Élections : adieu les étiquettes !

Le Nutriscore nous permet de connaître la qualité nutritionnelle des denrées que nous achetons, les étiquettes politiques en montrant le rattachement ou non (sans étiquette ou non‑inscrit) à un parti politique nous permettaient de savoir quel est le substrat idéologique ou philosophique sur lequel un homme politique, candidat à une élection, fondera son action sachant qu’en philosophie on définit le substrat comme étant ce qui sert de support, ce sans quoi une réalité ne saurait exister (Le Grand Robert) ou en biologie le substrat est la substance sur laquelle agit un enzyme en déterminant sa transformation. Voilà deux définitions qui trouvent pleinement une place dans la pensée politique notamment si on regarde celle-ci dans son essence : organiser la société dans la perspective du bien-être des hommes et des femmes qui composent cette société, sur quoi se fonde la pensée politique et sur quoi agit l’action politique.

Or, voilà qu’aujourd’hui « l’État ne va plus attribuer de couleur politique aux candidats des petites communes » annonçait Le Parisien et d’autres médias. La mesure s’appliquera aux communes de moins de 3500 habitants mais le Ministre de l’Intérieur envisage dans l’avenir d’étendre la mesure jusqu’aux communes de 9000 habitants « Nous pourrions parfaitement envisager de fixer un seuil, à 3 500 à 9 000 habitants, en deçà duquel l’appartenance politique aux grands courants politiques que nous connaissons n’est pas indispensable ». Cette mesure est présentée comme un acte d’assainissement de la vie politique dans la droite ligne purificatrice voulue par Emmanuel Macron dans son « ni droite, ni gauche ». Il est vrai que la pratique pouvait parfois être curieuse dans la mesure où, lorsqu’un candidat ne déclarait pas d’appartenance au moment du dépôt de sa candidature, le préfet pouvait de sa propre initiative lui attribuer une étiquette : « Aujourd’hui, “il y a la capacité pour le préfet de rechercher un certain nombre d’éléments qui permet de donner une attribution politique” aux candidats même si ces derniers ne le souhaitent pas, a rappelé Christophe Castaner. Par exemple “divers gauche” ou “divers droite” ou “centre” pour un candidat qui pourtant souhaiterait se déclarer ”sans étiquette” ».

Que l’État n’attribue pas d’étiquette aux élus semble tomber dans la marmite du bon sens de la démocratie, le contraire reposant sur un acte autoritaire de la part d’un État qui voudrait cacher son « autoritarisme ». Chacun va donc se réjouir de la décision gouvernementale : voilà la démocratie retrouvée ! Cependant est-ce que se présenter à une élection, quelle qu’elle soit, sans montrer clairement son « attachement idéologique » n’est pas tenter de tromper les électeurs ?

La déclaration faite par le candidat de son « attachement idéologique » devrait être obligatoire pour toutes les élections et pour tous les citoyens, cet « attachement » comprenant la mention « sans étiquette ». On voit bien que la déclaration « d’attachement » a peu d’importance et sans doute aucune incidence pour les élections municipales dans les très petites communes, du moins pour ce qui est de la gestion municipale. Toutefois, nonobstant le chiffre de la population, qu’est-ce qu’une petite commune ? Dans le « bassin de vie » de Poitiers Mignaloux-Beauvoir (4449 habitants), Biard (1803 habitants) sont-elles plus des petites communes que Couhé (1899 habitants) ou Gençay (1793 habitants) éloignés respectivement de Poitiers de 40 km et de 26 km ? Le ministère de l’Intérieur détermine la notion de « petite commune » en ne s’appuyant que sur le chiffre de la population qui ne rend pas compte de la vie communale et de l’importance des choix que doivent faire les élus municipaux et de l’impact de décisions qui en découlent. Les deux premières communes citées appartiennent à la communauté de communes du Grand Poitiers et leur vie municipale est largement impactée par les décisions « communautaires » réduisant d’autant la place et l’importance des décisions locales, les deux autres communes sont des « bourgs centre » qui concentrent outre la vie purement municipale des activités, notamment commerciales mais aussi de services générés par des demandes venant d’habitants d’autres communes qui viennent dans ces bourgs chercher des services absents de leur commune dont la population est souvent inférieure à 1 000 habitants. Ceci amène à mettre en question la notion de petite commune au regard de la réalité de la vie communale : un maire à sensibilité d’extrême droite aura-t-il le même regard (donc la même décision) vis-à-vis du développement de certaines associations qu’un maire de sensibilité de gauche ? Ici nous pourrions citer les polémiques qui éclatèrent à Hénin Beaumont et à Bézier mais des exemples similaires pourraient être mis au compte d’autres courants politiques, et concernant Mignaloux-Beauvoir, cité en exemple plus haut, la couleur politique de son maire n’est pas étrangère aux orientations de gestion prises dans cette commune. Revenant à l’analogie de départ avec le Nutriscore, j’avancerai sans réticence que supprimer la déclaration d’appartenance politique, pire ne pas la rendre obligatoire, c’est comme ne pas dire clairement au consommateur de quoi se compose l’aliment qu’il achète : avancée ou recul ?

Dans la volonté disruptive d’Emmanuel Macron cette décision est une avancée puisqu’il s’agit de ne plus gérer comme avant, de gérer autrement. Macron veut la rupture d’avec « l’ancien monde », pourquoi pas, en tout cas 20 % des Français électeurs ont vu la disruption macronienne comme porteuse d’un avenir radieux ; cependant la disruption est une remise en cause des conventions qui freineraient la créativité dans les entreprises et empêcheraient l’émergence d’innovations. L’histoire, plutôt récente de la disruption en matière de gestion des entreprises n’a pas montré beaucoup d’efficacité, en tout cas sur le long terme, parce que la disruption repose sur un postulat suivant lequel l’innovation et le changement seraient positifs en soi. Soulignons que le changement ne se décrète pas comme l’a expliqué le sociologue Michel Crozier, surtout pas par décret ; aucune décision n’a jamais provoqué de changement qui, lui, relève d’un long processus. Il s’agit donc d’accompagner le changement souhaité qui est aussi nécessaire aux sociétés que les lois de la nature pout le vivant. Le rôle du politique n’est pas de créer des ruptures brutales mais d’installer les conditions de l’évolution. Ici, dans la gouvernance macronienne, la disruption est prise dans son aspect le plus négatif où elle remplace, et recouvre leur sens vital voire l’intérêt qu’elles existent, de la rupture, de la fracture et de la perturbation. Bien sûr ces mots, contrairement à ce qui est souhaité avec la disruption, portent une charge négative, mais ils sont signifiants d’un existant social et sociétal comme l’avait (peut-être) vu Jacques Chirac qui souhaitait réduire la fracture sociale. Ces mots sont le plus souvent le signe d’un dysfonctionnement auquel il faut remédier. Ainsi, les « disrupteurs » optent pour la méthode forte qui consiste à mettre en place du nouveau plutôt que d’accompagner le changement, c’est comme s’ils choisissaient de soigner une fracture de la cuisse non pas en la réduisant et en accompagnant le malade mais en réalisant une amputation haute et en sommant le malade de se débrouiller seul avec la douleur et le symptôme du membre fantôme. C’est ce que souhaite le gouvernement avec cette décision relative à la non-déclaration d’appartenance politique : créer un choc dont il espère dans une sorte de prophétie autoréalisatrice qu’il sera irréversible et que les citoyens, même s’ils n’acceptent pas les termes du contrat, s’habitueront à la situation nouvelle. Au‑delà de la méthode il faut s’interroger sur la raison de cette décision.

Pourquoi Emmanuel Macron souhaite-t-il que l’appartenance politique soit effacée des actes de candidature ? Derrière chaque élu local se cache un « grand électeur » qui vote à l’élection sénatoriale. Ce point se confronte à une insuffisance de la macronie : l’absence de majorité au Sénat et on a pu voir le Sénat mettre en difficulté certains projets de loi ou comme dans l’affaire Benalla le président lui-même, et la macronie est confrontée avec le relatif échec à la récente élection européenne jointe au rejet, par les députés européens, de la candidate d’Emmanuelle Macron aux fonctions de commissaire européen. Cela montre que le pari disruptif de Macron qui reposait sur le postulat (ça n’a pas été formellement démontré) suivant lequel la distinction gauche droite était devenue inopérante pour un certain nombre d’électeurs ne fonctionne pas si bien qu’il l’espérait ; la prophétie ne s’est pas réalisée. Alors, Emmanuel Macron est contraint d’installer un Cheval de Troie dans le camp des électeurs en faisant élire des affidés sous une couleur neutre. C’est ainsi qu’Anthony Brottier, candidat à la mairie de Poitiers, « se contente de la mention “candidat à la mairie de Poitiers”. À croire que le Marcheur est gêné aux entournures par l’étiquette La République en Marche, mouvement qui l’a investi. L’intéressé s’en défend et plaide pour la nécessité d’une “dynamique de rassemblement” pour justifier la discrétion du logo LREM[1]. » Rassembler, mais pourquoi, mais pour quoi, et peut-être autour de qui ?

La réponse à la troisième question est évidente : il faut rassembler autour d’Emmanuel Macron pour lui assurer une majorité, comme jadis l’avait fait Napoléon III lors de son « coup d’État » de 1851. Voilà le pour qui et le pourquoi, mais le « pour quoi » quel est-il ? Exprimé autrement, dans quel but Emmanuel Macron veut-il une majorité absolue et sans faille ce qui revient à tuer toutes les oppositions ? La disruption, si tant est qu’elle fonctionne, comme une dictature ne peut pas fonctionner s’il y a des oppositions, aussi minimes soient‑elles. Sans doute faut-il voir là un des paradoxes de la disruption qui est son tendon d’Achille (ce qui n’est pas banal pour Jupiter). Macron n’a sans doute pas lu le théoricien de la disruption, Clayton Christensen, pour qui la disruption se manifeste essentiellement par un accès massif et simple à des produits et services auparavant peu accessibles ou coûteux. La disruption ne change pas un marché avec un meilleur produit -c’est le rôle de l’innovation pure-, elle se limite à l’ouvrir au plus grand nombre. C’est sans doute ce qui explique la pléthore de novices en politique qui ont constitué la masse des adhérents de En Marche (mais qui se sont évanouis aujourd’hui) et surtout de députés aussi ignares en matière politique qu’insuffisants en matière de lecture et de compréhension de la société qui ont suivi E. Macron. À ceux-là il faut ajouter les députés qui appartenaient à des partis politiques et qui, sentant le vent frais du « dégagisme » ou qui n’avaient aucun espoir de promotion dans leur formation politique, ont renié leurs convictions premières pour rejoindre l’illusion Macron.

Cette pratique perdure car l’illusion ne s’est pas éteinte. Ainsi, nombreux sont les maires sortants qui sans rejoindre LREM font mines voir avouent vouloir s’associer avec des candidats En Marche comme le maire de Nice[2] ou celui de Toulouse[3] et tant d’autres comme le signale £e Monde dans son édition du 6 novembre sous la plume de Sylvia Zappi « Le soutien des macronistes au niveau local fait désordre au PS ». À ceux-là il faut ajouter ceux qui ne savent plus s’il est convenable d’afficher son appartenance idéologique et ceux qui ont tellement peur (comme les députés en 2017) de perdre « leur mairie » qu’ils sont prêts à n’afficher aucune couleur politique ; l’actuel maire de Poitiers ou celui de Châtellerault sont‑ils à classer dans l’une ou l’autre de ces catégories : « À Châtellerault, le maire sortant Jean-Pierre Abelin promeut lui aussi une « candidature non partisane ». Aucun risque de le voir apposer le logo UDI ou Agir sur ses affiches de campagne. Tout comme Alain Claeys d’ailleurs qui, en 2014, s’était affranchi de la rose socialiste sur son document programmatique[4]. »

Manifestement ne pas signifier son appartenance politique, quelle que soit l’importance de la commune, au moment de la déclaration de candidature, et cela pour chacun des membres de la liste, constitue un espace voire une volonté de duperie ; il s’agit de tromper et d’égarer l’électeur. C’est ce qu’a fait Emmanuel Macron avec son « je ne suis ni de droite ni de gauche » or il est très vite apparu qu’il pense et agit sur la base d’une idéologie de droite, d’une droite extrêmement ultralibérale dans toutes les acceptions du terme, et aujourd’hui en matière de gestion de l’immigration il nous montre son attachement aux valeurs d’une extrême droite radicale anti‑immigrés et parfois islamophobe (on se rappellera Macron invitant à exterminer l’hydre islamiste). Alors, la disruption ne serait-elle qu’un paravent, un cache sexe occultant la volonté des pires vilénies ?

À travers cette affaire de la non‑déclaration de l’appartenance politique on voit que l’usage politique de la disruption est problématique si l’idée du « faire mieux » se confond avec celle du « faire moins cher », et surtout si l’idée de « faire du mieux » exige de « faire seul » et amène à installer une pensée unique, voire une parole unique. On a vu pendant le Grand Débat National « Jupiter » parler seul, entendre mais ne pas écouter, aujourd’hui on le voit plus que jamais voulant éteindre les oppositions allant même jusqu’à faire « du Marine Le Pen » mieux que la présidente du RN pour montrer que « tout n’est que lui ». Quand la disruption conduit à l’instauration d’une pensée unique allant jusqu’à l’interdiction de penser (comme l’ont montré les lois liberticides contre la presse et les journalistes), alors la disruption constitue une menace pour l’intérêt général et pour la démocratie.


[1] Le 7, hebdomadaire gratuit de Poitiers, page 3, https://le7.info/uploads/archives/4465ab6d6b1f27872e692ca72de798f86c155c40.pdf

[2] « vers une candidature d’Estrosi sous l’étiquette LREM? » dans France Soir, http://www.francesoir.fr/politique-france/municipales-2020-vers-une-candidature-destrosi-sous-letiquette-lrem

[3] « Municipales 2020 à Toulouse : LREM rallie le maire sortant Jean-Luc Moudenc (LR) » dans 20 Minutes, https://www.20minutes.fr/toulouse/2638739-20191028-municipales-2020-toulouse-lrem-rallie-maire-sortant-jean-luc-moudenc-lr

[4] Le 7, déjà cité.

Pauvre police, pauvre peuple

L’assassinat perpétré dans l’enceinte de la Préfecture de Police de Paris le 3 octobre nous enjoint au recueillement et à la compassion pour les familles des policiers assassinés ainsi que pour la famille de l’assassin. Si la vie devient difficile lorsqu’un des nôtres est assassiné, elle n’est pas mieux les parents et les enfants d’un assassin qui non seulement doivent porter le chagrin de la disparition de celui qui a contrevenu à la loi (qu’il soit mort ou emprisonné) ainsi que le poids du regard des autres.

Une fois encore les médias en continu n’ont eu que peu de respect pour les victimes, ce qui importait c’était de faire de l’image et du bruit. Les interviews se sont succédé pendant deux journées durant lesquels étaient répétés sans cesse les mêmes discours bien que sous des aspects et avec des mots différents. Parmi les fadaises, particulièrement inopportunes et déplacées dans une telle situation, on a entendu que l’assassin était un employé modèle à la restriction qu’il était en situation de handicap, que l’assassinat est d’autant plus dramatique que tout le monde se connaît à la « préfecture » où tout de même il y a plusieurs centaines de personnes qui y travaillent. Suivant les premiers reportages l’assassin semblait n’être qu’un « banal » agent administratif, puis coup de théâtre il disposait d’une habilitation « secret-défense », puis second coup de théâtre il se serait « radicalisé » ainsi l’assassinat sur un coup de folie devenait un acte terroriste.

L’attitude de la presse qui n’est pas sans incidence sur l’opinion des citoyens et surtout l’évolution de la communication officielle devront être analysées, car, comme pour l’incendie de Rouen, il faut remarquer que les personnes n’ont que peu (c’est un euphémisme) prises en compte. Ce battage médiatique a-t-il été de nature à rassurer les citoyens et à réconforter les policiers durement meurtris ? Ne vaut-il pas mieux faire « profil bas » quand on est dans l’ignorance des causes et des conséquences d’un évènement plutôt que d’annoncer n’importe quoi au risque, déstabilisateur et anxiogène pour les personnes concernées, d’être démenti au fil des heures par des informations contradictoires.

Une fois encore ni la communication du gouvernement ni les médias « en continu » n’ont installé un climat rassurant, bien au contraire et le public comme les policiers doivent faire avec leurs angoisses, leur tristesse, leur douleur Certains citoyens essais d’être proches des policiers tellement malmenés du fait de la stratégie de maintien de l’ordre mise en place par le gouvernement, comme cette pétition sur MesOpinions.com : « Je suis un simple citoyen, comme tout à chacun je ne suis pas toujours d’accord avec les lois. Mais il y a des lois et nous nous devons de les respecter. Au regard des événements actuels, qui sont proprement honteux mais qui malheureusement sont en passe de devenir des « banalités ». Je vous propose par cette pétition d’affirmer votre soutien à nos forces de l’ordre qui sans leur action et leur présence de chaque instant nous plongerions dans le chaos. Il est absolument inadmissible que l’on attente à la vie de policiers par quelque moyen que ce soit. » Même si elle peut apparaître un peu simpliste cette pétition est hautement respectable et sans doute apportera-t-elle un peu de baume sur les douleurs réelles des policiers. Pour autant elle ne prend ni en compte la réalité des causes profondes de l’origine du malaise de la police et élude bien sûr celles de la radicalisation djihadiste.

Je ne vais réécrire ici ce que d’autres, plus savants que moi sur le sujet, ont écrit à propos de la montée de la radicalisation djihadiste et de l’adhésion à ces mouvements extrémistes. Les causes mêlent des questions sociales de déclassement, de replis communautaires et des causes individuelles intellectuelles et psychiques. Croire que des lois (souvent discutables) et un arsenal policier réglera la question du terrorisme et de la radicalisation relève d’une erreur d’appréciation et de gestion des situations ainsi que d’un aveuglement des gouvernants (si ce n’est de la bêtise) et vraisemblablement d’une stratégie de gouvernance à la tartuffe qui permet de masquer par l’étiquette terroriste une foultitude de situations où ce sont les gouvernants qui ont besoin de cacher leur responsabilité ; qui serait surpris si à l’issue de l’enquête sur l’incendie de l’usine Lubrizol on apprenait qu’il s’agit d’un acte terroriste, le directeur de l’entreprise n’a-t-il pas clamé haut et fort que l’origine serait extérieur à l’usine. Faire croire qu’une action policière réglera le terrorisme et la radicalisation c’est leurrer les citoyens et plus encore les policiers. Là, dans l’affaire de la Préfecture de Police, quelle que soit la réalité de la radicalisation de l’assassin, vraie ou subite construction officielle, la police se trouve affaiblie, elle montre qu’elle n’est même pas en capacité de détecter des « radicalisé » en son sein, alors de là à protéger le pays.

Voilà un double coup dur pour des policiers durement touchés par le désamour important que leur porte une grande partie de la population. Il est temps que le gouvernement, les élus de la nation et surtout les syndicats de policiers se penchent (sereinement et sans corporatisme) sur une situation qui empire de jour en jour à tel point qu’un policier n’ose plus dire qu’il est policier, aujourd’hui il est « fonctionnaire ». A titre d’illustration de ce malaise entre la police et la population il faut regarder ce documentaire sur Public Sénat https://www.publicsenat.fr/emission/documentaires/police-illegitime-violence-144937. Il s’agit d’un film écrit et réalisé par Marc Ball. Une coproduction Talweg Production – France Télévisions France 3 Paris Île de France que Public Sénat présente de la façon suivante : « Police, illégitime violence : Dans les quartiers populaires de France, la confiance est rompue entre les jeunes et la police. Le moindre contrôle d´identité porte en lui les germes d´un possible dérapage, une rébellion ou une bavure. Une affaire est emblématique de cette impasse. Pour la première fois en France, des adolescents ont porté plainte collectivement pour violences volontaires contre une brigade de police du 12e arrondissement de Paris. Au cours de ce procès, c´est la mission même de la police qui sera mise en accusation. Citoyens, éducateurs, avocats ou encore policiers, cherchent une issue et dénoncent le recours systématique à une violence qu´ils considèrent comme illégitime. En suivant leur combat, ce film lève le voile sur les mécanismes de cette violence et les silences qui l´entourent. »

Ce film lève le voile sur les mécanismes de cette violence et les silences qui l´entourent, c’est cette violence qu’il faut analyser. Elle est le résultat d’un interdit de parole autant chez les policiers que dans les populations : qui ose se dresser contre les trublions de tous ordres ? Une anecdote pour illustre ce point ; il y a quelques jours mon épouse passait devant le collège du centre-ville de Poitiers lorsqu’elle vit un gamin de 13 ou 14 ans avec sa copine, il était en train de dévisser la plaque du collège. « Pourquoi fais-tu ça ?, Je ne sais pas », et le gamin est parti laissant la plaque en place, mais une dizaine de personnes sont passées sans s’arrêter, sans interpeller ce gamin, qui sait ce que cette indifférence pourrait provoquer chez lui, quel regard aura-t-il sur l’autorité des adultes d’abord puis celle des policiers et des enseignants ? Ceci étant dit ne méconnaissons pas qu’il existe des voyous face auxquels les policiers se sentent abandonnés par une nation qui ne leur donne pas les moyens en effectifs et en matériels suffisants, et pas une justice elle-même bien en mauvaise posture : ni moyens, ni effectifs (magistrats, greffiers, éducateurs de prévention. Face à ces situations sociales et professionnelles qu’elle est la portée de la parole des policiers ?

Alors il y a de la violence qui peut s’installer chez eux mais qui ose reconnaître la violence policière tellement occultée par une manipulation politique de la notion de « violence légitime de l’État » qui autoriserait tout, y compris de mutiler des manifestants. Je comprends la violence policière en tant qu’elle est la conséquence d’une impasse de la parole : qui écoute, qui entend les policiers ?

J’étais hier à une Assemblée Générale de Gilets Jaunes où ceux-ci expliquaient assez bien la difficulté qu’ils ont à comprendre la violence policière qu’on a pu constater sur les manifestations ou, pire, sur les ronds-points ; après tout, disait l’un d’eux, le problème de la réforme des retraites c’est aussi leur problème, ce que ne dément pas un policier interrogé par le « média libre » QG à l’occasion de la manifestation des policiers le 2 octobre et intitulé : « Police et Gilets Jaunes : encore raté ! ». Ce policier ajoutait : « on comprend les Gilets Jaunes, les problèmes posés par leurs revendications sont aussi les nôtres, nous sommes aussi des citoyens… mais on ne pourra jamais s’associer aux Blacks Blocs et aux Gilets Jaunes radicalisés (ndl il faudra interroger cette notion de radicalisation des Gilets Jaunes) », heureusement car disait-il « on est obligé d’assurer la sécurité. » C’est justement dans la manière d’assurer la sécurité que sont l’origine et l’essence du fossé qui se creuse entre la police et la population. Le reportage de QG, https://www.youtube.com/watch?v=6Z5qBxPiCAU&feature=em-lsp, comme tant d’autres montrent comment et en quoi la stratégie de maintien de l’ordre voulu par le président de la République est à l’origine de ce malaise.

J’avoue, sans forfanterie car le connais bien les policiers avec lesquels j’ai beaucoup travaillé, que je ne comprends pas comment ils tiennent encore le coup. Mis à part quelques va-t-en-guerre de certains syndicats tellement présents sur BFM TV et enflammés par certains spécialistes « sécurité » de la chaîne, les policiers ont un sens du service public chevillé au corps, ils sont généreux et pleins d’abnégation, leur dévouement est sans faille, ils l’ont si souvent montré. Peut-être est-ce qu’au quotidien, en raison des conditions de travail et de l’organisation du travail, la notion de service au public disparaît, ce qui fait écrire que contrairement à d’autre pays où la police est au service du public et vécue comme « aimable », en France elle est vue comme étant exclusivement répressive, et aujourd’hui violente.

Nous citoyens, si nous voulons une police et une justice à la hauteur de nos besoins et de nos espérances, nous devons le manifester, fusse dans la rue. Chaque policier doit aussi participer à ce chemin vers la une modification de l’image de la police par une réflexion sur son engagement et la qualité de sa soumission aux ordres. La démocratie se gagne chaque jour par un engagement politique de chacun de nous, nous pouvons nous exprimer dans les urnes et si besoin est dans la rue, il n’est nullement nécessaire de gadget électoraliste comme la Convention Citoyenne pour le climat. Nous avons un devoir impérieux de réconcilier la police avec la population, ne pas le faire rapidement c’est prendre le risque que s’installe un pouvoir autoritaire antichambre de la dictature.

Vérité, informations, place et valeur de l’Homme (1er volet : le malaise « policier »)

Jamais écrire sur la place de l’Homme dans la politique ne m’est apparu comme aussi essentiel. Le décès de Jacques Chirac a été l’occasion pour l’évêque de Paris de prononcer une homélie dans laquelle il a rappelé que l’objectif et la finalité de la politique c’est la recherche du bien commun : « Nous le savons aussi, le bien commun n’est pas l’intérêt général car celui-ci peut supporter le sacrifice et l’oubli du plus faible. » Aujourd’hui le « plus faible » est oublié autant par les politiciens que par les journalistes.

Le plus faible ce n’est pas que celui qui n’a pas d’argent, pas de maison, ni que celui qui est atteint par la maladie ou le handicap. Aujourd’hui, plus que jadis, dans un monde de communication, le plus faible c’est celui à qui on ne donne jamais la parole. Pierre Rosanvallon a très bien parlé de ce « plus faible » dans son livre Le Parlement des invisibles (ed Seuil) : « Le pays ne se sent pas représenté. Les existences les plus humbles et les plus discrètes sont certes les plus manifestement concernées. Mais le problème est plus général et vaut pour toutes les composantes de la société. La démocratie est minée par le caractère inaudible de toutes les voix de faible ampleur, par la négligence des existences ordinaires, par le dédain de vies jugées sans relief, par l’absence de reconnaissance des initiatives laissées dans l’ombre. La situation est alarmante, car il en va à la fois de la dignité des individus et de la vitalité de la démocratie. » Et, mardi 1er octobre sur France Info Monseigneur Aupetit, évêque de Paris, a dit fort justement qu’il pouvait ne pas aller manifester puisque sa parole est portée par les médias mais qu’il ne reste que la manifestation dans la rue pour ceux qu’on n’écoute jamais.

J’ai parlé de ce phénomène social, le refus de prise en compte de la parole des humbles, dans mon livre Gilets Jaunes[1] ; j’expliquais surtout comment les médias plus particulièrement les chaînes d’information en continu et en boucle produisent une information théâtralisée où causes et conséquences sont négligées. Au passage contrairement à ce que peut laisser entendre tout écrit qui généralise comme c’est le cas de mon livre et la recension que l’hebdomadaire Le 7 (à Poitiers)[2], en fait et sincèrement je n’ai aucune acrimonie envers les journalistes en tant que tels, mais je critique fortement la façon dont certains médias, et donc les journalistes qui y travaillent, conçoivent le métier d’informer. Face à cette pratique il me semble que nous ne devrions pas nous étonner d’être dans une société de l’émotionnel et où la politique se limite très souvent à des coups médiatiques et communicationnels. Cela mérite une analyse plus profonde mais, pour l’instant, je demande à mes lecteurs de se contenter de ces quelques rappels d’un contexte social pour tenter de voir qu’elle place la vérité, celle vécue par les Hommes occupe dans notre société politique.

Je propose de cheminer à travers deux exemples contemporains : la crise dans la police et l’incendie de l’usine Lubrizol à Rouen. Le premier volet concernera la crise de l’institution police, le second s’appesantira sur l’incendie de Rouen et sur la faiblesse de la communication aussi gouvernementale que journalistique (précaution oblige : dans certains médias).

Revenons à l’intention initiale qui est d’évoquer la crise de la police. J’ai récemment publié un billet sur mes blogs[3] un billet que j’intitulais « sauvons nos policiers » dans lequel je tentais d’expliquer succinctement les raisons compréhensibles par chacun du malaise chez les policiers et les gendarmes. En même temps je rappelais que tout n’excuse pas tout : le malaise justifié n’excuse pas la brutalité de la répression contre les Gilets Jaunes. Je suis allé jusqu’à écrire que si on peut toujours opposer à un professionnel qui se plaint de son travail qu’il pourrait démissionner, cela n’est pas simple ; qu’est-ce ça veut dire, à notre époque surtout, de quitter son travail et son salaire ? Face à des consignes telles que nous les voyons et à la stratégie de « maintien de l’ordre » du gouvernement et du ministre de l’intérieur la tentation est forte de dire aux policiers de démissionner ou d’exercer un droit de retrait ; la démission je viens d’écrire schématiquement ce que j’en pense, quant au droit de retrait il expose le fonctionnaire qui y recourt à des difficultés incommensurables, jugez-en en lisant l’alinéa 1 de l’article R.435-5 du code de déontologie[4] de la police et de la gendarmerie : « Obéissance,

I. – Le policier ou le gendarme exécute loyalement et fidèlement les instructions et obéit de même aux ordres qu’il reçoit de l’autorité investie du pouvoir hiérarchique, sauf dans le cas où l’ordre donné est manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public.

S’il pense être confronté à un tel ordre, il fait part de ses objections à l’autorité qui le lui a donné, ou, à défaut, à la première autorité qu’il a la possibilité de joindre, en mentionnant expressément le caractère d’illégalité manifeste qu’il lui attribue. Si, malgré ses objections, l’ordre est maintenu, il peut en demander la confirmation écrite lorsque les circonstances le permettent. Il a droit à ce qu’il soit pris acte de son opposition. Même si le policier ou le gendarme reçoit la confirmation écrite demandée et s’il exécute l’ordre, l’ordre écrit ne l’exonère pas de sa responsabilité.

L’invocation à tort d’un motif d’illégalité manifeste pour ne pas exécuter un ordre régulièrement donné expose le subordonné à ce que sa responsabilité soit engagée.

Dans l’exécution d’un ordre, la responsabilité du subordonné n’exonère pas l’auteur de l’ordre de sa propre responsabilité. »

Chacun jugera des difficultés de carrières auxquelles vont être confrontés le capitaine de gendarmerie qui à Nice a refusé de « charger la foule » et le commandant de CRS qui à Nantes a refusé l’emploi des gaz lacrymogènes. Chacun verra qu’exercer son droit de retrait n’est ni simple réglementairement ni évident conceptuellement : à partir de quand considérer qu’un ordre est néfaste à un intérêt public.

C’est ça que des journalistes qui creuseraient leurs sujets pourraient expliquer ce qui permettrait, sans doute, de montrer comment c’est bien le gouvernement qui en donnant une image extrêmement négative (c’est un euphémisme) des Gilets Jaunes en a fait un « objet à abattre » à l’instar des pires Djihadistes. Bien au contraire soit, comme BFM TV, ils emboîtent les pas de la communication gouvernementale, soit ils tombent dans reportages où n’ont de place que les policiers et l’émotion. Ce fut le cas mardi 1er octobre au JT de France2 où un ancien policier est venu dire son malaise. Ce malaise est à entendre mais aussi à relativiser par rapport à d’autres situations professionnelles si on veut qu’il soit compris. Par exemple quand cet homme disait qu’il avait peu de week‑ends de repos, des difficultés à participer aux fêtes familiales, comment cela peut-il être entendu par les personnels des hôpitaux ou ceux de la restauration (pour ne citer qu’eux). Du coup la question ne serait-elle pas celle des effectifs qui est identique pour les hôpitaux ? Mais on préfère faire pleurer le quidam que l’amener à réfléchir. La cause originelle du malaise décrit par ce policier ne se trouve pas dans les manifestions des Gilets Jaunes qui exercent un droit légitime de manifester, c’est la gestion de l’institution policière (sous effectifs, moyens matériels, etc.) et surtout l’absence de réponse de la part du gouvernement ou pire les fausses réponses et les réponses mensongères faites en décembre 2018 qui provoquent ce malaise ; les Gilets Jaunes ne sont qu’un catalyseur que certains médias ont érigé au rang de cause première. Mais gardons bien à l’esprit que ce policier a raison, le problème n’est pas dans la véracité de ses propos mais dans la façon dont ils sont transmis, véhiculés et au bout reçu par les hommes et les femmes qui les entendent à l’aune de leur propre situation. C’est ainsi, que vient le thème du désamour de la police qui a aussi été évoqué par ce policier. Cette question est un vrai sujet pour les sociologues et les historiens que je résumerai par « quand est-ce que les policiers ont‑ils été aimés ? ». Je renverrai vers des études approfondies comme celles de Sébastien Roché qui met bien en évidence dans des comparaisons internationales l’impact dans l’opinion de la différence entre police répressive et police de service ; en France, surtout sous la direction de M. Castaner, nous avons une police qui se montre majoritairement sous un aspect répressif qui de surcroît est revendiqué par certains syndicats de policiers qui bénéficient du plus grand temps d’antenne sur certains médias. Pour faire simple je dirai : « où sont passés les gardiens de la paix ? ». La suppression des commissariats de quartier et celle de la police de proximité (enclenchées sous l’ère Sarkosy) ne sont sans doute pas étrangères au fossé qui s’est creusé entre la police et la population. Et il y a aussi eu la période des confusions avec des mesures grand-guignolesques dans le cadre des politiques de la ville où on demandait aux policiers de jouer les éducateurs comme on continue d’ailleurs de le faire dans certaines politiques scolaires. Je me souviens de ce gamin rencontré (en 1993) en banlieue lyonnaise alors que je faisais mes études de sociologie et à qui je demandais s’il était content que les policiers viennent animer des séances de conduite de moto ; il me répondit ; « tu sais on n’a pas besoin d’eux pour ça, nous, on tire une bécane tous les samedis soir ». Alors les policiers et les gendarmes doivent évoluer dans un cadre flou ou du moins vu flou par les populations ; or on ne peut pas être aimé si on n’est pas aimable, ni être respecté si on n’est pas respectable. Les conditions dans lesquelles le gouvernement fait travailler les policiers et les missions qu’il leur confie ne mettent pas les policiers en position d’être aimables ni d’être respectables.

C’est cette complexité que les médias devraient expliquer plutôt que de rester dans la théâtralisation et l’émotion, c’est aussi de cette complexité dont devraient s’imprégner certains syndicats de policiers qui attisent le feu plutôt que de le calmer, d’ailleurs tout comme certains politiciens. Mais, pour que les journalistes expliquent cette complexité il faudrait que le format des médias change, que la temporalité de l’information soit modifiée en même temps que les journalistes retrouvent leur puissance de curiosité et leur culture du « terrain » ce qui ne les dispensera pas d’avoir des partis pris. Laissons-nous aller à rêver que les journalistes et les syndicats seront touchés par la grâce du respect dû à ceux du « parlement des invisibles » et qu’à l’instar de l’Association professionnelle nationale des militaires de la gendarmerie du XXIème siècle ils sauront dorénavant proposer des analyses éclairées des situations. Celle faites par cette association à propos du suicide chez les policiers et les gendarmes est un véritable bijou d’analyse qui situe merveilleusement bien le problème et peut permettre à tout à chacun de s’emparer sans acrimonie de cette question aussi complexe que grave. Car lorsqu’on évoque sans détailler le 50e suicide de policier qu’est-ce que ça veut dire au regard des 10 000 suicides par an en France ce qui place la France dans le « peloton de tête » des pays européens, plus intimement qu’est-ce que ce chiffre signifie par rapport à la complexité même d’un suicide dont la cause n’est que très exceptionnellement unique. Le suicide c’est quelque chose de particulièrement compliquée à appréhender et ne dire qu’un chiffre brut ne peut qu’être contre-productif quand il est confronté, par ceux qui le vivent, à d’autres professions ; d’ailleurs une étude de Santé Publique France montre que les secteurs où les travailleurs sont les plus touchés par des idées suicidaires sont, par ordre décroissant, l’hôtellerie-restauration (où on travaille quand les autres se reposent), les métiers des arts et spectacles puis l’enseignement. Ne pas être clair, ne rêvons pas d’exhaustivité, dans l’information donnée sur ces sujets ne peut pas contribuer à revaloriser l’image des policiers dans l’opinion publique. Les policiers doivent être respectés, les femmes et les hommes en ont aussi le droit et ce respect passe par une information « juste » non théâtralisée et qui sait se mettre à distance du tout « émotionnel ».

Ce type d’information on le trouve dans l’analyse du suicide[5] que propose l’Association professionnelle nationale des militaires de la gendarmerie du XXIème siècle, je n’en ferai pas l’analyse, chacun des lecteurs pourra la lire et analyser à l’aune de sa vie et de ses connaissances et actualiser les données ; je me contenterai à titre de conclusion de ce billet d’en livrer deux très courts extraits.

« La surmortalité par suicide touche l’ensemble des forces de l’ordre, avec en 2015 une correction à la baisse dans la police (par rapport à un « plus haut » historique en 2014 et un retour à la hausse dans la gendarmerie. Les taux de mortalité par suicide passent de 38,5 à 31,5/100.000 en PN et au contraire de 23,1 à 26,3/100.000 chez les gendarmes. Mais cette surmortalité par rapport à la moyenne de la population française sur 10 ans (16,8/100.000), présentée dans le graphique ci-dessus, est en partie trompeuse, parce que les forces de sécurité comptent en proportion bien moins de femmes que la population française et aucun enfant… or les taux de suicide sont bien plus faibles chez les femmes, et extrêmement faibles chez les plus jeunes.

La question qui se pose est donc de savoir, si la surmortalité des gendarmes et policiers est seulement liée au fait qu’ils sont plus souvent des hommes dans la force de l’âge…

On constate donc bien que le taux de mortalité par suicide des gendarmes et policiers reste, presque chaque année, supérieur à la population générale française même si elle était composée exactement suivant la même répartition en âge et sexe que les effectifs des forces considérées. Ce qui tend à démontrer l’existence de facteurs de passage à l’acte spécifiques. »

Et, loin de fustiger la Justice qui pourrait être une cause du malaise policier comme les Gilets Jaunes, comme le font certains syndicats de policiers « extrémistes » qui semblent appeler de leurs vœux un État policier, l’association donne quelques pistes de réflexion que les politiciens feraient bien d’étudier plutôt que de lancer des invectives aussi stupides que scandaleuses : « Actions des magistrats et efficacité de la peine : GendXXI propose que soit enfin donné aux magistrats les moyens en personnel et le budget nécessaire à une application stricte des lois. Ils doivent être conscients de la réalité du terrain. En effet eux seuls, au travers des décisions qu’ils rendent donnent le signal d’une justice souveraine. La sanction pénale doit être certes adaptée mais également dissuasive tant au regard de la commission que de la récidive. L’administration pénitentiaire a elle aussi un rôle à jouer. Les magistrats, souvent désignés comme responsables de la situation actuelle doivent être associés aux discussions. L’atmosphère des palais n’est pas la même que celle de la rue. »

Prochain article : la communication à propos de l’incendie de Rouen.


[1] JJ Latouille, Gilets Jaunes, autoédition, https://jean-jacques-latouille.iggybook.com/fr/

[2] https://le7.info/uploads/archives/dc00db57622b7451c4d97d1529299c2e14c3e56c.pdf page 25

[3] https://jjlatouillehommeetpolitique.com/2019/09/12/sauvons-nos-policiers/ ,

https://blogs.mediapart.fr/jean-jacques-latouille/blog/120919/sauvons-nos-policiers , https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/sauvons-nos-policiers-217846

[4] https://www.interieur.gouv.fr/Le-ministere/Deontologie

[5] Association professionnelle nationale des militaires de la gendarmerie du XXIème siècle

https://www.gendxxi.org/les-suicides-de-gendarmes-et-policiers-analyse-2016-decennie-2006-2015/

Deux morts opposées l’une à l’autre : Jacques Chirac / une directrice d’école

J’ai signé une drôle de pétition.

Ici, on prendra le mot drôle dans cette acception où il évoque la bizarrerie d’une chose. La pétition que j’évoque n’a rien d’amusant, en elle-même elle n’est pas bizarre ; ce qui l’est c’est la contradiction dans laquelle elle mettra la plupart des signataires et peut-être aussi des non-signataires. Sans doute ce recours à la bizarrerie permet de poser un voile de pudeur sur de l’incohérence ou une pensée paradoxale.

J’ai rencontré cette pétition grâce au blog de « patchanka » sur Médiapart dont le billet s’intitule « On ne commémore pas la mémoire d’un délinquant dans les écoles » qui reprend le titre de la pétition https://www.change.org/p/blanquer-on-ne-commémore-pas-la-mémoire-d-un-délinquant-public-chirac?recruiter=339753163&utm_source=share_petition&utm_medium=copylink&utm_campaign=share_petition&use_react=false.

Dans ces textes l’hommage à Jacques Chirac est mis en opposition avec le décès, par suicide, d’une directrice d’école à Pantin. Est-ce raisonnable ? Est-ce inévitable ? Est-ce exagéré ?

Je ne sais pas répondre. Si j’ai signé malgré une réticence forte, c’est parce que je connais bien le malaise des enseignants qui comme les policiers, comme les infirmières, comme les agriculteurs se suicident « en masse » tant ils sont déboussolés et fatigués par leurs conditions de travail et l’absence de reconnaissance sociale suffisante. Dans le cas des enseignants, peut‑être aussi pour d’autres, il faut ajouter une absence totale de prise en compte de leurs problèmes, professionnels et personnels, par une hiérarchie obnubilée, elle-même, par sa sauvegarde dans un système de plus en plus déshumanisé, de plus en plus technocratisé, de plus en plus financiarisé.

Au moment où j’allais apposer ma signature je trouvai la charge contre Jacques Chirac exagérée dans ce moment où la mort devrait nous éloigner provisoirement des querelles. Mais, faut-il oublier ? Non, il ne faut pas oublier, ni le bien ni le mal, et il faut le dire. Est-ce le moment opportun ? Là aussi je ne sais pas répondre. Pour, ma part je ne vouais aucune admiration au Président Chirac tout en lui reconnaissant des erreurs mais aussi des actes de courage. Étant en situation de handicap, je lui reconnais les lois relatives au handicap… Mais ça ne suffit pas à faire oublier Malik Oussekine, et le discours du Vel d’Hiv ne peut pas gommer le massacre de la grotte d’Ouvéa. Seulement la politique et la direction des affaires publiques ne sont pas chose simple et l’histoire qu’on en fait ne peut pas se réduire à quelques faits. L’article de Edwy Plenel le montre avec la justesse d’analyse propre à l’auteur (Si faible et si fragile démocratie française, 28 septembre 2019 par Edwy Plenel) : « Devoir patriotique, le chagrin semble devenu obligatoire. Les rares voix qui, à l’instar de Mediapart (lire la nécrologie de Jacques Chirac par notre rédaction), rappellent que la vie publique de l’ancien président ne saurait se réduire à la figure bonhomme des dernières années, au « non » bienvenu opposé à l’aventure américaine en Irak et au choc des civilisations, au nécessaire « discours du Vel d’Hiv » sur la participation de l’État français au génocide des juifs, à l’appel solennel d’urgence écologique face à une planète qui brûle, ces voix dissidentes sont étouffées, inaudibles ou vilipendées.

Elles ne font pourtant que rappeler des faits d’histoire face à un décès qui, s’agissant d’un homme public, n’est pas une affaire de famille, où les secrets dérangeants devraient être éclipsés ou oubliés, mais le moment, au contraire, où une nation devrait avoir la force de se regarder en face. »

C’est sans doute cette phrase « où une nation devrait avoir la force de se regarder en face », lu après que j’ai signé, qui me conforte dans le choix que j’ai fait : rendre hommage pour le travail accompli sans oublier les erreurs, les fautes et, surtout, ne pas utiliser l’hommage à quelqu’un pour masquer les fautes présentes des autres. Il fallait signer cette pétition pour rappeler à la hiérarchie de l’Éducation nationale le poids et les conséquences de ses fautes de gestion des ressources humaines.

L’agrobasching : et, alors !

J’avais envie de titrer ce billet « sauvons les agriculteurs », un peu dans la veine d’un précédent billet « sauvons nos policiers ». Les uns comme les autres se suicident ; les uns comme les autres sont, pour la majorité d’entre eux, victimes (consentantes) d’un système. Certains, dans leur commentaire au billet « sauvons nos policiers » suggéraient qu’ils démissionnent, on pourrait dire la même chose pour les agriculteurs, mais est-ce raisonnable ? Les choses sont plus complexes qu’un lien avec le métier et la rémunération qu’il procure.

Mais j’ai lu l’excellent article « les agriculteurs en ligne de mire » paru dans le numéro 458 de Le 7, un très bon hebdomadaire gratuit distribué dans le département de la Vienne, et j’ai entendu sur France Info ce matin le président de la FDSEA d’île de France. Alors mon sang n’a fait qu’un tour, mon cerveau s’est rempli de colère.

Dans Le7 on peut lire que le nouveau président de la chambre d’agriculture de la Nouvelle Aquitaine propose de « communiquer davantage vis-à-vis d’une population urbaine qui a moins de contact avec le monde agricole », en ça il emboîte le pas d’Emmanuel Macron : parler, toujours parler pour étouffer les problèmes sous un flot de paroles insipides. Qu’est-ce que ça veut dire de communiquer en direction « d’une population urbaine qui a moins de contact avec le monde agricole » alors que ceux qui vivent mal le problème des épandages de produits toxiques ce sont les habitants de la campagne. En fait Monsieur le président veut aller flatter les populations des villes, sans doute pour leur expliquer que sans les pesticides et autres herbicides l’agriculture ne pourrait plus les nourrir ? Il s’agit là d’une basse manœuvre si chère au gouvernement qui consiste à cliver des populations pour les opposer ; le président de la chambre d’agriculture espère sans doute voir des « bourgeois » venir taper sur le nez des « péquenots ». Le magazine nous dit que trois jeunes vendéens ont mis en ligne sur YouTube une vidéo pour « sensibiliser le grand public à la cause des agriculteurs » ; 200 000 vues, mais le journaliste ne dit pas ce qu’en ont pensé ceux qui ont vu cette vidéo. Peu importe car le problème n’est pas celui de la connaissance ou non de la vie professionnelle des agriculteurs, la majorité des Français la connaît peu ou prou. Le problème c’est celui du type (modèle économique et organisationnelle) d’agriculture et celui de l’utilisation des pesticides et des herbicides à proximité des habitations et même plus éloignée.

Le modèle d’agriculture ne peut plus être celui qui existe aujourd’hui où on donne du soja à manger aux vaches, de mon temps elles mangeaient de l’herbe, où comme on l’expliquait dans un reportage sur France2 on doit apprendre aux veaux séparés prématurément de leur mère à devenir des ruminants, où on cultive des étendues déraisonnables de maïs dont la plus grande quantité est exportée ou de colza pour faire du biocarburant au mépris de la consommation en eau. Alors le président de la chambre d’agriculture de Nouvelle Aquitaine déclare (n° 457 de Le 7) : « On ne se fera pas confisquer la gestion de l’eau par les écologistes. Nous travaillons le vivant, 80 à 90 % d’eau. On a besoin d’eau, on ne lâchera pas là-dessus ». Ouh ! Mais, Monsieur le président l’homme est lui aussi du vivant composé de 90 % d’eau, il a besoin d’eau, de nature, de rivière, d’étangs… vous avez confisqué l’eau des Marais Poitevins (pour ne cite qu’eux), vous avez confisqué notre eau, vous asséchez les nappes phréatiques à l’instar des canons à neige or cette eau n’est pas la vôtre. L’eau est un bien commun c’est donc aux assemblées locales de citoyens de décider de ce que l’on en fait. De mon temps il n’y avait pas d’agriculteurs, il y avait des paysans qui vivaient en osmose avec la nature.

Sur l’usage des pesticides et autres herbicides, de ces daubes qui nous empoisonnent, si on peut contester les études de l’OMS et d’autres scientifiques sur leur toxicité on peut aussi contester celles qui modèrent les premières, et remarquons au passage qu’aucune étude aujourd’hui vient dire que ces produits sont inoffensifs. Nous citoyens nous pouvons mettre en doute l’honnêteté des « experts » des organismes français qui nous avaient expliqué que le nuage radioactif de Tchernobyl s’était arrêté à la frontière franco-suisse ou qui ont oublié de nous avertir des méfaits du Médiator. Bref, laissons de côté cette controverse qui bien qu’essentielle n’est pas le principal problème de mon propos d’aujourd’hui. Ce qui pose problème c’est la prise de position des autorités agricoles et notamment de la FNSEA qui par la voix du président de la FDSEA d’Île de France vient nous expliquer que puisque les produits ne sont pas interdits on peut librement les utiliser. Juriste je dirai qu’il a raison, mais est-ce un problème de droit qui est posé ou un problème de précaution ? Transposons ces propos au fusil de chasse, puisque celui-ci n’est pas interdit on pourrait l’utiliser donc tuer tout ce qui bouge : Monsieur le président les « accidents de chasse » ne sont pas autorisés. Pareillement lorsque ce président nous dit que les maires qui ont pris des arrêtés illégaux (il insiste sur « illégaux ») pour situer la limite d’épandage à 150 m des habitations, sont des « irresponsables », en quoi est-ce irresponsable face à un doute que de prendre des précautions ? Ça s’appelle, en droit, le principe de précaution. D’ailleurs Monsieur le président de la FDSEA aura relevé que le président de la République n’a pas contesté le bien-fondé de la décision du Maire de Langouët, il n’a critiqué que le caractère réglementaire de l’arrêté ce qui a été confirmé par le tribunal administratif de Rennes.

Si l’agriculture (celle financière) française ne se réforme pas, si l’État ne prend pas des mesures pour préserver notre santé, alors retournons-nous vers les tribunaux comme les Américains ont su le faire, et allons manifester pacifiquement devant les fermes, dans les champs, devant les réserves d’eau… les agriculteurs oseront-ils sortir les fusils contre nous et nos enfants ?

Sauvons nos policiers

Dans mon dernier livre[1] Gilets Jaunes j’ai, au dire de lecteurs, été particulièrement sévère envers les policiers. Erreur je ne parlais guère des policiers moins encore de la personne « policier ». Mon propos concernait la police en tant qu’elle est une institution et une force de l’État. Toutefois à la relecture du chapitre et au fil des samedis il m’apparaît qu’un approfondissement de mon propos est nécessaire.

Lorsqu’on écrit sur un sujet on pense global et on laisse de côté la singularité, ce qui amène à laisser croire que toute partie du sujet serait identique au tout. En outre tout écrit à propos d’un sujet sociétal reflète un système. Jacques Ellul définissait le système « comme un ensemble d’éléments en relation les uns avec les autres de telle façon que toute évolution de la provoc l’évolution de l’ensemble et que toute modification de l’ensemble se répercute sur chaque élément. » La « police » est un système dont les éléments sont indissociables et, surtout, interagissent les uns avec les autres. Ne sera-ce pas un truisme que d’écrire que les ordres donnés par la hiérarchie de la police ont des incidences sur chacun des policiers qui, d’ailleurs, vont au-delà de la simple exécution des ordres. Ainsi, un ministre et une hiérarchie qui ordonnent la mise en œuvre d’actions violentes comme on l’a vu lors des manifestations des Gilets Jaunes ne risquent-ils pas ‑à moins que ce soit un objectif‑ de rendre violent chacun des policiers ? De la même façon des policiers (en tant que personnes) violents ne peuvent-ils pas rendre la police violente ? L’incident de Toulon où un policier, gradé, a fait usage de violences envers un passant (peut‑être un manifestant) ou le cas des policiers qui ont gazé des personnes handicapées sans que leurs collègues interviennent pour les empêcher de commettre ces actes de violence, n’est-ce pas l’illustration possible d’un effet de contamination interéléments dans un système ?

C’est donc bien dans cet esprit que je parlais de la Police qui visiblement appliquait avec une conscience méticuleuse les directives ministérielles qui n’avaient pas d’autre but que de discréditer puis de détruire le mouvement des Gilets Jaunes. Au-delà du cas des Gilets Jaunes cette situation amène à poser la question de ce qu’est la police, de son utilité et de ses finalités. Laurent López[2] pose bien la question dans un article riche qui bien que traitant du 19e siècle n’a rien d’anachronique et doit nous amener à réfléchir à propos du rôle social de la police et donc de son fonctionnement : « Au sortir du 2nd Empire, les serviteurs honnis de Badinguet qu’incarnent les policiers et les gendarmes envisagent avec pessimisme leur avenir après les déclarations vengeresses des nouveaux hommes forts. Et pourtant, comment assurer dans cette République renaissante la sûreté des citoyens, ce troisième droit imprescriptible de l’Homme, sans une force publique qui légitimait aux yeux des hommes de 1789 l’institution d’une « contribution commune » ? Mais que doivent alors défendre les forces de l’ordre : un régime et ses lois ? Un peuple et ses citoyens ? Un système et ses libertés ? Et cette force publique est au centre de préoccupations considérant, dans la 2nde moitié des années 1880, que « les malfaiteurs croissent nombre et en audace ; il faut au plus tôt endiguer le torrent qui menace la sécurité de tous ». » Aujourd’hui, la police est-elle chargée de protéger les personnes, d’empêcher coûte que coûte une parole d’opposition au pouvoir, de contraindre les citoyens jusqu’à obtenir leur soumission ?

J’avais donc tenté de montrer que l’action de la police, offensive, contre les Gilets Jaunes est bien l’expression d’un pouvoir qui ne veut laisser aucune place à quelque contestation que ce soit. La Justice a également été instrumentalisée pour faire taire les dissidents, le pouvoir étant amplement et solidement aidé par les syndicats de policiers qui ne manquent jamais une occasion de fustiger la Justice et son supposé laxisme. Le public aussi a été soumis par le pouvoir, grâce à une propagande bien orchestrée ; il a retourné sa position puisque de samedi en samedi de 84 % de soutien aux Gilets Jaunes les soutiens se sont étiolés jusqu’à quasiment disparaître. La propagande, largement diffusée par les médias télévisuels notamment BFM TV, a joué sur le cœur de la pensée philosophique du quidam : la consommation et l’accès aux loisirs mercantiles ; les Gilets Jaunes empêchaient de faire des achats le samedi et attentaient aux temples modernes : les commerces. La nasse était refermée.

On ne manquera pas de me rappeler les terribles Black Bloc. Ils existent, qui pourrait le contester. Cependant n’est-il pas curieux que du 17 novembre 2018 au mois de mars 2019 on ne les ait jamais vus ailleurs que dans les manifestations des Gilets Jaunes, y compris à Le Pouzin en Ardèche, petite ville de 2800 habitants, où moins de 200 Gilets Jaunes s’étaient rassemblés sur un rond-point ? Quand on apprend par FR3 que des policiers ont intégré, en civil et sans insigne, un cortège, que d’autres ont infiltré les groupes anti‑G7, nous sommes en devoir de nous demander si les Black Bloc des manifestations de Gilets Jaunes n’étaient pas des policiers chargés de provoquer des incidents ou pour le moins quelques « indics » chargés de la même besogne contre une promesse de remise de peine ; ce serait là une pratique ni nouvelle ni totalement inhabituelle.

Dans un tel contexte que reste-t-il au policier intègre pour survivre : la foi dans le cœur de sa vocation qu’il voit se déliter ? La très grande majorité des policiers a embrassé ce métier par goût de servir les gens. Aujourd’hui ils souffrent de ne plus pouvoir faire le métier qu’ils ont choisi faute de moyens matériels et humains, faute de formation et subissant toujours plus de pression de la part du pouvoir et de demandes de la part des usagers. Il y a peu de temps je me suis entré dans un petit commissariat dans le 2e arrondissement de Paris : un lieu sombre, quasi-une alcôve et pas très propre, il y a quelques semaines je suis allé au commissariat de Poitiers pour déposer une plainte : un ascenseur en panne ce qui me rendit difficile l’accès à l’accueil, un policier affable me reçut dans son bureau minuscule et encombré, dépourvu d’imprimante ce qui l’obligeait à « foncer » au bout du couloir… Quant aux effectifs ! Inutile de requérir l’aide de la police à Poitiers pour calmer des fêtards au centre-ville, il y a à peine suffisamment de personnels pour assurer un semblant de sécurité dans les quartiers « sensibles » et répondre aux appels d’urgence sur « police secours », malgré cela mes appels ont toujours été très bien reçus avec politesse et gentillesse. Ces policiers je les connais, j’ai, jadis, travaillé avec eux et quand je vois la misère matérielle dans laquelle ils travaillent j’ai honte pour mon pays, ne parlons pas des salaires.

Alors dans le contexte de haine attisé par le pouvoir contre les Gilets Jaunes que reste-t-il au policier intègre pour conserver son identité professionnelle et sans doute personnelle ? L’individu n’a que trois choix : se conformer à l’identité d’une police violente au risque de devenir soit violent soit « schizophrène », sans doute les deux à la fois, ou démissionner ou se suicider.


[1] Jean-Jacques LATOUILLE, Gilets Jaunes, Iggybook, en librairie ou pour la version numérisée FNAC, Amazon ou directement sur le site de l’auteur https://jean-jacques-latouille.iggybook.com/fr/

[2] Laurent López , Sauver la France, défendre la République, protéger les citoyens : les forces de l’ordre et les injonctions sécuritaire de la belle époque, dans « La République à l’épreuve des peurs , de la Révolution à nos jours », Presses Universitaires de Rennes, p179.

Amazonie : Macron se moque de nous

Voilà E. Macron de plus en plus écologiste, au point de se fâcher avec le président du Brésil et à ne pas signer le traité du Mercosur qu’il encensait en juin dernier. C’est sûr, le CETA est bien mieux même si Trudeau encourage l’extraction du gaz de schiste.

Alors, on annonce la création d’un fond « Amazonie » pour que les pays concernés achètent des bombardiers d’eau, des équipements pour leurs sapeurs‑pompiers, etc. En même temps les membres du G7 qui ne représentent qu’une infime partie de la population mondiale et moins de la moitié des ressources économiques sont prêts renier le droit à la souveraineté du Brésil en traitant directement avec les gouverneurs de province. La première ministre du Danemark l’a pourtant bien dit à Trump à propos du Groenland, l’époque où une minorité de pays pouvait acheter « terres nationales et les habitants » est révolue. Mais, Macron démocrate en chef rêve d’être à la tête d’un vaste empire.

Revenons, à la forêt en feu. Les propositions du G7, inspirées par l’incroyable intelligence de Jupiter 1er, sont une fois de plus un cataplasme sur une jambe de bois et en même temps une remarquable entreprise d’enfumage… Finalement Macron récupère la fumée amazonienne pour nous endormir comme si nous étions des insectes.

Une fois encore on ne traitera pas la cause des incendies. Bien entendu qu’il est hors de question de s’attaquer aux propriétaires terriens qui veulent augmenter leurs territoires pour produire encore plus de soja puisque les éleveurs des pays du G7 et notamment la France l’achètent en quantités démesurées mais à coût faible. En même temps les mêmes éleveurs se réjouissent de la volte-face de Macron sur le Mercosur, ils seront ainsi protégés d’un surplus d’importation de viande de bœufs brésiliens.

Donc le ministre brésilien de l’Éducation n’a pas totalement tord quand il écrit : « Macron n’est pas à la hauteur de ce débat [sur l’Amazonie]. C’est juste un crétin opportuniste qui cherche le soutien du lobby agricole français ». Le mot « crétin » n’est peut-être pas approprié car Macron est un stratège comme beaucoup de narcissiques autoritaires.

Et nous, pôvres français franchouillards, nous sommes ravis et prêts à croire en la révolution écologiste de Jupiter.