvoir au service des tenants du pouvoir.

Les gens n’étant pas aussi stupides que les journalistes et les politiciens le pensent, comment peut-on envisager qu’ils puissent apprécier un travail journalistique qui, plus particulièrement dans le cas des Gilets Jaunes, les rabaisse au rang de « simples bouffeurs d’images » incultes et pas loin d’être déficients intellectuels ? Les gens du peuple, ceux du « Parlement des invisibles » ne font pas plus confiance aux journalistes qu’aux hommes politiques, et ils montrent aujourd’hui clairement leur hostilité envers ces deux castes qui les malmènent et les humilient.

Écrire : de tout de rien.

Ecrire c’est d’abord un acte de soi vers soi : qu’est-ce que je me raconte de ce que je vis, de ce que je ressens, de ce que pourraient être mes espoirs. Ecrire c’est aussi, avant ou après le soi à soi, le soi vers l’autre : qu’est-ce j’autorise l’autre à savoir de moi bien plus que qu’est-ce que je veux que l’autre sache de moi sans que les deux positions ne soient ni dissociables l’une de l’autre pas plus qu’on ne pourrait pas les séparer en acte. Je peux vouloir dire quelque chose à l’autre donc faire en sorte par l’écrit qu’il sache quelque chose de moi comme dans une lettre de déclaration d’amour, pour autant ce faisant j’autorise l’autre à savoir quelque chose de moi : je l’aime. La séparation entre les deux finalités de mon écriture est plus une question de temporalité, de chronologie que d’intention ; je peux vouloir dire de moi à quelqu’un en première intention, mais du coup j’autorise l’autre à savoir de moi.

Ne faut-il pas voir dans l’acte d’écriture, portée à la connaissance de l’autre ou pas, un acte plus qu’égocentrique, un acte profondément narcissique ? Si bien qu’une écriture sans lecteurs serait terriblement insatisfaisante pour l’auteur, à l’exception peut-être des journaux intimes. Et encore, l’auteur d’un journal intime n’espère-t-il pas qu’il soit découvert et donc lu ? Ainsi cette navigation entre soi et l’autre, entre égocentrisme et narcissisme n’enracine-t-elle pas consubstantiellement des « pannes d’écriture » ?

Si je suis en pleine sérénité, si ma vie est comblée pourquoi écrirai-je et pour être vu par qui ? Faut-il donc une dose certaine de mal-être pour écrire ? Ce mal-être n’est peut-être pas celui qu’on envisage avec les mots de l’affectivité « ordinaire » (je ne m’aime pas, on ne m’aime pas…), ce mal-être ne peut-il pas se limiter (si j’ose dire) à une insatisfaction épistémique ? Remarquons que se questionner par rapport, par exemple, à une attitude politique ou un fait social peut entraîner à un mal‑être d’ordre affectif. Plus simplement, et immédiatement, « une question » est assez assurément ce qui pousse scientifiques, philosophes et essayistes à écrire ; sans doute est-ce aussi le cas de certains écrivains. Concernant ces derrières, plus que les autres, se posent la question du « paraître » : j’écris pour porter quelque chose de moi vers l’autre, donc j’attends d’être lu, c’est-à-dire de constituer un public, et d’en avoir un retour, espéré comme positif si ce n’est flatteur. Cet espace du « paraître » est remarquablement fort et psychiquement fondamental chez les journalistes, il n’y a pas de journaliste qui ne soit lu ou vu.

Ainsi, tout écrivain vit entre le « je n’ai rien à dire » et le « qui me lit ». Cela peut générer des pannes voire des abandons. Mais ne peut-on pas profiter de cet entre-deux pour questionner la (ou les) raison pour laquelle on écrit, la nature de ce qu’on écrit et l’importance qu’on attache à avoir un public ? Il me semble que trop peu le font, et, conséquemment, les stakhanovistes de l’écriture finissent par produire des fadaises et ne jamais faire autre chose que de réécrire sempiternellement la même idée sous diverses formes mais un mur ripoliné n’est toujours que le même mur. N’est-ce pas dans cette disposition de certains que pourrait se trouver l’involution des sociétés ? Trop d’essayistes ou de chroniqueurs ne font que réécrire la même chose depuis parfois des décennies ; mais le nombre de leurs publications est la condition de leur survie économique. Dans ce sens l’absence de vraies tribunes libres, ouvertes au public et au quidam, amène à une sclérose de la pensée, d’autant plus que les journalistes et les essayistes ont une très fâcheuse tendance à parler à la place des autres dans le cadre d’analyses restreintes et qui n’élargissent pas le débat comme par exemple ils se limitent à dire, ce qui n’est pas faux, qu’un fort pourcentage de Français souhaitent une réforme du régime de retraite sans dire ce qui est la nature de cette réforme ni même poser les bases du débat. Dans cet exemple on peut penser que cette majorité est largement la conséquence de l’image de ce que certains (les fonctionnaires, les cheminots…) seraient privilégiés ; l’honnêteté intellectuelle veut qu’on pose tous les termes de la situation.

Cette réflexion avait pour but de faire un point sur ma situation (psychique ?) d’écrivain et surtout de justifier la pause dans l’exercice de ce blog. Notamment j’ai eu besoin de réfléchir à l’inflexion que je lui ai donné entre l’intention initiale « la place de l’homme dans la politique » et l’écriture d’une critique le plus souvent de l’action de nos gouvernants et quelques fois de faits sociaux. Sans doute vais-je continuer à critiquer (au sens d’une analyse) l’action politique mais en mettant plus en avant les conséquences qu’elle a sur la vie des quidams des hommes et des femmes prises dans leur unicité et leur individualité. Après tout, la lecture de ces bits avait amené vers moi un éditeur chez qui chez publié « François Hollande : le rêve n’a pas été au rendez-vous », une façon complète de répondre aux deux assertions que je propose au début de ce billet.

 

Journaliste ordinaire et déplacement des valeurs

Depuis plus de cinquante ans je fréquente la « lucarne » et ses journaux télévisés. Ainsi, j’ai pu vivre le changement dans les discours des présentateurs de journaux télévisés. Sans qu’il soit possible de dire que jadis ils ne commettaient pas d’impair ; que leurs propos fussent toujours exactement appropriés on peut toutefois relever, depuis quelques années, l’accentuation de l’imprécision et de la médiocrité du vocabulaire ainsi que de l’analyse des situations. Bien qu’en en étant convaincu depuis déjà de très longues années je m’étonne encore chaque jour de l’intelligence très ordinaire des journalistes de télévision, l’intelligence étant entendue ici dans son acception première : faculté de connaître, de comprendre ; qualité de l’esprit qui comprend et s’adapte facilement.

C’est ainsi que récemment j’ai été extrêmement ému par l’indigence des propos de Madame Lapix au JT de 20h sur France2 qui, relatant l’hommage rendu au colonel de gendarmerie tué par un terroriste, enchaîna sur la cérémonie qui avait eu lieu à Trèbes évoquant alors une cérémonie « pour des hommes ordinaires ». Est ordinaire celui dont la valeur, la qualité ne dépasse pas le niveau moyen le plus courant. Madame Lapix pourrait se voir appliquer ce qualificatif d’ordinaire, mais pas ces trois hommes assassinés par un terroriste. Est-on encore « ordinaire » quand notre mort par assassinat laisse tant de gens éplorés et dans un tel contexte social ? Si demain je meurs, chez moi ou à l’hôpital, des suites d’une maladie ou même d’un accident, ou plus simplement des suites de la vie, je demeurerai un « homme ordinaire », mais pas eux. Pas eux qui sont morts sous les balles d’un terroriste !

À travers ce vocabulaire de bazar il faut voir toute une ambiance sociale. Les médias ont décalé les valeurs : une star du show‑business possède désormais plus de valeurs qu’un savant, un assassinat n’a d’importance que si on peut le théâtraliser. De nos jours, le cercueil de Victor Hugo ne descendrait pas les champs Elysées et n’entrerait pas au Panthéon. Aujourd’hui les dîners au Palais présidentiel accueillent plus volontiers Beyoncé et Joe Starr qu’Edgar Morin et Élisabeth Badinter… C’est l’illustration de la médiocratie qui étouffe notre société, notre humanité. Le déplacement des valeurs empreint aussi la politique qui s’organise autour de la communication et du marketing. Ainsi, à Trèbes, pour des hommes ordinaires seule la présence du Premier ministre est requise mais pour les obsèques d’une vieille dame de confession juive c’est le président de la République qui se déplace et qui se coiffe, contre le principe de laïcité de la République française, un signe ostentatoirement religieux puisque Emmanuel Macron apparaît sur des photos (notamment publiées sur le site de la Tribune Juive) couvert d’une kippa.

Décidément l’inintelligence des journalistes de Télé et leur manque de culture viennent conforter la volonté, née bien avant E. Macron, de diviser les Français en reléguant le peuple, celui de la France d’en bas, dans les culs de basses-fosses de la société. Finalement certains semblent voir avec plaisir, délectation, la France reprendre ses atours d’antan : une aristocratie (avec bientôt une noblesse) dominer un « petit peuple » soumis, obéissant et bientôt asservi auquel on ne distribue plus de la brioche en remplacement du pain manquant mais des aides sociales. Or la dignité c’est de pouvoir vivre dignement de son travail, pas de la mendicité serait-elle organisée par l’État. Mais ce ne sont pas les journalistes de Télé qui, faute de culture et de courage, qui expliqueront cela pas plus que les guignols de C’àvous (vendredi 30 mars 2018) qui confondent dénoncer la politique Israélienne et être antisémite. Les uns et les autres sont de parfaits suppôts d’une idéologie « moderniste » dont le seul but est d’assassiner ce que nos aïeux ont construit, péniblement et avec acharnement, au cours des deux siècles passés.

 

Eh ! Les journalistes, j’existe ?

Dimanche 19 septembre 2016, ce matin en allant acheter des croissants, j’allumais la radio de la voiture au moment où un animateur égrenait méthodiquement et sans beaucoup d’enthousiasme une revue de presse. Ainsi, j’appris qu’un fou, parmi tellement d’autres, dirigeant d’une petite île du côté de Bornéo a entrepris une vaste opération de déforestation. J’en fus marri d’entendre qu’une fois encore on attentait à la nature. Ma première réaction fut, tellement j’apprécie les hollanderies, de fustiger la fameuse COP21 qui devait protéger la planète des prédateurs en tous genres. Très vite, sans doute parce que je n’ai jamais cru à ce spectacle (au sens de Guy Debord) à propos de l’écologie, je glissais vers plus de réalité pragmatique : Sivens et son barrage… et son mort, assassiné par les forces de l’ordre commandé par le gouvernement, et apparu l’image de Notre Dame des Landes. Je pensais alors que mon article de ce jour serait consacré à cette infamie faite à la nature et au peuple par le gouvernement ; je voulais développer la façon dont un préfet, fidèle valet, peut prendre un arrêté grâce auquel un animal : le campagnol amphibie, sera délogé et beaucoup seront exterminés alors que ledit animal figure sur la liste des espèces protégées. L’astuce est dans le déménagement des quelques campagnols sommés d’accepter leur nouvel habitat et de s’y reproduire gaillardement. Comment être surpris par cette action alors que de la même façon on déplacera les hommes et les bêtes des fermes… et qu’on exterminera la nature au profit d’un bétonnage et d’un goudronnage dont on nous dit qu’ils sont indispensables au développement économique de Nantes, qui par hasard est le fief de Monsieur Ayrault qui n’a de héros que la consonance. Bref, alors que tous les experts affichent l’inutilité de cette construction, tous les politiques, de droite comme de gauche (les écologistes étant très silencieux), insistent pour que « l’autorité » expulse les gêneurs. Ils ont pris la précaution d’organiser un référendum bidon sur la base d’un électorat de complaisance. Bref, qu’elle sera l’ampleur des cadeaux que leur consentira l’entreprise qui réalisera les travaux ? Je ne voterai pas pour eux, et surtout pas pour Sarkosy qui pousse son climatoscepticisme au-delà de tout entendement, de toute intelligence et qui soutien inconditionnellement la construction de cet aéroport. Alors, je rêvais qu’un autre contre-pouvoir vînt à la rescousse des anti-aéroport.

J’eus la désagréable vision de la désertion du monde journalistique qui ne s’intéresse plus à « cette affaire », qui d’ailleurs s’en est surtout emparée lorsqu’il y avait de la « castagne », c’est plus sensationnel que les idées, d’autant plus que celles qui visent à défendre le peuple des invisibles. Pourtant Madame Burggraf reprochant à Monsieur Mélenchon de s’attaquer aux journalistes, lui assénait : « Les journalistes sont un contre-pouvoir dans notre société et je trouve très inquiétant que vous vous attaquiez à la presse. » Pour être un contre-pouvoir il faut sans doute éviter de vivre ensemble, éviter la collusion et le copinage car le contre-pouvoir est un pouvoir contre qui s’organise face à une autorité établie. On pourrait dire, à la suite de la fameuse interview de François Hollande par Léa Salamé, que les journalistes peuvent être un contre-pouvoir, mais suffit-il d’être agressif et de tirer quelques traits d’humour pour s’opposer au pouvoir ? Est-ce que les blagues de Charline Vanhoenacker suffisent à constituer un contre-pouvoir, comme d’ailleurs les chansonniers de jadis?

Les thèses sur le concept de contre-pouvoir sont parfois divergentes et nombreuses. Je retiendrai celle de Miguel Benasayag et Diego Sztulwark (Du contre-pouvoir, parue aux éditions La Découverte) qui considèrent que le pouvoir institutionnel a un rôle essentiellement gestionnaire qui se confronte à la réalité qui limite leur action, et que le politique est ailleurs. Pour eux le politique c’est la capacité à imaginer un avenir (le monde de demain) et que ce rôle est tenu par les contre-pouvoirs tenus par les actions militantes (« le militantisme situationnel »). Là on pourrait inscrire les Zadistes, les Indignés, les Nuits Debout… En première analyse on les croirait éloigné de Ludovic François et de François-Bernard Huygues pour qui les contre-pouvoirs sont le pouvoir institutionnel lui-même car son exercice repose sur l’interconnexion de différents acteurs qui vont influer par l’information, celle-ci étant considérée dans son acception entière et ne se limite pas aux médias. Mais, en seconde analyse on voit comment les deux thèses se rejoignent pour Ludovic François et de François-Bernard Huygues des organisations de la société civile ont le pouvoir d’agir sur les esprits et les représentations du monde.

Si, historiquement, on peut peut-être considérer que la presse a pu être un contre-pouvoir, à l’époque de l’inflation de l’information et des moyens de communication, une presse dont les acteurs sont particulièrement acoquinés (acoquiner = S’attacher à quelqu’un, avoir des fréquentations avec quelqu’un en s’installant auprès de lui.) avec les instances et les hommes politiques, cette presse ne peut pas être considérée comme un contre-pouvoir ; d’ailleurs le public ne s’y trompe pas qui attribue le même indice de confiance aux journalistes qu’aux hommes politiques. En outre, un contre-pouvoir s’organise autour de débats d’idées, pas par un « rentre-dedans » agressif, braillard vide de sens. Mais, pour avoir un débat d’idées, il faut avoir la capacité, c’est-à-dire une culture, à élaborer des idées.