Les Français ne sont pas habités par le courage : Polanski et le 49-3

Alors, que c’est en catimini que Macron et son escouade de perroquets enrubannés ont décidé d’avoir recours à l’article 49-3 de la Constitution pour couper court à toute opposition au projet de réforme des retraites.

On comprendra l’intérêt d’une telle manœuvre qui permet à Macron de reprendre la main sur le calendrier. Alors, Macron a gagné le texte (du moins un des deux qu’il présente) va être adopté car on n’imagine pas les perroquets enrubannés de LREM votant la défiance au gouvernement, l’occasion est trop belle de montrer à quel point ils sont soumis au gourou, incapables d’idées personnelles et d’entendre les Français.

Les Français, d’après les sondages qui se maintiennent depuis plusieurs mois au même niveau, sont pour 72 d’entre eux opposés à ce projet. Où sont-ils ces Français : uniquement dans les sondages ? Sont-ce des Français virtuels qu’aurait créé Macron pour mieux pouvoir illustrer son mépris du peuple ? Non, ils existent bien ces Français mais depuis toujours ils vivent dans une résignation pessimiste qui souvent, trop souvent, ressemble à de la lâcheté. Ils vivent, petitement, chichement, entre leurs habitudes et l’accès au plaisir, ils se contentent et advienne que pourra.

Ou alors ils se cachent derrière des mouvements éphémères fortement médiatisés et entraînés par quelques « stars » du show-business. On l’a vu lors de la 45e cérémonie des Césars où une flopée d’artistes sont venus en moralisateurs et en censeurs. Je ne prendrai pas ici parti quant à Roman Polanski dont j’ignore tout de l’histoire, mais je ne me retrancherai pas derrière « il n’y a qu’à laisser faire la justice » parce que j’entends bien la douleur des femmes (et des hommes aussi) qui ont été victimes de violences sexuelles. Ce qui m’interroge dans le cas de cette soirée c’est l’attitude de ces gens (ils comme elles) comme Gérard Daroussin, Aïssa Maïga, Florence Foresti qui profitent d’une telle soirée pour venir se purifier ; ils tentent alors de paraître en parangon de vertu alors qu’au quotidien ils/elles ne militent dans rien. Qu’est-ce que ça veut dire « Après l’attribution du César à Roman Polanski, Florence Foresti a refusé de remonter sur scène avec l’ensemble des lauréats. Sur son compte Instagram, elle s’est dite « écœurée » par cette récompense. », elle était bien la seule à ignorer que Polanski et son film étaient en lice. Pourquoi sont-ils venus à la Cérémonie et sur scène, peut-être pour un chèque, ou comme l’a déclaré Aïssa Maïga ils avaient des choses à dire ; sauf qu’à part elle qui nous a servi une soupe insipide dénuée de toute pensée constructive, les autres se sont contentés de facéties accusant à la volée.

Qui sont-ils/elles pour se poser en censeurs de la société et de la morale ? Il me souvient alors cet extrait du Monde d’hier de Stephan Zweig où il parle de la célébrité et des gens célèbres : « Un titre, une situation, une décoration et à plus forte raison la notoriété de leur nom, ont le pouvoir de faire naître en eux une plus grande sécurité, une plus grande confiance en eux‑mêmes, et peuvent inspirer le sentiment d’avoir en partage une importance particulière dans la société, dans l’état et dans leur époque ; dès lors ils se gonflent involontairement afin d’atteindre, par leur personne, au volume de leur influence extérieure. » C’est cela, ils se gonflent pensant que leur notoriété leur donnerait de la culture, de l’intelligence et surtout un droit et un pouvoir moral sur les autres. Que nenni, ils/elles ne sont que l’expression de la lâcheté commune et banale mais qui, dans leur cas, peut se déguiser avec les oripeaux de la célébrité.

Les gens « ordinaires » sont résignés. Les facéties des unes et l’afféterie de l’autre ne les intéressent guère ; ils laissent tout cela aux séances de pince-fesses mondains où chacun trompe chacun tout en pesant dans son for intérieur qu’il finira bien par baiser l’autre. Ça ne fait pas une société que ces carabistouilles et ces calembredaines du microcosme mondain.

Les gens ordinaires sont résignés face à la politique et aux politiciens, sans doute parce qu’ils sont atteints par le biais de l’habitude et qu’ils savent trop que quoiqu’ils fassent ça ne change rien : les pauvres seront toujours pauvres et les riches toujours de plus en plus riches.

Sauf que là les Français pourraient sortir de leur torpeur et dire, dans la rue, que les règlements de comptes ne peuvent en aucun cas servir à penser la morale et à construire la société, moins encore du lien social. Ils peuvent aussi se souvenir que ce qu’ils ont aujourd’hui encore comme maigres avantages ils le doivent à leurs aïeux qui avaient accepté et voulu laisser de côté leur vie, certains l’ont perdue, pour crier leur désaccord à la face des politiciens et des patrons. Ils peuvent demain aller voter pour faire barrage aux crapules politiciennes actuellement au pouvoir, ils peuvent renverser le gouvernement en empêchant les députés affidés à Jupiter d’aller voter contre les motions de censure laissant la voie libre à l’expression de l’ensemble des députés d’opposition.

Mais, voilà les Français sont sans doute lâches !